Une page se tourne à la télévision française et pas seulement sur France 3. Commençons pas la troisième chaîne en rappelant que le fameux « Soir 3 » a été créé par M. Jean-Marie Cavada, quand il a été nommé à la direction de l’information d’ FR 3. Il connaissait toutes les contraintes rappelées ici et là depuis l’annonce de la fin de ce journal de fin de soirée : horaire variable, manque de moyens, faible audience de la 3e chaîne etc. À l’époque, le présentateur du journal télévisé de 20 h terminait sa prestation en rangeant ses notes étalées devant lui et en annonçant : « Notre prochain journal sera à 23 h 25 avec … (Untel) ». M. Bruno Masure se permettait de se moquer, en toute impunité, de son confrère, Joseph Poli, sachant que l’autre n’avait aucun moyen de lui répondre avec des téléspectateurs prêts à aller se coucher et ignorants les facéties du journaliste de 20 h 30.

https://theworldnews.net/fr-news/generique-de-fin-pour-le-soir-3-sur-france-3

Screenshot_2019-08-26 Clap de fin pour Soir 3 qui l'a présenté

M. Cavada renouait avec la tradition consistant à donner un nom au journal télévisé. Dans le passé, il y avait eu, pêle-mêle, « Information Première », « INF 2 », « 24 h sur la 2 » puis « sur la Une », « Inter 3 », premier journal de la toute nouvelle 3e chaîne, réalisé avec la rédaction de France-Inter et dont la première édition avait été présentée par M. Dominique Bromberger et son nœud-papillon.

Ensuite, s’il utilisait la matière de la session d’information de 19 heures, augmentée des dernières informations, il a innové en imposant un changement de présentateur dès le vendredi soir, arguant qu’on se sent en weekend dès le vendredi. Ça n’a l’air de rien mais ça avait décontenancé les commentateurs de la presse. Devenu, bien plus tard, PDG de Radio France, il a imposé ce changement sur la radio généraliste, ce qui, au passage, permet de donner sa chance à des producteurs recalés pour la semaine et dont la proposition ne colle pas avec les samedi-dimanche.

Il a fallu M. Val comme directeur d’Inter pour remettre en cause le changement du vendredi.

 

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« Soir 3 » s’est rapidement imposé comme la référence en matière de JT de fin de soirée. À l’heure où « il faut faire des économies », les autres chaînes ont jugé inutile de fabriquer un journal pour des clients ensommeillés. Ce dernier journal de la journée souffre cependant d’un inconvénient, du moins sur le papier. Son horaire n’est pas fixe et dépend de ce qui est programmé avant. Bien qu’ayant fini par avoir un quasi monopole, « Soir 3 » devait faire avec et a plutôt réussi, faisant de ce handicap, un atout en bénéficiant de l’émission précédente. Quoi qu’il en soit, et quelle que soit la chaîne qui le diffuse, le dernier JT n’a pas d’horaire fixe, donc ne peut pas constituer un rendez-vous. C’est cet aspect qui a été mis en avant pour supprimer ce qui, plus qu’une référence, est devenu une institution.

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Reste le cas de France-Info télévision qui peine à s’imposer et, ce n’est pas avec la « réforme » de l’audiovisuel public annoncée que ça va s’améliorer. On sait, depuis 17 ans, que sous couvert de « réforme », il s’agit en fait de régression dont le moteur principal est la baisse des moyens. Nous y reviendrons tout au long de la saison prochaine en commentant les heurs et malheurs d’Inter. En attendant, France-Info télévision n’a pas trouvé sa place parmi I-télé devenue C-news, et surtout BFM TV , décriée à l’envi mais largement en tête de l’audience. Ne parlons pas d’LCI, toujours en sursis dans le groupe TF 1, ni d’Euronews pourtant la première dans le genre en France, ni de France 24 qui est déjà la chaîne de télévision d’information continue du service public (comme on dit). Pour dire les choses crûment, à l’heure où « il faut faire des économies », il n’y avait pas besoin de faire France-Info télévision, et la faible audience prévisible en apporte la preuve. Faire passer les moyens de « Soir 3 » qui marche honnêtement, sur la chaîne d’information en continu dite de service public afin de capter l’auditoire relève de la martingale et de l’amateurisme de ses dirigeants. On lit, un peu partout, que la télévision est en perte de vitesse et que les jeunes, autrefois accros au petit écran, au point d’implorer leurs parents, de pratiquer un odieux chantage en cas de parents séparés et de garde alternée, pour avoir leur poste dans leur chambre, eh bien, les jeunes d’aujourd’hui boudent la télévision. Du moins, c’est ce qu’on lit un peu partout car la réalité ne correspond pas tout à fait mais ce n’est plus le média privilégié sans lequel la vie n’est pas possible. À l’heure des smartphones, à l’heure où l’on emporte l’information, les divertissements, la musique, les tofs, les documents personnels dans ce petit boîtier plat, les querelles autour de « Soir 3 » paraissent bien désuètes.

 

Nous avons été parmi les tout premiers à annoncer qu’on n’écouterait plus la radio comme autrefois, sur un transistor ou un tuner mais, à la demande, sur un téléphone mobile, devenu un smartphone. La télévision subit le même changement avec des plateformes qui proposent des séries de fiction qui ont la faveur du public. Dans un tel contexte, l’information, longtemps vitrine des chaînes de TV, est devenue accessoire. On apprécie encore les magazines, l’investigation surtout, les reportages, éventuellement la politique mais les nouvelles sont disponibles un peu partout ailleurs. Et puis, pour rester sur « Soir 3 », qui va encore tâcher d’attraper le dernier journal de la journée pour être informé ? Où l’on voit un clivage se dessiner entre une population instruite, consciente, critique et la très grande majorité qui veut qu’on lui raconte des histoires. Ça n’empêche pas de passer d’un côté à l’autre, bien évidemment.

En fait, pour nous, la fin de « Soir 3 » est surtout le prétexte pour rendre hommage à M. Jean-Marie Cavada, pas toujours bien récompensé par ses employeurs successifs, ORTF, Antenne 2, FR 3, Parafrance (Paramount television), Hersant télévision et autres pour lesquels il a apporté son expérience et ses compétences avant de voir la direction confiée à un autre plus fiable politiquement. C’est, finalement, sur les chaînes d’État qu’il s’est imposé avec des émissions comme « C’est à dire » (succédant à l’austère « Actuel 2 »), « Le nouveau Vendredi », puisqu’il a hérité de son ancien concurrent en prenant la direction de l’info sur FR 3 et, surtout, « La marche du siècle ».

 

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Pour illustrer cette chronique, nous avons trouvé cette page de TéléLoisirs qui rappelle quelques uns des présentateurs (avec quelques erreurs) qu’on a plaisir à se rappeler. Signalons, outre M. André Sabas, le tout premier présentateur, Mme Francine Buchi qui a été la première présentatrice du journal télévisé en France à perdurer à ce poste. En fait, c’est déjà M. Cavada qui avait imposé une femme au JT de 20 h sur Antenne 2, lorsque Charles Baudinat en était le PDG, que Georges Leroy était directeur de l’information et qu’il était lui-même un des principaux rédacteurs. Il s’agissait à l’époque de Mme Hélène Vida qui n’a pas tenu un saison en raison de la pression de nombre de ses confrères que nous ne citerons pas. Le problème, c’est que la confidentialité de « Soir 3 » n’a pas mis en vedette Mme Buchi. Citons aussi Dominique Baudis, un des journalistes qui a payé de sa personne pour exercer son métier et dont les carrières ont été exemplaires. La galerie proposée est l’honneur de cette profession. Il est tout de même incroyable de voir une telle concentration pour un journal télévisé rarement repris.

 

https://photo.programme-tv.net/clap-de-fin-pour-soir-3-qui-l-a-presente-37459