Notre article sur « Soir 3 » connaît un véritable succès et le professionnalisme de M. Jean-Marie Cavada est unanimement reconnu. Il faut lui reconnaître entre autres mérites d’avoir su créer ce journal du soir, ce dernier rendez-vous d’info avec des moyens réduits. Simplement, il a fait avec ce qu’il avait et en a même fait des atouts. Puisque le sujet intéresse, il convient de rappeler ici comment il présentait lui-même la session d’information de 19 heures. Pour lui, il s’agissait de proposer, comme dans la presse écrite, une édition nationale avec les informations de France et du monde, puis des pages régionales, différentes selon les régions. « Soir 3 » reprenait (de mémoire) un des meilleurs sujets proposés par les anciennes antennes régionales de l’ORTF, devenues FR 3. De même, il a permis à des stations régionales de produire des programmes visibles par tous comme, par exemple, « Continentales », produit à Nancy et présenté par M. Alex Taylor. C’était l’époque où la télévision s’efforçait d’offrir une fenêtre sur le monde, de connaître les autres, d’ouvrir les horizons. Tout le contraire de l’entre-soi d’aujourd’hui. En valorisant les stations régionales de FR 3, M. Cavada a sans doute fait davantage pour la décentralisation que toutes les lois mal fichues, et mal interprétées surtout, depuis 1982. Il semble que, de nos jours, on ne veut surtout pas montrer la France de la province, même rebaptisée la France des départements, au profit d’une diversité pourtant bien localisée de quelques très grandes villes dont Paris. Comme nous n’avons pas de télévision depuis un quart de siècle, il nous est difficile d’évoquer le journal télévisé de M. Pernaut mais il semble, d’après les critiques, qu’il montre cette France des marchés, des terroirs, des problèmes d’enclavement, de circulation, de captation du téléphone, voire de la télévision. Seulement, toujours à valeurs inversées, nous avons rappelé comment Mme Devilers, spécialiste émérite il est vrai des médias sur Inter, a pu assener que la France de M. Pernaut n’est pas représentative.

Jean-Marie CAVADA Il semble, en fonction de nos informations, que la télévision devienne, en effet, le média du troisième âge, ne serait-ce que, parce qu’il arrive un moment où il est plus difficile de changer ses habitudes. Les femmes ont vite adopté le smartphone mais s’en servent surtout pour communiquer, ce qui était sa fonction première. Les jeunes s’en servent aussi pour ça mais en ont fait un média de poche où ils ont accès partout à ce qui les intéresse le plus. C’est la satisfaction immédiate enfin à la portée des enfants gâtés.

Nous présentions dans Chapeau Soir 3 ! un clivage entre une population instruite, consciente, critique et la très grande majorité qui veut qu’on lui raconte des histoires. Il ne s’agissait pas d’évoquer une élite exigeante mais simplement la version courante de ceux qui, en vacances, « ne veulent pas bronzer idiots ». Par conséquent, on touche une frange qui n’est pas négligeable, qui augmente même si l’on considère les queues d’attente aux grandes expositions parisiennes et autres et qui veut simplement savoir comment vivent leurs semblables un peu éloignés. De même que ceux qui veulent qu’on leur raconte des histoires sont qualifiés d’amateurs de fictions par les professionnels. Les premiers veulent encore s’informer mais plus forcément en regardant les derniers journaux télévisés et encore moins en écoutant les flashes horaires à la radio. Il est normal que pendant la guerre d’Algérie ou Mai 68, on ait voulu écouter Europe n°1 toutes les heures mais de nos jours, si vraiment on veut avoir les dernières nouvelles, il y a bien d’autres moyens que d’attendre l’heure pleine à la radio.

Quant à arte, il est difficile de se prononcer. La qualité des programmes est indéniable quoi que souvent ennuyeuse, tant on confond, comme les Grecs, sérieux et ennui. Alors, qu’en est-il de l’audience réelle ? D’après les sondages, elle est très faible alors même que tout le monde prétend regarder la chaîne culturelle. Est-ce à dire que tout le monde ment ? Encore faudrait-il avoir intérêt à mentir. Or, dans un monde qui perd sa culture, il n’y a aucun intérêt à se faire passer pour cultivé, à refuser les divertissements grossiers (d’ailleurs pas aussi grossiers que cela semble-t-il), à plébisciter la connaissance et l’ouverture à l’autre dans un environnement qui se gave de fictions. Par conséquent, on peut raisonnablement penser que si arte ne fait sûrement pas un carton, son audience n’est pas aussi indigente que les statistiques le prétendent. Le nom, la marque, arte est connu de tous, au même titre que les grandes marques commerciales et les chaînes de TV dont tout le monde parle. Il serait bien étrange, dans ces conditions, que l’auditoire en soit aussi réduit tandis que, dans le même temps, les mêmes instruments de mesure affirment qu’Inter (et un peu avant RTL) caracole en tête des audiences alors qu’une large majorité de la population ne connaît même pas le nom. En tout cas, les jeunes n’en ont jamais entendu parler alors qu’il savent tous ce qu’est arte et l’ont regardée quelques fois. Il faut peut-être rappeler que ces instruments de mesure de l’audience sont destinés d’abord aux annonceurs pour cibler la publicité et choisir les meilleurs supports. Arte ne propose pas de publicité et, jusqu’à ces dernières années, Inter non plus ou alors selon des règles restrictives. Curieusement, depuis qu’il y a de la publicité de marque sur Inter, la station dite de service-public fait jeu égal avec RTL.

L’article sur « Soir 3 » connaît un beau succès mais est toujours devancé, quasiment depuis sa publication, par celui sur « La course contre la montre permanente sur Inter ». Il faut croire que le sujet rencontre des avis convergents. Pareil sur « Tempête sur Europe 1 » toujours classé dans les cinq premiers depuis sa publication avec parfois des dizaines de vues chaque semaine. Puisse M. Lagardère le lire et comprendre ce qu’il faut faire. En fait, ceux qui écoutent encore des radios généralistes sont résignés. Ils allument leur poste par habitude, parce qu’ils apprécient le mélange de divertissements, de conseils pratiques, d’informations. En général, il se souviennent avec une certaine nostalgie des grandes voix d’autrefois et d’émissions inoubliables, en oubliant juste qu’elles étaient exceptionnelles et pas toutes concentrées dans la même saison. Reste que la pub sur les périphériques (et maintenant sur Inter), la parlote sur Inter sont autant de pensums qu’il faut subir par habitude. Le problème, c’est qu’il y a de moins en moins d’auditeurs qui l’acceptent et que l’écoute à la demande par application l’emporte maintenant largement. La matinale comme autrefois, comme inventée (ou ré-inventée) par Philippe Gildas demeure l’un des derniers vestiges de la radio à l’ancienne qui conserve un large public, parce que c’est le média qu’on utilise le matin avant de partir au boulot ou dans la voiture en s’y rendant, parce que la matinale sert de pendule et de repère aux auditeurs.

 

La grille d’Inter fait sa rentrée en 6e avec peu de modifications. Il s’agit, en effet, de la 6e saison pour cette grille pépère. Nous aurons l’occasion d’y revenir dans les mois qui viennent mais, ce qu’on peut déjà remarquer, c’est que, comme presque toujours sur la station dite de service public, on colle des émissions là où l’on peut, sans vrai souci de savoir qui écoute. Il est vrai que, depuis quelques années, Inter incite fortement à écouter à la demande, en podcast, et que, par conséquent, l’ordre des émissions n’a que peu d’importance. Cette rentrée des radios le 26 août pose question. Au début, il s’agissait de devancer l’autre en proposant sa nouvelle grille de programmes. Seulement, dès la deuxième année, les autres ont fait pareil et il paraît difficile de « rentrer » vers le 15 août. Par conséquent, cette rentrée anticipée montre bien le fossé entre l’offre et la demande de radio. Aucun auditeur n’a jamais demandé à sentir déjà la reprise quand il se trouve encore en vacances. Ceux qui ont déjà repris se disent que cette fois, les vacances sont bien finies. Seulement, les radios généralistes se tirent la bourre et ne savent pas quoi inventer. Elles essaient toutes de proposer le plus de choses possibles mais sans originalité. À une époque, en écoutant Inter, selon la tranche horaire, on avait l’impression d’entendre la version audio du Nouvel Obs, du Monde de la Musique, de Politis, des Inrockuptibles, de Cosmopolitan, du Magazine littéraire etc. C’est toujours un peu le cas mais avec des variantes. Nous avions critiqué autrefois ces producteurs qui se fichaient comme d’une guigne d’être écoutés et qui balançaient ce qui leur faisait plaisir sans autre considération et persuadés que c’était un dû en récompense de leur incommensurable talent. C’est beaucoup moins vrai depuis quelques années mais avoir fait sauter le verrou de 8 h 30 dans la matinale ou imposer la rentrée une semaine avant montre que beaucoup n’intègrent pas l’auditeur dans leurs système de pensées. Ce que nous avons pu entendre de cette première semaine nous le confirme. Nous avons rappelé que, M. Cavada, le premier avait compris que le vendredi, le public se sent déjà en weekend (comme on dit en bon français) et qu’il faut en tenir compte. À la radio, il avait incité à proposer plutôt des divertissements mais toujours avec une motivation culturelle. Ce n’est pas vraiment ce qu’on peut entendre le vendredi, à part deux heures de spectacle musical en direct, il est vrai. Le reste est quand même un peu prise de tête.

 

M. Jean-Marie Cavada s’est retiré du monde des médias et la liste est longue de ceux auxquels nous avons rendu hommage, ici, en prenant pour prétexte leur disparition. Quand ils étaient en activité, nous avions tous le sentiment de voir évoluer de grands professionnels, chacun dans un style différent et apportant des innovations qui nous paraissent aujourd’hui normales. Nous mentionnons souvent Yves Mourousi qui a révolutionné la présentation des informations et inclus ce qu’on appelle depuis des pages culturelles. Seulement, dans le paysage audiovisuel foisonnant d’aujourd’hui, on peine à distinguer des personnalités dont on parlera plus tard comme des précurseurs, des inventeurs ou simplement d’honnêtes professionnels.

 

Antenne 2 - 1976

 

 

 

Pour le plaisir, nous avons trouvé le logo (pas terrible d’ailleurs) du journal télévisé d’Antenne 2 de 1976, date à laquelle le trio Baudinas-Leroy-Cavada officiait. Le JT était surtout l’œuvre de ce dernier avec des deux premiers hiérarques. Tout était nouveau, la façon de présenter les sujets, le graphisme des caractères incrustés, la présentation confiée à une femme, pour la première fois à 20 h, Hélène Vida. À noter que l’annonce du JT, entre 18 h 30 et 18 h 45 avait aussi été confiée à une femme, Mme Betty Durot. Des noms oubliés… Contrairement à ce qui est écrit sur Wikipédia, elle ne remplaçait pas les titulaires mais avait été imposée entre janvier 1976 et juin de la même année. La reprise en main datant de cette époque (pas sûr pour janvier d’ailleurs). C’est sous la pression insistante (et même le chantage) de certaines pointures de la rédaction qu’elle n’a pas retrouvé son fauteuil à la rentrée de septembre 1976.

l'Afrique qui chante

Rentrée sur France-Inter : la Kriss enchantée

L'audiovisuel public deux mois après la rentrée 2013

 

https://logos.fandom.com/wiki/Le_Journal_(France₂)

https://www.lesechos.fr/1996/10/betty-durot-842108

https://photo.programme.tv/evelyne-thomas-vincent-perrot-georges-pernoud-40-ans-de-france-3-578