Exercice particulier puisqu’il relève de l’auto congratulation ou, pour le dire simplement, je vous l’avais bien dit.

Nouvelles pratiques d'écoute de la radio

La radio se cherche une identité et un avenir

Nous avons attiré l’attention sur les nouvelles pratiques d’écoute de la radio qui est notre média préféré, notre média de prédilection, ici. Dernièrement, nous indiquions que, pour les jeunes, c’est à dire les moins de 26 ans d’aujourd’hui, la radio telle que nous la concevons est un média incomplet, un peu comme l’est Word Pad® par rapport à Windows Word® . Il y a du son, des infos, de la musique (surtout ce qui intéresse les jeunes) mais il manque l’image et même la musique n’est pas diffusée de manière satisfaisante puisqu’il y a des annonces et des publicité ; surtout des publicité.

radio postes

En préparant les derniers articles sur la rentrée d’Inter, nous sommes tombés sur des publications déjà anciennes, qui confirment ce que nous pressentions, à savoir le recul de l’écoute du média radiophonique. Nous nous en doutions en appelant à la plus grande prudence concernant les résultats d’audiences. Également, un tour dans les magasins d’appareils électroniques montre bien la disparition quasi totale des postes à transistors et des tuners mais proposent des répliques des anciens postes équipés, bien sûr, de la technologie la plus moderne. La radio est devenue un objet rétro.

Enfin, depuis la rentrée, pas un jour ne passe sans que, sur Inter, on ne vous renvoie au site Internet pour entendre le reportage complet, pour lire des enquêtes inédites, pour se brancher sur un sujet qu’on n’arrive pas à caser dans une grille de programmes où l’on a du mal à faire plaisir à tout le monde, pour obtenir les détails du déplacement de la station à l’extérieur ou simplement pour avoir l’information complète, les détails comme une adresse ou un numéro de téléphone. Aujourd'hui, « Inter Service Jeunes » serait intégralement sur le site Internet. De toute façon, ce service a disparu depuis bien longtemps.

 

Le Parisien titre sur le groupe M6 (en fait RTL) qui va mettre le paquet sur le digital avec toujours plus de podcasts. Rien dans l’article sur le contenu (les programmes) mais tout sur le support numérique et, RTL oblige, sur les vedettes de l’antenne.

http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/et-si-les-animateurs-de-rtl-allaient-aussi-sur-m-6-11-09-2019-8150343.php#utm_medium=email&utm_source=external&utm_campaign=welcome_lapar&xtor=EPR-1481423566

Notons au passage que lorsque nous nous interrogions sur la prise de contrôle de RTL (marque européenne archi connue) par la très française et presque confidentielle M6, nous pensions qu’il s’agissait-là d’une simple manœuvre financière. À l’aune des articles mentionnés ici, il apparaît que le groupe BMG, principal actionnaire d’RTL entérine le recul du média radio et lui donne le rôle de simple filiale de M6 qui, après avoir été « la petite chaîne qui monte », avec ses programmes originaux, n’a pas percé en tournant le dos à son identité et en courant après TF 1. Depuis, d’autres se sont positionnées sur le créneau populaire et divertissement avec plus de succès.

Plus intéressant, Le Figaro avait pointé, voici un an et demi, la baisse d’écoute de la radio et notamment dans le jeune public. Sans maîtriser le langage technique et sans connaître toutes les données, nous avions souligné que les adolescents ne savent même pas ce qu’est la radio, ce média d’autrefois à qui il manque tout ce qu’ils trouvent sur leurs smartphones. Quelques mois auparavant, Patrick Sébastien pointait le recul de l’audience de la télévision : « Les mômes ne regardent plus la télévision.(...) Aujourd’hui, même les gens de ma génération regardent Netflix, parce qu’on ne fait plus de la TV pour les gens. ».

https://www.midilibre.fr/2019/07/14/patrick-sebastien-je-nai-plus-peur-de-rien,8311944.php

En effet, les mômes utilisent l’écran plat de leurs parents pour y brancher leur PSP ou tout autre appareil qui leur permet de jouer en ligne et de communiquer avec d’autres joueurs à l’autre bout du monde. C’est sûr que les explosions, les destructions et autres bombardements sont autrement plus spectaculaires sur grand écran que dans la paume de la main. Nous avions aussi rapporté, dans notre série sur les diplômes de demain, que la principale promotrice de la suppression des examens et concours d’entrée dans les Grandes-Écoles entend donner la priorité aux joueurs en ligne qui, selon elle, maîtrisent mieux l’anglais que ceux qui ont effectué des séjours à l’étranger. La télévision, dont on disait, à la fin des années 1970, qu’elle avait remplacé tous les médias et apporté l’ubiquité dans les foyers, n’est plus qu’un outil, un support technique qui apporte un certain confort visuel par rapport au tout petit écran du smartphone. On sait que, en matière de confort, les plus jeunes ne sont pas exigeants et qu’ils privilégient la satisfaction immédiate d’un plaisir.

Néanmoins, il leur faut de l’image mais à condition qu’elle leur apporte un plus. Quel intérêt y a-t-il à regarder un mec penché sur le petit bout de papier qu’il lit, alors qu’on voit à peine ses yeux et qu’on ne capte pas son expression ? Sans cette image, c’est encore pire car, pour un ado, pour un pré-ado, c’est juste un vieux qui parle et qui parle de choses qui ne l’intéressent pas. Néanmoins, il y a un public pour ce genre de vidéo. Il faut croire qu’il a besoin de l’image, pourtant sans intérêt aucune, pour être entièrement concentré sur les propos tenus par le chroniqueur. Sont-ils à ce point si légers qu’un rien suffit à distraire l’attention ?

Concernant la technique, nous reproduisons les arguments d’un internaute (Jérémy) :

La pratique de la radio a à ce point changé que le récepteur a disparu de bien des foyers et que le tuner n'est plus qu'une option sur les combos. La radio telle que ceux de notre génération l'ont connue et pratiquée est appelée à disparaître au profit du podcast et du fond sonore sélectionné sous forme de playlist rattachée à un genre précis ou remisée sur un support numérique. La télé connaîtra le même destin. Avant dix ans d'ici, le déploiement de la fibre et du 5G en sont les prémisses, on sélectionnera ce qu'on veut visionner à partir de portails qui existent d'ailleurs déjà depuis un bout de temps (Pluzz, Arte, TSR, M6 etc... ) et sur les pages dédiées des émissions-phare sur YouTube. Pratique qui existe déjà chez ceux qui n'ont plus la télé ou qui ne veulent pas s'encombrer d'accablants tunnels de pub. Des milliers de webradios et de webtélés existent, apparaissent, sont écoutées, visionnées, partagées au gré des goûts et des attentes de chacun.
Cette idée d'horizontalité, de partage, de choix individuel de ce qu'on souhaite écouter, voir, lire, est intéressante mais va à l'encontre des principes admis depuis l'invention des médias de masse, où ce qui nous est distillé par voie d'image, de haut-parleur ou de presse vient d'en haut ; et c'est bien ce qui est mis en cause et dénoncé aujourd'hui dans les mouvements sociaux.

(lire l’intégralité en commentaire de Rentrée Rétro sur Inter en 2019)

Où l’on voit bien que la désaffection du public et surtout des jeunes (le public appelé à durer) pour la télévision et, a fortiori pour la radio provient essentiellement des contenus et qu’elle rencontre une révolution technologique qui donne les moyens de s’affranchir de ce qu’on n’aime pas. Autrement dit, on peut raisonnablement penser que la désaffection existe depuis longtemps mais que, jusque là, on ne disposait pas des moyens de s’affranchir des médias de masse que sont la télévision et la radio. On était dans la résignation. Malgré tout, force est de constater que cette résignation poussait plutôt vers les programmes les plus navrants et non vers la qualité. Or, il semble que, de nos jours, le jeune public apprécie les images de qualité surtout si elles servent des contenus (jeux et autres divertissements) qui mobilisent davantage leur intelligence. En même temps, quand on pointe le refus de se voir imposé d’en-haut l’information et les divertissements et que ça participe des mouvements sociaux actuels, on comprend qu’il s’agit-là d’une évolution en profondeur et pas seulement du goût changeant du public. Il serait pertinent que, « en-haut », on en prenne conscience.

Dans ce nouveau contexte (mais pas si nouveau), que proposent les stations de radio ?

Les radios dites musicales enchaînent les chansons toute la journée entre deux plages publicitaires. Un DJ, plutôt qu’un animateur, met son talent (quand il en a) à casser cet enchaînement pour éviter l’ennui qui ferait fuir les auditeurs, c’est à dire les prospects des annonceurs. On comprend que, même les magasins, surtout les magasins, choisissent depuis longtemps les sites Internet de diffusion de musique où l’on peut choisir soi-même ce qu’on va écouter et qui, généralement, plaît à leur clientèle. Les radios d’information sont un moyen de savoir sans faire de recherche. Tous les quarts d’heure, on profite d’un bulletin d’information et, entre les deux, on a un reportage, une enquête ou un débat car il y a un public pour les empoignades, surtout si s’en mêlent des auditeurs qui n’ont pas forcément les connaissances mais qui balancent des énormités qui font réagir et captivent l’auditeur.

 

Les radios généralistes sont aujourd'hui peu nombreuses et sont les mêmes qu’il y a 50 ans et plus. Elles ont changé de nom dans les années 1960, gardé un public qui est forcément vieillissant et qui s’est tourné, depuis longtemps, vers la télévision. Autrement dit, déjà dans les années 1970, qui ont vu la télévision s’immiscer dans tous les foyers, qui ont vu les journaux disparaître, les salles de cinéma fermer, la radio était déjà le média incomplet, le média sur lequel on se rabattait quand on ne pouvait pas faire autrement, comme par exemple en vacances ou, surtout, en conduisant. Déjà, l’auto-radio, en proposant un lecteur de cassettes puis un lecteur de disques permettait de s’affranchir de l’obligation des programmes, d’autant plus que, malgré les améliorations comme le RDS, on ne capte plus la station qu’on écoute selon l’endroit où l’on se trouve. Donc, les généralistes sont les radios des grandes agglomérations où elles sont en concurrence avec les radios locales, les radios communautaires, les radios associatives (il suffit de se trouver coincé dans les bouchons lyonnais pour s’en rendre compte). C’est pour cela que nous émettons depuis longtemps les plus grandes réserves sur les résultats d’audiences des radios, dans la mesure où le nom même des généralistes est inconnu d’une grande partie du public.

https://www.offremedia.com/audience-radio-septembre-octobre-2019-en-part-daudience-lundi-vendredi-rtl-et-france-inter-au-coude

Néanmoins, le site

https://laminute.info/2019/11/20/une-rentree-record-en-part-daudience-pour-radio-france/

souligne que « [Inter] est également la radio la plus écoutée sur les supports numériques avec 1 329 000 auditeurs quotidiens. Elle enregistre en octobre 2019 plus de 41 millions d’écoutes à la demande et plus de 37 millions de vidéos vues ». On est de plus en plus loin de la « radio ». Pendant que les animateurs de radio extraient les résultats qui les arrangent, se répandent sur leur position ou sur leur progression, d’autres enfoncent le clou. Ainsi 20 minutes qui demande carrément : « Pourquoi les Français et les Françaises écoutent-ils moins la radio ? » avant d’ajouter :

« Les dernier chiffres des audiences radio calculés par Médiamétrie montrent une baisse de l’écoute générale de la radio. Elle reste l’un des médias préférés du pays, mais il n’y a plus « que » 76,5 % des Français qui l’écoutent au moins une fois par jour, rapportent Les Echos. Ils étaient 81 % en 2015 » et la télévision semble suivre ce déclin.

https://www.20minutes.fr/arts-stars/medias/2656263-20191120-audiences-radio-ecoutez-encore-radio-laquelle-si-non-pourquoi

 

Il y a un peu plus d’un an, Patrick Sébastien répondait aux questions de Mme Devillers et s’exprimait sur la télévision :

« C’est un milieu qui aime de moins en moins les artistes. Si tu regardes la télé aujourd’hui, y a énormément de chroniqueurs, ce qui n’existait pas tant que ça à l’époque. C’est des gens qui sont payés pour donner leur avis. Souvent, j’emploie l’image de mon village où avant, y avait trois vieux assis sur un banc et 200 mecs qui bossaient. Maintenant, y a 200 mecs assis sur un banc et trois qui bossent et qui disent, ça c’est bien, ça c’est pas bien, ça c’est pas bien. Donc, c’est devenu un tribunal, la télé, même les divertissements, c’est des concours, c’est des jeux : on juge, on juge. Ce qui fait la télé aujourd’hui, c’est l’info. Le meilleur téléfilm, c’est l’info. (…) Ils ont tout. C’est en direct, c’est les jeux du cirque. C’est l’évolution des choses. La télé est devenue ça. Les mômes ne la regardent plus. Ça, il faut le savoir. Je pense même que c’est un instrument qui va, petit à petit, disparaître. »

https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-04-octobre-2018

Mme Mélissa Theuriau ne disait pas autre chose, voici quelques semaines :

« Aujourd’hui, nous sommes dans une nouvelle ère à la télévision. Il y a énormément de chaînes, beaucoup d’émissions, bruyantes, surtout celles avec des chroniqueurs. Je ne me reconnais pas là-dedans. »

http://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/melissa-theuriau-la-television-est-devenue-trop-bruyante_c7453dbe-faf2-11e9-8544-5edb304b72b7/

Tout le monde a voulu imiter Canal + des débuts avec son rythme, ses chroniqueurs, ses plateaux variés mais ce qui faisait l’identité d’une chaîne est devenu imbuvable aujourd'hui que tout le monde s’y est mis. Alors, il faut imaginer que, quand la radio veut faire pareil, quand il manque les facéties, les déguisements, les imprévus qui faisaient le sel et le succès de « Nulle part ailleurs », on obtient l’ennui que nous dénoncions il y a une dizaine d’années au point d’être repris, à l’époque, par L’Express. France-Inter nous ennuie tellement

On relira :

RTL déménage

 

http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/patrick-sebastien-va-faire-tourner-le-plus-grand-cabaret-du-monde-20-11-2019-8197599.php#utm_medium=email&utm_source=external&utm_campaign=welcome_lapar&xtor=EPR-1481423566