Tour de France (- Inter) : la course contre la montre

 

Donc voici le bilan de la saison achevée et quelques remarques sur les émissions de l’été.

Il paraît juste le jour où les résultats de l’audience viennent de tomber et confirment la première place d’Inter.Chaque fois, nous émettons des doutes sur ces résultats dans la mesure où, de l’aveu même des reporteurs de la Maison ronde, de l’expérience personnelle, le grand public ignore jusqu’au nom des radios généralistes, pourtant les plus anciennes. De plus, nous avons été les premiers à mettre en évidence les nouvelles pratiques d’écoute de la radio et l’écoute à la demande (que nous n’avions pas prévue) vient compléter ces nouvelles pratiques. Des radios qui servent de fond sonore (dans les magasins notamment) et quelques autres pompeusement appelées « radios de contenu » dont Inter s’honore d’être la figure de proue. Pour quel public réellement ?

Nous y reviendrons dans un prochain volet car il est temps d’aborder notre sujet.

Peu de grands changements pour le moment. Peut-être la grille de l’été va-t-elle révéler de nouveaux talents à qui l’on confierait une émission à la rentrée. Ça se faisait avant. Et puis, ça ne s’est plus fait pendant longtemps quand la grille d’été était composée de recalés et faisait office de grille B reconduite chaque été. Les saisons sont apaisées depuis que les commentateurs n’attendent plus la direction au tournant. C’ est bien leur droit mais regrettons que la plupart n’écoutent pas la radio et guettent l’incident pour l’imputer à une personnalité plus élevée dont on soupçonne l’influence. Donc, pas de vague, pas d’irritation excessive, pas de déception.

 

Le gros de la critique de la saison passée concerne encore les matinales.

Redisons que la course contre la montre permanente est, selon l’humeur, pénible ou ridicule : « Il est 9 heures passées de 40 secondes. Pardon pour ce retard ». Où 40 s de retard passent pour une faute inexpugnable. Continuons à exiger un peu de relâchement plutôt que cet enchaînement de rubriques et de chroniques. Celui qui a lancé cette accumulation effrénée, M. Paoli, l’a payé de sa santé et de la santé de nombre de ses collaborateurs. À l’époque, nous nous demandions s’il n’allait pas parvenir à mettre deux interventions en même temps. Il a fini par réussir avec son émission « Baobab ». Visiblement, la tentation existe toujours. Las, celle qui animait une matinale à taille humaine, où l’on pouvait respirer, est devenue une « mère l’heure* » et sa matinale de fin de semaine, les jours où l’auditeur se laisse aller à la paresse, relève d’une séquence des « Temps modernes » de Chaplin. Rythme soutenu, coupure de parole pour rattraper les deux mots d’humour imprévus et toujours un invité politique de 3e ou de 4e catégorie. Sans le reportage de M. Pauchon, avec un jardinier tenu par un piquet rigide, on aurait eu l’impression d’un travail à la chaîne.

pendule radioDéjà, lorsqu’elle animait « Alter ego », Mme Martin avait tancé en direct un jeune stagiaire qui ne s’était pas rendu compte que son flash était plus long que le temps imparti. De nos jours, existent nombre de stations d’info en continu, on écoute les généralistes pour le divertissement et l’on choisit Inter parce qu’il y a moins de pubs (et avant parce qu’il n’y en avait pas) et que les programmes ne sont pas bêtifiants. Pourtant, c’est Mme Amélie Périer qui, pour son « 6-9 de l’été » remporte la palme en trouvant le moyen de caser une nouvelle rubrique à la place de la 2e pause musicale (en 3 heures), juste avant « le grand entretien » ; parce que, même l’été, il y a un petit puis un grand entretien. Tout ça pour dire : « Mon invité d’aujourd’hui est... ». C’est à croire qu’ils ne seraient rien sans « mon invité ». Gageons que ce ballon d’essai va trouver confirmation à la rentrée et qu’il n’y aura plus du tout de pause musicale et à terme, la musique sera confinée dans des émissions à part.

Il faudrait que les animateurs de « la radio de service public », comprennent qu’ils ne sont pas payés pour se faire plaisir mais pour des auditeurs qui entendent parler et encore parler du matin au soir quasiment sans interruption ; même la nuit depuis que ce sont des rediffusions. Et ça parle et ça parle. Ça ne s’arrête jamais : et un petit reportage, et une astuce pour améliorer quelque chose, et un festival, et un « zoom » (en fait un autre reportage), et la chronique de machin, et le livre de l’été, et « mon invité », celui au téléphone, et celui qu’on a fait venir pour parler 6 mn, et un sujet féministe (il y en a toujours un), et un conseil, et une nouvelle chronique, et un portrait, et le jardinier (pensez à arroser vos plantes en été), et l’annonce d’un programme, un journal toutes les demi-heures, et le journal des sports au pas de charge parce qu’il faut en passer par là mais c’est pas le public d’Inter, et mon invité (le vrai cette fois, le député qui reste à Paris pour les vacances mais qui voudrait tant qu’on parle un peu de lui, en vain), la revue de presse, et encore une rubrique pour finir, et merci à toute l’équipe etc. et le dernier journal et pardon pour ces 20 secondes de retard et ça recommence avec l’émission d’après. Le reste de l’année, il y a au moins un humoriste par heure qu’il faut encore surajouter.

M. Frédéric Métézeau donne l’impression de plus de décontraction mais il n’a pas beaucoup de latitude. Il doit faire avec les rubriques et chroniques habituelles en attendant les vacances des intervenants. Il n’y a que les humoristes qui sont déjà partis.

 

Depuis longtemps, Inter confond sérieux et ennui ; comme les films qu’ils estampillent. Toujours le matin mais en semaine et un peu plus tard, la saison a été marquée par le commentaire de plus en plus négatif en introduisant l’actualité culturelle. On peut penser que M. Trappenard a l’obligation d’y consacrer une rubrique mais, comme beaucoup de producteurs de la maison, il se fait une haute idée de ce qu’il fait lui et ne supporte pas cette contrainte qui l’interrompt. Dommage parce qu’il finit la saison par un bon moment passé avec Muriel Robin qui n’a pas caché son émotion en entendant la voix d’Annie Girardot et en lisant un poème de Léo Ferré. Surprise aussi, une chanson écrite pour son émission : ça pourrait faire un nouveau générique. Allons, souhaitons lui de se réconcilier avec l’actualité culturelle. Pour le reste, remarquons que M. Haski arrive maintenant à lire son propre papier sans se tromper et une mention à Mme Dorothée Barba qui, au contraire de la plupart de ses confrères sait où elle met les pieds. Elle cite des émissions que son jeune âge ne lui a pourtant pas permis de connaître mais elle exprime sa reconnaissance. C’est assez rare pour être souligné ; tout le contraire de M. Drouelle, qui ne manque jamais une occasion de dénigrer ses prédécesseurs. Pourtant, son émission de midi en été est à la limite du racolage. Bon, on a le droit de ne pas être parfait partout.

 

Quand même, dans la distribution des mauvais points, il faut noter que tous les jours, on entend au moins une faute de français. Jusqu’à, il y a peu, on en entendait de temps en temps, juste assez pour faire bondir les puristes et tout simplement ceux qui ont envie d’entendre, au moins sur la radio qui prétend remplir une mission de service public, qui prétend être « populaire et de qualité », pour reprendre la célèbre formule de M. Hervé Bourges, une langue compréhensible sans faire l’effort de se demander ce qu’on a voulu dire. Ensuite, dans le même temps, on remarque que les locuteurs ont de plus en plus de mal à simplement lire leur papier. C’est particulièrement remarquable lorsqu’il s’agit de lire des propos qui n’ont pas pu être enregistrés. On a eu, voici quelques semaines, une remplaçante à la revue de presse qui a parlé de « ferrivophiles et ferrivopathes » (sic), sans doute par paronymie avec « ferry-boat ». Voici qu’une autre, parlant d’un célèbre chanteur qui a de gros problèmes d’alcool lit un article qui précise qu’il ne boit plus que du « San bitter Pelegrino »(re sic). Alors, certes, la petite bouteille rouge ne fait plus de publicité depuis longtemps en France et a disparu des rayons des magasins mais la maison-mère commercialise avec succès une eau minérale sous cette marque. Quand même, à ce niveau, ce n’est pas de l’inculture (on n’en est plus là depuis longtemps) mais un manque de curiosité. Or, la curiosité est la base du journalisme. Bien sûr, il ne s’agit pas de se mettre en colère contre des lapsus, toujours possibles mais contre des erreurs qui trahissent l’ignorance du sujet traité.

Et puis, il faut signaler cette incongruité : des séances de méditations… Sur le site (car on ne ferait plus rien sans le site), on trouve que ça fait suite au succès de conférences sur le bien-vivre ensemble. Quel rapport ? Et puis, surtout, quelle idée de proposer de la méditation à l’heure de l’apéro (entre 19 h 20 et 20 h) : c’est à croire qu’ils ont décidé de nous endormir ! La parlote permanente ne suffit plus. Même en été, il faut soûler l’auditeur. Et puis, maintenant, toute critique est inutile : voyez, nous sommes la première radio de France, donc les auditeurs apprécient ce que nous faisons. Vos critiques, on s’en bat les flancs.

 

Cela posé, et quel que soit l’audience, il faut féliciter le boulot formidable de la cellule d’investigation de Radio-France et son émission du samedi à la mi-journée. Curieusement, on n’entend pas trop de commentaires sur ce qu’ils font. M. Fabrice Drouelle, qu’on a connu hautain et plutôt inculte assure avec une parfaite maîtrise depuis quelques années déjà ses « Affaires sensibles ». Sans doute a-t-il trouvé le travail qui lui convient le mieux. De plus, il est un des rares à faire de l’audience dans le plus mauvais créneau de la journée entre 15 h et 16 h. Même M. Mermet, avant lui, n’en faisait pas autant mais se rattrapait avec le podchargement. Autrement, il semble que ce soit l’information qui paie les restrictions budgétaires annoncées. Ainsi, on apprend par hasard – puisque c’est un invité sur le plateau qui l’a annoncé – que « le Téléphone sonne - Europe », qui se déroule, une fois par mois en direct du Parlement de Strasbourg est supprimé. Il semble qu’il y aura toujours une émission sur l’Europe mais forcément plus avec des députés européens. On entend aussi que M. Didier Varrod ne sera plus à l’antenne à la rentrée. Il a fait des adieux poignants sur la scène des Francofolies. On va vachement économiser ! L’info sacrifié, le peu de musique aussi mais pas le racolage effectué par les humoristes qui ont tous pris rendez-vous à la rentrée

 

 

Encore un mot sur le feuilleton Europe 1. D’abord, au mois de juin et début juillet, les articles que nous avons consacrés à la petite station ont fait l’objet de nombreuses visites quotidiennes pendant des semaines de suite. Ensuite, comme on pouvait s’y attendre, Europe 1 change encore une fois de direction et de programmes. Tous avaient pourtant reçu l’assurance de la durée mais nous avions pointé que, dans le passé aussi, des directeurs et non des moindres avaient reçu la même assurance. Cette fois, après avoir bourse délié au cours de deux dernières saisons, M. Lagardère mise sur les talents maison. Encore faut-il qu’il y en ait. M. Belliard est loin d’être convainquant dans sa tranche d’information du soir. Peut-être fera-t-il mieux le matin. En tout cas, les auditeurs partis parce qu’ils ne comprenaient pas la présence de M. Aliagas aux manettes vont sûrement tarder à revenir ; s’ils reviennent. Quoi qu’il en soit, on en est à la quatrième matinale en quatre ans. Avec le passé qu’elle a, Europe 1 ne pourra remonter la pente qu’en montrant qu’elle est encore et toujours Europe1, c’est à dire une station qui fait ce qu’on ne fait nulle part ailleurs, alliant le divertissement à la rigueur de la rédaction. Pour l’instant, elles fait appel aux « vieilles voix » (plutôt que les Grandes Voix) et court après les deux autres généralistes en cédant du terrain à chaque fois. Les auditeurs qui aiment les débats vont écouter « On refait le monde » sur RTL, ceux qui aiment participer vont sur Inter (Inter-venez!)ou, mieux encore sur RMC où ils ont plus de chance de passer à l’antenne sans trop de filtres.

 

http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/europe-1-laurent-guimier-ecarte-matthieu-belliard-remplace-nikos-aliagas-a-la-matinale-02-07-2019-8107809.php

http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/de-france-inter-a-europe-1-patrick-cohen-une-annee-en-enfer-20-04-2018-7674183.php

 

 

* au début de la SNCF, le « père-l’heure » était un contrôleur chargé de vérifier que toutes les pendules d’un secteur marquaient la même heure partout.