L’actualité de ces derniers jours a mis en avant des faits que la presse et les médias semblent découvrir ou présentent comme des surprises totales.

Bien sûr, les habitués et même les visiteurs occasionnels de La Lanterne de Diogène sont des personnes informées, sans doute même tout autant agacées par ces découvertes journalistiques qui ont pour but d’attirer l’attention. En fait, on espère que c’est bien pour ça et que les journalistes qui mettent en avant des évidences ne découvrent pas pour de vrai ces informations mais, après tout, rien n’est moins sûr. Les habitués, donc, sont sans doute étonnés dans la mesure où l’on a, depuis longtemps, facilement accès à l’information, que la plupart des gens soient ignorants de tout ça. Pourtant, les faits sont là et il suffit d’avoir des banales conversations pour se rendre compte que l’information parvient de manière extrêmement sélective. Combien d’intellos se piquent de ne rien connaître au football alors même qu’il occupe une place importante dans les médias et qu’on ne peut pas y échapper. En fait, chacun est attentif à ce qui l’intéresse au premier chef et délaisse le reste quand bien même on développe le sujet ou qu’il revient pendant des jours : « Oh, ils nous emmerdent avec ça, y en a marre ! ». Donc, rien n’est moins sûr.

Sans chronologie, sans hiérarchie, proposons quelques uns de ces faits, récents ou pas.

Comme si l’on ne se doutait pas que, en Turquie, le parti au pouvoir ou le gouvernement (ce qui en l’occurrence revient au même), n’allait pas faire invalider l’élection municipale à Istamboul. Dès la proclamation de la défaite de l’AKP, le processus d’invalidation se mettait en place.

 

autobus

Comme si l’on ne savait pas que des machinistes de la RATP refusent l’accès de « leurs » bus à certains voyageurs et surtout certaines voyageuses ou se permettent des remarques ou des regards accusateurs. Ce sont les mêmes que ceux qui refusent de pavoiser leurs bus les jours de 14 juillet et de 11 novembre.

 

Comme si l’on ne savait pas que des marchands de journaux refusent de mettre en vente des titres qui leur arrivent et les retournent comme invendus sans même, parfois, avoir couper les ficelles d’emballage. D’habitude, c’est Charlie Hebdo qui en fait les frais, et depuis des années, mais aussi Marianne. Les internautes pourront compléter avec leurs expériences personnelles. Curieusement, ce n’est pas forcément la presse adulte ou la presse à sensations avec des photos choc qui en fait les frais mais des titres ou des types de journaux qui déplaisent au vendeur. Les employés de la poste exercent aussi une censure de fait en retardant la mise en circulation des titres qui leur déplaisent. Les lecteurs le savent mais comment le prouver ? Les titres en question s’en plaignent depuis des dizaines d’années parfois mais il a fallu qu’un magazine sportif montre en couverture deux barbus qui s’embrassent pour qu’on en parle.

 

Comme si l’on ne savait pas, quand on participe aux manifestations d’associations, de collectifs montés à l’occasion, de mouvements pacifistes, altermondialistes ou écologistes, notamment, que les forces de l’ordre tabassent sans retenue les manifestants occasionnels, souvent réunis de manière festive, en toute naïveté. Il faut l’incompétence crasse du Ministre de l’Intérieur actuel pour que certains le découvrent. Bien sûr, jusqu’à présent, l’opinion publique ne se reconnaissait pas dans les divers manifestants contre la loi travail, le nucléaire, la maltraitance animale, les fermetures de lignes de trains, les diverses réformes universitaires, pour les Nuits-Debout, pour la paix. À partir du moment où un mouvement part d’une grogne contre une hausse des carburants, tout le monde se sent un peu concerné et solidaires de ceux que, d’habitude, on qualifie d’emmerdeurs qui empêchent d’aller travailler ou de circuler.

https://www.lemonde.fr/politique/article/2011/02/03/violences-de-gendarmes-a-anduze-la-version-longue-de-la-video_1474902_823448.html

http://www.leparisien.fr/montpellier-34000/le-gendarme-gazeur-d-anduze-a-ete-mute-09-07-2011-1527019.php

 

Comme si l’on ne se doutait pas que la France ne tiendra jamais ses engagements en matière d’environnement et surtout de nucléaire ; et ça dure depuis des dizaines d’années et la centrale de Fessenheim n’est pas près de fermer.

 

Comme si l’on ne se doutait pas que la Grande-Bretagne ne quittera jamais l’UE et que, probablement, un plan B est déjà préparé pour lui offrir un statut spécial qui permettra à ses dirigeants de sortir la tête haute et aux partisans du brexit de ne pas se sentir trop trahis.

Depuis des mois que ça dure, nous avons jugé inutile d’analyser ou simplement commenter les diverses péripéties.

 

Comme si l’on ne savait pas.

Comme si

Comme ci, comme ça.