Tâchons d'appréhender les choses sous un angle différent. La radio en tant que media distinct de la télé - tel que ceux de notre génération l'ont pratiqué - ne pouvait logiquement que fusionner avec la télé après en être devenue complémentaire, fusion dont le support privilégié est le web. Logiquement car la technologie évolue, et avec elle les pratiques.
Il y a un troisième élément à prendre en compte, je crois, qui est la multiplicité des publics, phénomène impossible à cerner tant il s'apparente, pour emprunter au jargon des technocrates, à un écosystème complexe, et labile, nébuleux, même si les pratiques finissent par se rejoindre, même si le podcast en vient à supplanter le direct et le support numérique à se substituer au récepteur hertzien, chez l'ensemble des générations.

Je ne suis pas sûr que les producteurs d'émissions de radio - pour s'en tenir au media qui est l'objet de ton article - soient vraiment au fait de cette évolution. A seulement parcourir les commentaires de l'article de "20 minutes", que tu cites en référence, on constate quoi ? Une saturation de la pub. La pub à la télé, la pub à la radio. La pub ressentie, on en a l'impression, en tant que symbole d'un système. Du système.

Screenshot_2019-11-23 Test du poste de radio Internet Evoke F3 avec tuners WiFi, DAB, FM et réception Bluetooth

Il y a quelques années, il avait été question de numériser la diffusion des radios comme on l'a fait pour la télé. Évidemment la France entendait adopter, fidèle à son habitude de compliquer ce qui pourrait être simple, un standard technologique qui n'aurait fonctionné qu'à l'intérieur de ses frontières. Si ce projet avait été mis en œuvre, les bons vieux récepteurs hertziens, tuners et auto-radios auraient été mis au rancart et chacun aurait été tenu de s'équiper du récepteur idoine, dont on disait qu'il serait équipé d'un écran permettant de diffuser... des spots de pub. Un accès inespéré de réalisme a amené les décideurs à renoncer à ce projet. Et sans doute aussi les têtes pensantes placées à la tête des radios. Lesquelles voyaient venir le vent de la désertion de leurs antennes alors rentables. Lesquelles n'ont pourtant pas vu venir le vent de la playlist, malgré l'omniprésence des lecteurs .mp3 dans le paysage urbain depuis la fin des années 90 jusqu'à l'apparition des téléphones mobiles plus élaborés, eux-mêmes supplantés par les smartphones. Phénomène concomitant à celui du téléchargement sauvage - on a tous entendu parler d'une certaine mule familière des utilisateurs de Windows 98 et de ses successeurs, et nombre d'entre nous ne se sont pas privés de la chevaucher. A présent, on peut se confectionner une discothèque en téléchargeant directement sur YouTube ses musiques de prédilection.

La playlist, c'est FIP dont on choisirait soi-même la programmation. Sans trop sortir de sa "zone de confort", cela dit. Mais les radios, génériques et plus ciblées, que proposent-elles qui ne déroge aux injonctions des majors du disque ? Elles sont, et ne sont plus que, des supports de promo. L'invité de l'émission a une actualité, un livre, un film, un disque, une compil, un spectacle à vendre. On le voit défiler partout où il y a des micros et des caméras aux heures dites de grande écoute, entre des plages de pub qui vont s'éternisant, pendant lesquelles on peut douter que l'auditeur reste à l'écoute, que le téléspectateur n'en profite pas pour faire autre chose que rester devant son écran à regarder défiler des spots archi-matraqués. Zapper, par exemple, en quête du salut d'une redif de Columbo ou d'Americars où il se passerait autre chose que du baratin ponctué d'applaudissement commandés. Ces shows promotionnels, qui concernent-ils, au vrai ? Quelles retombées en termes de ventes, qu'il s'agisse de promos comme de spots de pub, au-delà d'une certaine saturation ? Qu'est-ce qui explique le recours aux podcasts si ce n'est, justement, cette saturation et de la pub et des figures médiatiques imposées ?

France-Culture dont on nous dit que son taux d'écoute connaît une progression. France-Culture comme le fantôme de ce que fut "la différence" de France-Inter, face à la concurrence des généralistes qui donnaient dans le "populaire", à savoir la variété, le people, les jeux, les animateurs-vedettes "vus à la télé", et des litanies de tunnels de pubs qui longtemps n'ont dérangé personne, qui s'intégraient dans ce paysage sonore qui avait ses habitués, Europe, RTL, Sud-Radio, RMC, RFM, Nostalgie...
Voilà que la pub apparaît tout à coup comme un repoussoir, qu'elle fait fuir les auditeurs vers le podcast, la playlist, vers Netflix lorsqu'il s'agit de la télé, voilà que l'on conteste, après des années de silence résigné, les programmes de télé qui commencent à 21h10 après la grand messe du 20 heures qui tient de moins en moins la vedette, voilà qu'on ne supporte plus les films entrecoupés de tunnels de pub, voilà qu'on exprime un ras-le-bol de la pub nous, le public !

C'est là le seul consensus. Car pour le reste, bien malin qui pourrait dire quel concept d'émission, à la radio comme à la télé, pourrait fédérer le plus large public, comme ce fut le cas pour "Nulle part ailleurs", si contextuel à une époque qui nous apparaît aujourd'hui tellement lointaine.
Les formats s'en vont s'en viennent, vus comme des pis-allers. On regarde "Affaire conclue" faute d'avoir autre chose à faire l'après-midi, ou parce qu'il pleut, suivent des litanies de jeux aux concepts éculés, archi-éprouvés, qui composent un fond sonore, tandis que l'ordi est ouvert sur les réseaux sociaux ; dans la bagnole, dès qu'on met le contact, l'écran propose la playlist en cours ; quand on a un moment, on se connecte sur le site de sa radio de prédilection et on fait défiler à la recherche d'un podcast. Si on ne trouve rien, on va sur le site d'une télé ou on se cherche une webradio. Le nombre de gens qui, le soir, sont connectés aux réseaux sociaux pour communiquer, chatter sur Messenger, prendre part à des jeux, jette un cinglant démenti aux prétentions des producteurs-vedettes et des parleurs agréés des chaînes d'infox. Le PAF cultive ses vieilles habitudes sur un terrain de plus en plus déserté. Le PAF fait sans les gens, sans le public, en vase clos.

Inutile de "lancer une vaste consultation" pour chercher à savoir ce qu'on en attend, pour le cas où les décideurs se poseraient la question. Il leur suffit de lire ce qui est dit de nos media sur les réseaux sociaux et les champs de commentaires des articles qui leur sont consacrés. Cela va très au-delà du rejet de la pub et d'une information de plus en plus vécue comme une propagande politique. Cela pourrait aller dans le sens du rejet d'un système dans son entier. D'une émancipation, qui sait ?"

 

 

(L’intégralité est à retrouver en commentaire de Recul de l'écoute radio )

 

 

https://www.ericboisseau.com/test-poste-radio-internet-evoke-f3-tuners-wifi-dab-fm-bluetooth/