Décidément, ça tourne à l’obsession mais ce qui se passe à l’école reflète la société et donne des indications sur la société de demain.

Nous sommes tombé sur une vidéo qui a dû être diffusée au journal télévisé sur une chaîne de France-Télévision. Entendons d’abord un prof typique :

« L’objectif du Brevet, c’est pas d’être difficile. C’est de valider globalement les annuités de scolarité obligatoire. »

Dont acte : validation d’un socle de connaissances de 9 ans d’écoles primaire puis secondaire. Un peu plus loin, il ajoute :

« Effectivement, pour l’enseignant, l’épreuve finale est relativement simple. Mais pour les élèves, ça sert à se focaliser sur les révisions d’une année, venir à un examen, ne pas oublier sa carte d’identité(...) ».

Donc, on n’en est plus à « valider (même globalement) les annuités de scolarité obligatoire » mais seulement l’année écoulée. Il dit ça tranquillou, sans même y voir une contradiction ; à moins que sous une apparence décontractée, il ne s’agisse d’un discours parfaitement maîtrisé destiné à l’enfumage. On n’a sans doute pas choisi un prof au hasard.

Après le professeur typique, on nous propose la caution du vieux sage, garant de la qualité de l’enseignement, en la personne d’un ancien recteur  :

« (…) il a l’intérêt d’être un premier pas vers le parcours que l’élève connaîtra plus tard avec le baccalauréat et avec tout ce qui suit. »

 

Tout juste, Auguste ! l’élève médiocre qui décroche malgré tout son premier diplôme, devant la facilité d’obtention se trouve encouragé à faire le minimum: 90 % de réussite au Brevet et plus de 88 % de réussite au bac, examen jugé autrement plus sérieux. Donc, rien d’insurmontable. Le problème, c’est que l’écrémage intervient plus tard et, bercé d’illusions pendant 12 ans, un ado aura du mal à comprendre ce qui lui arrive. Cependant, nous avons vu qu’on travaille à atténuer ces effets pervers en dispensant certains lycéens d’examens et en les jugeant à leur bonne tête lors d’un « grand oral ».

Revenons un instant sur le premier propos du professeur. Il présente «  venir à un examen, ne pas oublier sa carte d’identité » comme une première mise en responsabilité de l’ado. Soyons sérieux : quel surveillant (un prof donc) va simplement signaler au chef du centre d’examen (son Principal en l’occurrence) qu’un ou plusieurs élèves n’ont pas de carte d’identité et présentent une simple carte de transport scolaire ? Et en supposant que le fait soit signalé, va-t-on éliminer des dizaines de candidats faute de pouvoir prouver leur identité ?

 

Enfin, dans l’article qui accompagne la vidéo

https://www.francetvinfo.fr/brevet/video-decrocher-le-brevet-ca-sert-encore-a-quelque-chose_2824173.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20190708-[lestitres-coldroite/titre4]

notons ces fautes désormais habituelles dans la presse et surtout la presse en ligne :

« Quand je pense que je suis allée passé mon Brevet tranquillou parce que j'avait tous les points en contrôle continu. ».

Pourtant, il existe des correcteurs d’orthographe qui soulignent en rouge les fautes d’accord simple. Pourtant, ceux qui transcrivent les articles ont tous leur Brevet en poche et même le baccalauréat et probablement même un diplôme supérieur. Certes, l’étourderie est toujours possible mais quand c’est souligné… il suffit de se relire. Quand même : deux fautes d’orthographe sur une ligne et probablement une faute de syntaxe liée à un vocabulaire réduit qui n’a pas non plus été corrigée en transcrivant.

 

Un mot sur la grève du bac qui a fait la une des médias pendant plusieurs jours. D’abord, il ne s’agit que de quelques milliers de candidats impactés. On ne peut que le regretter pour eux mais la quasi totalité des autres ne doivent même pas comprendre de quoi il s’agit alors que ça passe pour un séisme national. Ensuite, le seul avantage, c’est qu’on a pu entendre sans détour toute la cuisine des corrections et de l’attribution des notes qui conduisent à 88 % de réussite parmi les inscrits. Cela a permis aussi de lancer le débat sur la suprématie du contrôle continu. On a pu entendre que des candidats qui ont pu avoir des difficultés pendant l’année se sont défoncés pour le bac et seraient ainsi lésés. D’habitude, on met en avant la régularité, les notes de l’année en feignant d’oublier que toutes les notes n’ont pas la même valeur. Dans une petite ville, on sait rapidement que tel prof note largement et que ses élèves ont du mal quand, dans la classe supérieure, il se retrouve avec un autre prof qui va simplement faire son boulot honnêtement. C’est une source de conflits. Il suffit donc au chef d’établissement d’affecter en classes terminales les professeurs qui notent largement, qui se targuent même du haut niveau de leurs élèves, et le tour est joué. C’est bien ce qui va se passer avec la réforme en cours. On frisera les 95 % de réussite et l’on en conclura que la réforme permet de révéler l’excellence de notre système éducatif. Les forces de gauche, pour le moment hostiles à cette réformes, s’enthousiasmeront pour cette preuve de l’intelligence collective dans sa diversité. Les lycées qui disposent le moins de moyens, le plus de professeurs débutants, avec des taux d’absentéisme d’enseignants épuisés, déprimés, rattraperont ainsi, sans le moindre effort les lycées qui ont la possibilité de travailler convenablement.

 

Pour prendre une comparaison sportive, il faut imaginer un athlète qui obtient des performances à l’entraînement, avec ses potes dans son club mais qui, le jour de l’épreuve, face aux autres concurrents, se trouverait distancé. Faudrait-il, alors, tenir compte des résultats des entraînements communiqués par les entraîneurs et les clubs puis dire au vainqueur que sa victoire ne vaut pas plus que les performances de ceux qui sont après lui ? Imaginons ce qu’il en serait de la médaille de Jesse Owens dans ces conditions. C’est pourtant bien ce qui va se passer.