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Un pays, ce qu'il représente, ce qui le définit, peut-il se résumer à la période de son histoire que l'on traverse, décrit et commente ?

Il y a eu une Hongrie, une Pologne, une Ukraine, une Roumanie avant qu'elles aient appartenu à ce qu'on a appelé "le bloc de l'Est", puis s'en soient libérées.
Il y a eu une France post-révolutionnaire, une France de l'ère industrielle, une France de Vichy puis une France de la Libération, puis une France des Trente glorieuses, une France de 68... Il y a aujourd'hui une France enlisée dans les conséquences d'un projet politique supranational, que les diktats économiques que l'on sait ont précipitée dans l'état de régression que l'on sait, et que décrit Onfray - un peu tardivement, soit dit en passant.

Il y a eu avant ça une crise. Une crise née au début des années 70, dont on n'est jamais sortis. Une crise qui ne se résumait pas aux tressauts d'une économie post-industrielle hésitant entre l'usine et le tertiaire, mais une crise plus profonde, que l'on qualifierait aujourd'hui de sociétale, dont 68 fut un symptôme. Une crise à la fois politique et générationnelle, une crise identitaire et des idéaux en lice, une crise qui se déclinait dans l'ombre portée de la Seconde guerre mondiale, où livraient bataille ceux qui avaient traversé cette guerre, l'avaient endurée, vécue, et ceux pour qui elle était déjà de l'histoire ancienne.

L'Europe était présentée comme la solution à cette crise, le commerce comme la parade aux conflits qui avaient secoué l'Europe. On était alors dans les sourires des débuts de projet, quand le lyrisme le dispute à l'enthousiasme. C'est humain et cela s'est toujours vu. L'Europe allait nous sortir de cette mauvaise passe, ce tunnel dont un Chirac affirmait en 1979 que nous approchions du bout. Certains, et pas des moindres, célébrèrent la Crise en 1984, comme une chance offerte à de nouvelles possibilités. Outre-Manche, une certaine Margaret Thatcher anticipait ce que ses futurs homologues du continent qualifieraient de "réformes indispensables". Jusqu'à sa chute en 1991, après la "réforme" de trop.

L'Europe non seulement ne nous a pas tirés d'un mauvais pas, mais elle nous y a enfoncés jusqu'à la garde. L'Europe a trahi les attentes de ceux, à l'est et à l'ouest, qui voyaient en elle un pas en avant. On avait démantelé le Mur de la honte pour liquider l'oppression et les autocrates communistes, pensant que les marchés élimineraient du même coup la misère. Mais la misère n'a pas disparu. Au contraire l'Europe l'a planifiée, au nom des marchés.

La France s'est inscrite dans ce funeste projet comme naguère la Hongrie, la Pologne, l'Ukraine, la Roumanie s'étaient laissées asservir par l'emprise communiste et ses promesses de lendemains chantants. Les autocrates sont de retour, et l'oppression et les milices, revues selon une modalité "démocratique", qui sont les forces d'une certaine vision de l'ordre que d'aucuns ont l'outrecuidance de qualifier de républicain.

C'est une période de son histoire que traverse notre pays, qui en rien ne saurait le définir comme étant une après-France. Macron n'est pas plus la France de 2019 que Trump n'est les États-Unis de 2019. Ce qu'est un pays est ce qui l'a forgé au long des siècles, c'est sa langue, c'est sa geste, c'est sa littérature, ce sont ses architectes, ses artistes, ses personnages historiques de premier et de second plan, ses héros méconnus, ses métissages, ses reniements aussi. Le traité de Maastricht fait partie de cette histoire, mais il n'est pas l'histoire, il n'est pas non plus l'enterrement d'un pays, il en est un soubresaut comme il en eut avant, comme il en eut ensuite, comme il en aura d'autres...

Auteur : Jeremy Berenger •