Je pense depuis longtemps qu’on ne pourra pas éviter un « mouvement profond et durable » pour reprendre les termes de Jérémy. D’autant plus que cette conviction a été un des ressorts qui m’a incité à créer ce blog. Cependant, je constate qu’il tarde à venir. Pourtant, les signes sont là. La planète rétrécit du fait de la surpopulation humaine qui a besoin de plus en plus d’espace et qui abandonne des territoires inutilisables. Dans le même temps, les progrès techniques sont tels qu’on a besoin de moins en moins de main d’œuvre ; et qu’on ne nous fasse pas rire avec cette distinction entre des besoins toujours plus grands de main d’œuvre qualifiée et le reste. Tout montre, au contraire, qu’une poignée de cadres dirigeants et autres techniciens (pour faire allusions aux articles sur les DNB) suffit pour mettre en branle des processus de production complexes et importants et qu’une poignée d’exécutants suffit pour le reste. En d’autres termes, le travail ne peut plus assurer les moyens de subsistance. Alors, soit on opte pour les solutions des générations qui ont bénéficié pleinement des Trente Glorieuses et qui n’acceptent pas qu’on puisse toucher des revenus sans travailler, soit on trouve autre chose. Le patronat n’a pas de préférence dans la mesure où il saura profiter des deux options. Jusqu’à quand ?

Personne n’avait vu venir le mouvement des gilets-jaunes, poujadiste, anti-écologiste mais épargnant le grand et le petit patronats de ses revendications. Personne ne prévoyait non plus que, malgré l’étiolement, il se maintiendrait avec des hauts et des bas pendant huit mois. Quoi qu’on en pense, je répète qu’il faut toujours entendre la colère. Or, comme l’avait annoncé Sartre à l’Odéon en Mai 68, le système est assez puissant pour récupérer jusqu’à la contestation qu’il suscite. Le Président Macron a parfaitement manœuvré et récupéré l’aversion des gilets-jaunes, et des Français en général, contre l’impôt pour poursuivre la casse des services publics et réduire le rôle de l’État dans l’économie. Le but est de prouver qu’il ne faut pas qu’un autre système marche ou cohabite. On voit clairement aujourd’hui qu’il est en place pour remplir une mission à l’instar du personnage du film Pierre Granier-Deferre, « Une étrange affaire », qu’il ne se soucie nullement de sa réélection, d’un avenir politique, certain de trouver une autre mission à la fin de son mandat. Soyons sûrs qu’il ne fera pas la tournée des librairies pour dédicacer un livre expliquant qu’on l’a mal compris et qu’il a fait le contraire de ce qu’on lui reproche.

Il est bien évident qu’avec déjà ces deux facteurs – la surpopulation et la plus importante mutation technologique depuis la machine à vapeur qui a permis la révolution industrielle – il y a déjà de quoi changer la face du monde. C’est en cours. Il ne faudrait pas oublier la domination de la Chine et le changement de tropisme de l’occident vers l’orient car l’Inde n’est pas en reste. Ce à quoi il faut ajouter les changements climatiques qui vont appauvrir des territoires immenses, augmenter les mouvements de populations et surpeupler les zones qui le sont déjà et où se trouvent aussi les meilleures terres arables qui ne pourront nourrir ce surcroît de population.

Les projets de société ne manquent pas mais ils sont tous contrés par les médias, détenus par des grandes fortunes qui n’ont aucun intérêt à les faire connaître du grand public. Au contraire, ils travestissent le sens des mots (premier article du blog) pour faire croire à une « réforme » alors qu’il ne s’agit que de consolider un système profondément inéquitable et faire croire aux exploités qu’ils pourront échapper à leur destinée à condition de se résigner. Pour le moment, ça fonctionne plutôt bien. « Il n’y a pas d’alternative ». C’est aussi ce que disent les gens qui regardent le plus mauvais programme de télévision en avançant que, malgré l’abondance des chaînes, il n’y a pas autre chose ou ceux qui, à la cafétéria prennent toujours le poulet-frites « parce qu’il n’y a pas autre chose ». Des journalistes comme Pascale Clark, sous des apparences contestataires écartent sans ménagement tous les porteurs d’alternatives et favorisent ceux qui ne remettent pas en cause le système. Les événements de portée universelle comme la Révolution française sont rares. Il a fallu une cause occasionnelle comme les mauvaises récoltes de l’année d’avant et un violent orage sur Paris la veille pour que le peuple parisien prenne symboliquement la Bastille. Les causes profondes sont à chercher dans un mouvement philosophique fécond, le prologue qu’à été l’Indépendance des États-Unis (soutenue par Louis XVI qu’on oublie toujours dans l’Histoire), le poids démographique d’un pays comme la France qui existait déjà plus ou moins sous sa forme actuelle, au contraire de la plupart des pays du monde. À l’époque, on pouvait se permettre de commencer dans un coin et donner l’exemple. Aujourd’hui, il faut convaincre 8 milliards de personnes, réparties dans près de 20O pays avec autant d’intérêts différents. Rien n’est impossible mais ce sera encore plus difficile.