Vous avez reçu un nouveau commentaire sur votre blog : "la lanterne de diogène". Le voici :

"Tout le monde il est beau...." jouait en fait sur le courant "Jesus-Christ superstar", mis en avant par l'opéra-rock éponyme et un mouvement hippie qui, aux Etats-Unis, voyait en la figure christique une sorte de précurseur. Yanne avait imaginé une radio commerciale d'un nouveau genre avec rubriques excentriques, et sans doute les concepteurs de Canal Plus s'étaient-ils inspirés de son scénario. Il anticipa dans ce film ce que deviendraient les media de masse selon l'optique de la "Société du spectacle", fameux ouvrage de Guy Debord que tout un chacun cite sans en avoir lu une ligne, et qui vaut en quelque sorte pour le bréviaire des soixante-huitards.

Sur les ralliements à la politique de Macron (ou au système dominant en général) de certaines figures présumées subversives, je ne pense pas qu'il faille y voir l'expression d'un soudain accès de réalisme. Au fil des décennies, Cohn-Bendit fut libertaire, anarchiste, écolo, puis partisan de l'économie de marché, puis europhile convaincu et le voilà devenu macroniste. Une sorte de Bayrou en plus bruyant. Disons qu'à force de tourner son blouson il a gagné de quoi s'acheter une collection de vestes (au propre comme au figuré). Sa véritable utopie, la seule en fait qui le motive, c'est lui-même. Il rejoint qui l'intéresse et qui sera à même de lui permettre de se mettre en avant - notamment d'être appelé à débattre à tu et à toi dans les émissions bien léchées de France-Culture.
Quant à José Bové, c'est le mec qui s'est fabriqué un personnage de gentleman-farmer gentiment subversif à grand renfort d'images d'archives. Ecolo investi dans la lutte contre la mal-bouffe (sans grandes retombées depuis les années 90, pic du mouvement), leader altermondialiste (courant polymorphe quasiment disparu), on retiendra son combat contre les OGM mais aussi son encouragement à voter Ségolène Royal au second tour de la Présidentielle de 2007, dont il fut un candidat malheureux. Et son ralliement à la nébuleuse EELV, dont Cohn-Bendit déjà cité a fait partie avant de le quitter après que ce parti ait soutenu le Non au Traité Européen, auquel José Bové était cependant favorable. Les deux sont cependant de bons amis.

Que ne ferait-on pas pour rester sur le devant de la scène et en recueillir les juteuses dividendes... ?

On ne peut pas non plus, d'où on est, dans la méconnaissance des cuisines politiciennes, des réseaux d'influences et des mécanismes de chantage qui peuvent s'exercer sur ces deux personnages qui maintes fois ont eu maille à partir avec la Justice, leur reprocher de n'avoir pas un caractère entier, d'être des irréductibles. Il y a la part de l'idéal, même si celui-ci est labile au fil du temps, et il y a la part, si humaine, des ambitions individuelles. Quitte à passer à côté de ce qu'on veut défendre et de perdre sa crédibilité, ainsi d'un Gérard Filoche qui, aux dernières nouvelles, restait un membre indécrottable du PS.

Sur le lent déclin de la gauche, il faut bien garder à l'esprit que ceux qui sont venus après nous n'ont connu et ne connaissent que le système que dénoncent ad nauseam les gens de notre génération et ceux qui nous ont précédés. Nous, on a des éléments de comparaison dont eux ne disposent pas. On ne connaissait pas de lumpenproletariat et quand on voyait un clochard, on le connaissait de vue, c'était une figure. Le lumpenproletariat est pour eux une évidence (même s'ils ne le nomment pas ainsi),pour les plus critiques un levier de chantage, et le SDF, belle lurette qu'il fait partie du paysage. Les services publics nous étaient familiers, même si quelquefois ils marchaient à pas comptés. La lenteur faisait partie du folklore postal comme les trains en retard du folklore ferroviaire. Eux ne connaissent de la Poste que sa banque réputée pour les pauvres et des trains, leurs grèves récurrentes. Les services publics c'est surtout et d'abord l'Administration, ennemi public N°1. Jusqu'au jour où ils se cassent la figure et qu'ils sont trop contents de trouver un service des Urgences qui les accueille avec leur petite carte verte qui leur garantit des soins non plus gratuits mais à prix très abordables - quand il existe encore un service des Urgences là où ils se cassent la gueule. Pour le reste, les services publics, quand on est intégré, inséré socialement, qu'on n'a de souci à se faire que pour ce qu'on laisse aux Impôts qui sera déduit de ce qu'on se paie à crédit, eh bien ça coûte cher et ça sert à refiler de la thune aux assistés, aux immigrés, aux migrants et à financer le train de vie, les avantages et l'impunité des politiciens. Formatés à ne voir le réel que par le truchement d'un écran. Mais je ne critique pas. Je ne juge pas. Je crois juste que ma vision du monde actuel est biaisée par l'âge que j'ai, peut-être certaines réalités présentes m'échappent-elles... et à la décharge de ces jeunots, j'avoue que j'ai eu beaucoup plus d'emm...ments au cours de ma vie avec les représentants de l'Etat, de la Région et du Département (l'EN pour ouvrir le ban, et ce dès le Cours élémentaire, puis des cohortes d'administrations et de guichetier.es de tous acabits) qu'avec des holdings du CAC40. Cela ne fait pas de moi un disciple de ultralibéralisme mais a peaufiné ma conviction qu'Etat et Capital sont deux formes de cauchemar climatisé, pour citer Henry Miller.

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A côté de ça, on pourra reprocher à la Gauche d'avoir évolué dans le sens du marketing. En gros, d'avoir fait dans le clientélisme politique. On laisse de côté les prolos pour défendre les Blacks, les Beurs, les sans-papiers, la nébuleuse LGBT puis LGBTQI, instaurer le mariage gay et lesbien et offrir à ceux-ci la procréation médicalement assistée sur un plateau. En cours de route on a largué les Beurs, devenus encombrants quand la génération suivante s'est mise au diapason des gangsta' rappers américains et que le commun des quidams les a rebaptisés des Zyvas, puis clairement contre-productifs politiquement quand les descendants des Zyvas sont devenus dans l'inconscient national les wesh-wesh adeptes d'un Islam visible et du tuning de grosses Allemandes acquises grâce à une économie parallèle fondée sur le trafic de stups. Même s'il existe majoritairement des "Quatrième génération" qui vivent exactement comme la plupart des ados actuels, quelle que soit leur origine ethnico-culturelle, qui partagent les préoccupations, les goûts et les couleurs des ados actuels. Mais le fait est qu'on préfère s'attrarder sur ce qui cherche à attirer l'attention et dont on va éventuellement retirer de l'idéologie électoralement payante.
Les prolos, la gauche les a depuis longtemps abandonnés aux groupuscules de type Lutte Ouvrière et NPA d'obédience trotskiste, une référence qui ne parle plus à grand monde et où ils ne se sont jamais reconnus, et au syndicalisme historique, pour qui ils représentent désormais une part minoritaire des adhérents. Car sociologiquement, l'ouvrier actuel ne va plus s'identifier à une classe sociale dont le souvenir et l'imagerie se perdent dans les fumées fantômes des usines disparues. Les besognes les plus épuisantes sont laissées aux travailleurs immigrés employés en sous-traitance, les chaînes de montage tendent à disparaître, il n'y a plus de mineurs, plus d'usines textiles, plus de hauts-fourneaux, on gagnera mieux sa vie en allant émarger chez des agences d'emplois temporaires qu'en postulant à un job d'ajusteur chez Renault-Nissan. Aujourd'hui éboueur, demain conducteur d'engins, après-demain lignard pour une boîte d'installation de fibre optique, c'est une Audi A6 que l'on convoite en guise d'idéal, faire construire sa propre baraque, trouver des bons plans sur Amazon pour se procurer le dernier Iphone. Et non plus prendre part aux réunions de la cellule du quartier et remplir des demandes pour obtenir une HLM où on se serrera les coudes entre camarades - solidarité qui a peut-être été effective dans le Nord et en Lorraine, mais dont je n'ai pas personnellement vu la couleur dans le Sud-Est où régnait, comme une base culturelle, un "chacun pour soi" inébranlable où le vecteur d'émancipation le plus couru était un coucours d'entrée dans la Fonction publique qui, moyennant quelque appui, permettait de décrocher à vie un poste peinard et pas trop crevant. L'usine, l'atelier, le chantier, les ménages, la plonge, c'était pour les cancres, celles et ceux qu'on ne qualifiait pas encore de "losers".

Ce que nous connaissons et déplorons, Diogène, était en gésine il y a déjà fort longtemps, et dans beaucoup d'esprits.