Nous publions des extraits de l’entrevue que le philosophe normand a accordé à L’Express.

Il s’agit bien sûr des paragraphes qui vont dans les sens des idées défendues ici depuis des années et singulièrement depuis deux ou trois ans. Il semblerait que l’élection de M. Macron à la Présidence suprême ait accéléré un processus de désintégration de la France et de l’idée qu’on se fait d’elle partout dans le monde. Nous avions pointé l’attrait pour le modèle français, de plus en plus dénigré ici, à l’occasion de l’Exposition Universelle de Changaï où le pavillon de la France avait été le plus visité parmi les délégations étrangères. La France est un vieux pays qui existe à près sous sa forme actuelle depuis des siècles ; au contraire de la plupart de ses voisins du Vieux Continent, constitués au 19e siècle ou, parfois, réduits au siècle dernier. Toujours est-il qu’on aime la France quand elle affiche un art de vie de qualité, qu’elle propose des valeurs qui aident à mieux supporter la vie en société, qu’elle est assez forte pour ne pas se plier aux exigences des grandes puissances.

Or, cette singularité est tout à fait incompatible avec le triomphe d’un capitalisme désormais sans complexe et qui se vante même de favoriser les plus forts et de traiter les plus faibles comme variables d’ajustement quand ce ne sont pas carrément des gêneurs.

(Les références sont à chercher dans la barre de recherche en haut de l’écran)

Nous retrouvons dans les propos de Michel Onfray un certain nombre de nos préoccupations, en sachant qu’il a autrement plus d’impact que notre modeste blog.

 

https://www.lexpress.fr/culture/michel-onfray-la-france-est-morte-en-1992_2010240.html

 

Extraits :

 La France est morte en 1992, date du traité de Maastricht par lequel nous avons renoncé à notre souveraineté au profit d'une supranationalité libérale gérée par un dispositif très autocratique qui dispose de l'argent, donc des médias, donc de l'opinion - ce que je nomme l'Etat maastrichtien. Paradoxalement, ce dernier impose le libéralisme (que je définis comme le régime dans lequel le marché fait la loi) par l'idéologie, la force, la contrainte, l'intimidation, le flétrissement des pensées résistantes. 

Depuis Epicure, puis Hobbes, puis Rousseau, le principe du contrat social est simple : le renoncement consubstantiel au contrat génère un bénéfice supérieur à ce à quoi on renonce. Pour Hobbes, on renonce à la liberté individuelle de nuire à son prochain au profit d'une sécurité collective de tous, assurée par l'Etat qui se trouve constituée par ledit Etat. A défaut, quand on n'obtient pas ce qui avait été promis (souvenez-vous : augmentation du niveau de vie, plein-emploi, fin du chômage, amitié entre les peuples, fin des guerres...), on a droit de reprendre ses billes...  

On voit bien à quoi la France a renoncé : la monnaie, qui est pouvoir d'agir ; la souveraineté, qui est pouvoir de contrôler les allées et venues des personnes et des biens dans son espace ; la liberté, qui est pouvoir de créer des lois qui protègent la Nation et en font le premier horizon. Au profit de quoi ? Des pleins pouvoirs donnés aux marchés, donc à l'argent ; d'une déréglementation généralisée, d'un nivellement social par le bas, d'une guerre de tous contre tous, d'une guerre sociale, dont le terrorisme islamiste associé à nos guerres néocoloniales ; d'une paupérisation monstrueuse, d'une inculture massive, d'une société du divertissement abrutissante (télévision, séries, cinéma, jeux télévisés, sport, presse people...).  

Macron est l'homme de ce projet politique. (…) Macron est l'homme lige de cet Etat maastrichtien (…)

Toute la perfidie du système maastrichien [est] de laisser croire que quiconque n'est pas avec eux est contre eux. (…)

La social-démocratie parle à gauche et gouverne à droite, c'est sa signature. Son exercice sophistique paralyse l'électorat de gauche comme le serpent qui charme l'oiseau sur sa branche : le capitalisme peut se montrer plus brutal encore quand la social-démocratie est au pouvoir. Libération titre "Vive la crise !" en 1984. Jamais Le Figaro n'aurait pu titrer la même chose. (…)

Une Europe avec des nations respectables et respectées est la seule solution. C'est la solution libertaire des contrats synallagmatiques, donc républicaine, contre la solution libérale d'un contrat léonin, donc autocratique. (…)

Les mécontentements s'ajoutent et tout cela fonctionne comme une accumulation de poudre. La moindre étincelle fait ensuite l'affaire pour embraser le tout. (…)

Seuls les syndicats croient encore que le service public y fait encore la loi ! C'est une fiction... Idem avec La Poste, les hôpitaux, l’Éducation nationale où le pouvoir est détenu par les comptables. L'usager est le dernier souci de tous : des syndicalistes qui défendent leurs statuts aux patrons qui défendent la boutique qui laisse une grande place à la sous-traitance avec l'argent du contribuable, on se moque du citoyen.(…)

michel onfray

 

Et enfin, cette référence à Orwell qu’on retrouve souvent dans ce blog :

C'est une jeunesse fabriquée par le politiquement correct des médias, tous supports confondus, amplifié par l'école au service de la promotion de cette idéologie. J'apprécie le travail du ministre de l’Éducation nationale, mais qu'il ait fait savoir que la promotion de l'Europe maastrichtienne soit un objectif affiché de l'école me navre. Cette génération est un produit marketing obtenu avec le département "fabrication du consentement" de l’État maastrichtien... Le summum de la perversion étant que cet Etat demande désormais aux médias qui intoxiquent d'aller dans les écoles afin d'apprendre ce que serait désinformer en ciblant, bien sûr, toute pensée alternative à la leur... Désinformer en prétendant apprendre les ficelles de la désinformation chez autrui : nous sommes chez Orwell.