Il y a des périodes comme ça, où les journalistes sont complètement relâchés, ne se contrôlent plus et nous offrent un festival d’informations puis d’analyses erronées. Le summum a sans doute été atteint lors de la guerre du golfe de 1990-1991. Déjà, le titre de « 2e guerre du golfe », plus tard, en référence à celle-ci, est une erreur puisque la première à avoir reçu le titre de « guerre du golfe » était la longue guerre qui a duré de 1980 à 1988 et qui a opposé l’Irak à l’Iran. Comme nous n’étions pas partie prenante, malgré le terrorisme iranien de l’époque, elle ne compte pas.

Sans doute faut-il un événement important pour lâcher les vannes et laisser dire n’importe quoi sans aucun contrôle. Nous venons de pointer l’incommensurable prétention de journalistes à affirmer qu’il n’y avait jamais eu de duplex, de JT en extérieur et en direct, depuis l’étranger avant la chute du mur de Berlin. Tout ça, parce qu’avant, la plupart d’entre eux ne faisaient pas beaucoup attention à l’actualité car trop jeunes. D’où notre titre : rien avant ma naissance !

triangle de gonesse 1

Le lendemain de cette funeste émission qui réunissait des journalistes parmi les plus capés, on a droit à une récidive à propos de la décision d’abandon du projet « europa-city » dans le fameux triangle de Gonesse. Désormais, cette zone est présentée comme un espace de « 80 ha coincés entre les aéroports de Roissy et du Bourget » (sic). Là non plus, l’erreur n’est pas grave mais laisse planer un doute sur la fiabilité des autres informations. Si le triangle de Gonesse est bien accolé à l’ancien aéroport parisien du Bourget, il est surtout délimité par des autoroutes. Il suffisait de dire : coincé entre l’aéroport du Bourget et des autoroutes (comme on le faisait quand le projet n’intéressait pas les rédactions généralistes) mais la version officielle sera désormais « 80 ha coincés entre les aéroports de Roissy et du Bourget ». Les limites les plus proches de l’aéroport de Roissy (bientôt privatisé) se trouvent à quelques 6 km et encore plus de l’aérogare.

En outre, on ne parle que de la zone de 80 ha alors qu’il s’agit de la surface prévue pour le seul centre commercial et de loisirs (avec salles de cinéma, théâtre et piste de ski) qui devrait être transformée en terre agricole pour alimenter l’Île-de-France en produits frais au moyen de circuits courts. C’est du moins ce que les mêmes affirment aujourd’hui sans penser que 80 ha, c’est vraiment très peu, c’est ce que possèdent les plus humbles exploitations familiales en voie de disparition. En fait, la ZAC représente 750 ha, voire 1300 ha, selon ce qu’on y inclut . Là, on comprend que ça fasse polémique car on n’aurait pas bougé pour 80 ha. Rappelons que l’aéroport de Roissy, justement, couvre + 3200 ha et celui du Bourget 550 ha. En passant, le site abandonné par Citroën, à Aulnay-sous-Bois, de l’autre côté de l’autoroute, justement, occupe 168 ha et pourrait parfaitement accueillir le centre commercial et de loisirs « europa-city » ainsi que les bureaux et hôtels prévus. Seulement, les décideurs veulent absolument marquer leur passage en bétonnant des terres arables parmi les meilleures et puis, ça coûte moins cher d’acheter de la terre agricole et de bétonner que d’acheter une friche, de démolir, d’assainir et reconstruire.

Bien sûr, on n’en parle pas car aucun des journalistes parisiens ne s’aventure dans le 9-3 sauf quand il y a des échauffourées. Il ne saurait être question de traiter d’autre chose et sûrement pas d’aménagement du territoire et encore moins d’environnement et de développement durable dans un département fortement identifié aux problèmes sociaux et sensationnels propres à mobiliser les journalistes.

triangle de gonesse 3'

Quelques heures après l’annonce de l’abandon, on n’entend plus que ça : « 80 ha coincés entre les aéroports de Roissy et du Bourget ». Il suffit qu’un seul journaliste utilise une formule pour que, aussitôt, tous les autres lui emboîtent le pas. À aucun moment, ne s’est trouvé quelqu’un pour se demander s’il est possible que deux aéroports internationaux se trouvent côte à côte et seulement séparés par 80 ha de terre arable. Personne n’a tiqué ! C’est tout de même insensé. Dans le passe, à la fin des années 1980, un journaliste avait parlé de « vrai-faux passeport » et, depuis, chaque fois qu’une imitation est proposée, on ne dit plus autre chose que « vrai-faux » au lieu de « faux », tout simplement. La palme revient au livre de la chanteuse Rika Zaraï qui, sortant de son registre habituel (faute impardonnable), l’a vu réduit par les soins du seul à l’avoir lu au seul paragraphe sur les bains de sièges.

Il n’y a pas que la radio (Inter) car le site de France Info : TV qui traite – de façon assez surréaliste d’ailleurs – des scènes de violences à Chanteloup-les-Vignes évoque la construction vers 1970 des grands ensembles confiés à l’ineffable architecte Émile Aillaud. Le rédacteur nous dit que c’était pour y loger les ouvrier de Peugeot à Poissy. Or, à cette époque, ce n’était pas Peugeot mais bien Simca. Là non plus, ce n’est pas très grave mais qui nous dit que les statistiques qu’il produit, que les descriptions qu’il propose ne sont aussi erronées ?

 

D’abord, on ne comprend pas comment, des gens qui exercent le métier d’informer paraissent (euphémisme) découvrir un sujet quand le Président de la République en parle. En l’occurrence, il a été traité, donne lieu à des polémiques, des recours devant les tribunaux ; autant de faits qui donnent lieu à information. En termes simples : on en a parlé depuis quelques années. Ensuite, de nos jours, il est facile de vérifier une information. Un coup d’œil sur un moteur de recherche, sur deux ou trois articles pour le grand public, sur deux ou trois images suffisent à palier une lacune toujours admissible (quoi que). Par conséquent, il est d’autant plus inadmissible d’entendre de telles approximations balancées comme vérité. Évidemment, sur des sujets somme toute secondaires, on peut laisser courir sans trop réagir mais pour le reste, comment être sûr que l’angle sous lequel le journaliste traite un sujet est le meilleur ou celui qui va informer le mieux ? Personne n’est spécialiste de tout et l’on sait que les meilleurs sont absents des médias, soit qu’ils ne veulent pas se compromettre dans le cirque médiatique, soit que leurs analyses pointues et argumentée vont à l’encontre des lieux communs répandus.

 

Ici, nous essayons de dire quand il y a maldonne sur les sujets que nous maîtrisons, généralement les relations internationales et les médias. Pour le reste, nous devons nous résoudre à prendre pour argent comptant ce que nous apprenons par les médias. Ainsi avons-nous consacré quatre longs articles à l’Espagne à la suite de réactions à chaud (ou presque) sur la Catalogne. Nous avons pu nous rendre compte récemment que les Français de la rue ont adopté le point de vue de quelques journalistes qui couvrent l’actualité ibérique, à savoir que les Catalans veulent se détacher de l’Espagne pour ne plus partager leurs richesses avec le reste du pays. Pour le reste, aucun sujet, aucun reportage, aucun duplex depuis l’Espagne sans mettre en avant Franco ou le franquisme.

Toujours des raccourcis, toujours des formules choc, toujours des allégations gratuites, toujours des clichés rassurants, toujours l’actualité vue par le petit bout de la lorgnette. Et toujours cette prétention parce que ces messieurs-dames ont obtenu le bac (voir nos récents articles sur les diplômes) et suivi quelques années d’études qui leur ont inculqué des idées reçues en guise de base de culture générale.

 

Avec tout ça, l’analyse consacrée au recul du média radiophonique est reportée.

 

https://www.francetvinfo.fr/politique/banlieues/j-ai-la-haine-contre-ceux-qui-ont-fait-ca-a-chanteloup-les-vignes-autopsie-d-une-banlieue-en-quete-de-normalite_3691419.html#xtor=EPR-749-[NLbestofhebdo]-20191109-[content5]

 

http://www.ville-gonesse.fr/content/le-triangle-de-gonesse

https://www.ensemble-fdg.org/content/europacity-le-triangle-de-gonesse-une-zad-cote-de-roissy

https://nonaeuropacity.com/informer/emploi/carte-du-triangle-de-gonesse