Rien avant ma naissance (ou plutôt avant mon âge de raison), ça pourrait être la devise des journalistes actuels. Rien de ce qui a existé avant eux n’a existé ou alors n’est que sujet de moqueries.

mourousi-denisot

Nous avons déjà pointé comment M. Fabrice Drouelle avait fait répéter au directeur du Festival de Cannes que le journaliste vedette Yves Mourousi avait eu l’idée de la montée des marches du nouveau Palais des Festivals, tellement ça lui paraissait absurde. Nous avons aussi déploré que, à l’occasion du centenaire du Tour de France, personne n’a rappelé que l’arrivé, soi-disant « traditionnelle », sur les Champs-Élysées a aussi été inventée par Yves Mourousi. Nous avons consacré plusieurs articles pour rappeler qu’Yves Mourousi a révolutionné le journalisme audiovisuel. Si son ancien directeur et fondateur de France-Inter, Roland Dhordain a bien été le premier à faire une émission à l’extérieur des studios et en direct, c’est bien Yves Mourousi qui, le premier, a présenté le journal parlé de 13 heures, en direct de l’événement. Au début, il s’agissait d’événements culturels comme la réouverture de l’ABC de Paris (car au début, il ne quittait quand même pas Paris), comme cinéma avec la projection du film « Papa, les petits bateaux ». Par la suite, il a présenté, le plus souvent le samedi où il disposait de 2 heures, « Inter-Actualités magazine » en direct de l’Opéra de Paris, de divers Salons, de Notre-Dame de Paris, même. Auréolé de ces faits d’arme, il a été engagé par TF 1, à sa création en janvier 1975 (ce n’est devenu une chaîne privée qu’en 1987) pour présenter le journal de 13 heures aussi. Il a continué à aller au cœur de l’événement, dans un sous-marin, dans un avion de chasse, partout en France où il se passait quelque chose d’un peu exceptionnel. Il a aussi franchi les frontières et présenté le JT en direct de la Place Rouge de Mosou, à l’occasion de la visite du Président Giscard en Ursss, a imposé contre l’avis de sa direction la relève de la garde du tombeau de Lénine, en direct, juste avant 13 heures (ça empiétait sur l’émission d’avant) et la France qui était disponible devant son petit écran à cette heure a pu voir la garde montante se diriger au pas de l’oie vers le monument, dans le silence glacial de la place où résonnaient les talons des bottes des soldats. Rentré dans le Kremlin, il a interrogé Brejnev avec le style décontracté qui était le sien et qui tranchait avec la rigueur du lieu et du personnage.

Alors, quand j’entends ce matin 7 novembre, Mme Devillers, se répandre sur le double événement qu’a été la chute du mur de Berlin et pour la première fois, un journal télévisé en direct de l’événement et de l’étranger, on tombe de la chaise !

 

 

jeudi 7 novembre 2019

par Sonia Devillers

Mur de Berlin : le jour où le JT a changé

1989, le Mur de Berlin tombe : Christine Ockrent est sur place pour le journal de 20h d'Antenne 2. Au micro de "L'Instant M", elle nous raconte le premier duplex de l'histoire de la télévision.

https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-07-novembre-2019

« Nous y étions, nous Français, en direct et en images, sans studio, sur place, à même la rue, à même l’événement. C’était la première fois. Les 20 heures n’en seront plus jamais les mêmes après cela. »

« Ce jour-là, comme le raconte Christine Ockrent à vos côtés, le journal télévisé a changé et changé durablement. C’est la naissance d’une nouvelle grammaire de l’information (…). »

Cette expression « nouvelle grammaire de l’information reviendra au cours de l’émission et l’on est abasourdi devant cette prétention qui habite tous ceux qui sont sortis des écoles de journalisme depuis les années 1980, qui croient avoir tout inventé et qui n’ont que mépris pour tout ce qui a été fait avant eux. Oh, bien sûr, ils citent à l’envi Pierre Lazareff, parce que c’est tellement vieux que plus personne n’est là pour dire ce qu’il faisait à la télévision débutante ni pour rappeler que France-Soir qui affichait un tirage impressionnant comparé à ce que sont les meilleurs tirages français d’aujourd’hui, était une feuille qui alternait quelques grandes signatures et l’information la plus abêtissante qui soit.

Que Mme Christine Ockrent, avec toute l’équipe de la rédaction d’Antenne 2 de l’époque (MM. Hervé Brusini, Daniel Bilalian, Yves Devillers, l’oncle de l’autre, ceci explique sans doute cela) aient réalisé une prouesse dans la précipitation, qu’ils aient fait preuve d’une belle réactivité, qu’ils aient affronté les difficultés techniques de l’époque et notamment la liaison satellitaire, qu’il y ait eu des doutes, jusqu’au bout sur la réalité de l’événement avec tous les risques inhérents, cela se conçoit et mérite l’admiration. De là, à affirmer, à plusieurs reprises, que ce jour-là, on a « inventé une nouvelle grammaire de l’information » il y a un monde.

Récemment, nous avons été époustouflés quand Mme Devillers a balancé, en direct, que France-Inter s’appelait encore Paris-Inter en 1979 alors même que la station avait célébré ses 50 ans quand elle était déjà dans la Maison ronde. Elle récidive avec un événement survenu 10 ans plus tard, qui a certes changé la face du monde mais sûrement pas le travail des journalistes. Le pire, c’est que tout ça passe parfaitement, sans que personne ne relève. Pourtant, il aurait été facile à M. Demorand, de dire avec humour et légèreté qu’il y avait maldonne. Ce n’est pas non plus gravissime. Seulement, le doute est permis pour ce qui est autrement plus important. Si une professionnelle qui visiblement prépare bien ses sujets et ses interventions, commet de telles erreurs, facilement vérifiables, on peut se poser la question lorsqu’elle aborde des questions graves et que la mémoire personnelle ou les sources font défaut.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2019/11/01/37755596.html#comments

Ce blog accorde une grande place à la critique des médias et nous effectuons ici un travail de mémoire des médias qui est salué par nombre de professionels. Par conséquent, la chronique de Mme Devillers, un peu avant 9 heures sur Inter et son émission qui commence vers 9 h 40 sont suivies avec attention, d’où la déception lorsqu’il y a de tels dérapages. Car enfin, affirmer que la radio sur laquelle elle travaille depuis 2011 s’appelait Paris-Inter lorsqu’elle était gamine et qu’elle n’écoutait probablement pas cette station, revient à dire qu’avant son arrivée, il n’y avait rien de bien et que c’était ringard au possible. Dire, ce jour, qu’avant la chute du mur de Berlin, le journal télévisé n’avait jamais quitté son studio avec un présentateur figé, revient à dire que rien de bien n’existait avant. Cette prétention qui habite les animateurs et chroniqueurs d’Inter à se croire les meilleurs dans tous les domaines, ceux qui informent le mieux et de la façon la plus fiable, ceux qui font les meilleures émissions, ceux qui promeuvent les meilleurs chanteurs (Philippe Katherine aujourd’hui ou Bertrand Belin ou Charlotte Gainsbourg), ceux qui commentent le mieux, ceux qui font le plus rire, parce qu’ils sont à Paris, près du pouvoir et des sites culturels, près des artistes en vue, est de plus en plus insupportable. C’est surtout vrai depuis que les résultats d’audience placent Inter en tête alors que, probablement (difficile à évaluer) la moitié de la population ne connaît même pas le nom. Il est vrai aussi qu’il s’en trouve parmi ses propres salariés comme nous venons de le voir. C’est une manie très courante et donc présente à l’antenne, de penser que les événements les plus importants, les changements les plus significatifs ont eu lieu du vivant des jeunes générations actuelles.

Maintenant, concernant l’admiration d’Yves Mourousi, je voudrais simplement dire que, lorsqu’on l’écoutait présenter son journal parlé à 13 heures, lorsqu’il recevait les acteurs du monde culturel à partir de 13 h 20, une fois l’actualité politique et internationale traitée, qu’il ménageait des pauses musicales entre ses invités et ses sujets, qu’il accordait de la place au cinéma, à la mode, au théâtre et bien sûr à la littérature, on sentait qu’il se passait quelque chose qu’on entendait encore nulle part ailleurs. Il a emmené avec lui ses idées et sa manière de faire à la télévision dont il rêvait depuis longtemps. Là aussi, on voyait qu’il se passait quelque chose, non seulement parce qu’il amenait des caméras dans des endroits où bien peu allaient (comme le Grand Orient de France ou la maison du PCF et ne parlons pas du sous-marin) mais encore par sa façon de travailler. Un journaliste qui l’a côtoyé, aujourd'hui retiré mais toujours actif dans l’édition, m’écrivait un jour qu’aucun des journalistes actuels ne lui arrive à la cheville. De la part d’un confrère, dans ce milieu où la jalousie est répandue, ça vaut encore plus qu’une simple reconnaissance de mérites.

 

 

 

Nous reproduisons la photo parue dans http://thevintagefootballclub.blogspot.com/2011/12/yves-mourousi-avec-les-bleus.html

en précisant que M. Michel Denisot ne débutait pas comme journaliste sportif, qu’il n’a jamais été. Il co-présentait le JT de 13 h et était chargé des informations qui ne nécessitaient pas de développement. Il travaillait en alternance avec M. Claude Pierrard, venu aussi de la 3e chaîne de l’Ortf , avec M. Jean-Pierre Pernaut ou avec Mme Marie-Laure Augry avec qui il présentera en duo le JT pendant quelques années.

Sur la photo, outre Michel Denisot, on devine derrière M. Michel Hidalgo, à l’époque adjoint du sélectionneur Stephan Kovacs et M. Jean-Paul Serini, le soigneur de l’équipe de France. Quoi que Michel Hidalgo était peut-être déjà titulaire du poste en 1977.

Nous avons choisi cette photo qui prouve plus que toutes les autres disponibles sur les moteurs de recherche qu’Yves Mourousi présentait son JT à l’extérieur et sur le lieu de l’événement et que ça ne date pas de la chute du mur de Berlin qui a eu d’autres conséquences.

 

 

On relira :

France Soir dernière

Radio humaine

Rentrée Rétro sur Inter en 2019 où il est rappelé l’émotion de Mme Devillers qu’elle partageait avec son invité, un photographe iranien.

 

yves mourousi

ajouts et commentaires pour janvier

MARRE

commentaires et complément

GAILLARD d'avant

allitération

Jean Graton, Tony Franklin et quelques autres.

 

Et après, faudra pas dire que tout a été inventé en novembre 1989...