J’approuve le commentaire de Jérémy, d’autant plus que je suis incapable de fournir les explications techniques qu’il apporte. Je constate que le temps de réaction est incroyablement long par rapport au temps de changements technologiques. Il a fallu plus de temps pour passer du CD à l’affreux MP3 que du MP 3 au téléphone mobile puis au smartphone qui permet d’emmener avec soi des centaines (peut-être plus car n’ayant pas de smartphone j’ignore la capacité de ces appareils) de titres de musique téléchargés facilement. De toute évidence, les producteurs de radio n’ont pas encore réalisé ce qui se passe autour d’eux. Ils ont ajouté l’image et pensent que c’est une fin en soi.

C’est sans doute aussi ce qui explique en partie le déclin d’une radio généraliste comme Europe 1 qui court après sa gloire passée.

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Ce qu’annonce Jérémy n’est ni plus ni moins que la fin d’un média, tout comme le téléphone a enterré le télégraphe. Je n’ai pas d’information à ce sujet mais il serait intéressant de savoir ce que l’armée utilise pour ses communications internes. Je doute qu’elle utilise encore ces lourds postes blindés à antenne flexible qui font du porteur une cible idéale en terrain hostile dans la mesure où, au minimum, il ralentit la progression du groupe. De toute façon, même en supposant que de tels appareils existent, il est bien évident que le personnel triche en recourant à son téléphone mobile perso.

L’ancien PDG de Radio France semblait avoir compris ce changement de technique et il avait axé son mandat sur l’adaptation de la radio. Sa successeuse, elle, semble n’être préoccupée que de comptabilité. Elle a été nommée pour liquider Radio France, en faire une filiale de la future ORTF qui va voir le jour et qui sera un complément sans image de la télévision ; si elle survit. Elle a commencé par fermer des antennes et supprimer des rédactions et il semble que ce soient des licenciements secs et pas des transferts sur les autres stations. Pendant ce temps, BFM entame des partenariats avec la presse régionale afin de proposer des publicités ciblées car, on ne peut plus cacher que les médias privés sont d’abord des diffuseurs de publicité appuyés par des contenus destinés à attirer le public. Il faut être bien naïf ou bien latin pour croire que les médias sont d’abord des contenus et des programmes qui font appel à la publicité pour les financer. C’est tout le contraire, bien entendu.

À ce stade, un mot sur FIP qui ferme nombre d’antennes et proposera, désormais, une programmation unique. Après tout, c’est bien ce que font des radios commerciales comme NRJ, FUN et tant d’autres avec, dans les meilleurs des cas, un décrochage local avec publicité locale, bien entendu. FIP, à son lancement, avait révolutionné la programmation radio : pas de parole, pas d’annonce des titres diffusés, rien que de la musique et une musique douce propre destinée aux automobilistes. On y ajoutait les bulletins d’information routière (les bouchons) et, de temps en temps, une animatrice prenait la parole pour quelques annonces ou des canulars. À son lancement, FIP avait fait le pari des animatrices dans un métier qui leur était fermé. Kriss en était la vedette incontestée mais ses consœurs, moins connues, étaient aussi méritantes. Les animatrices d’aujourd’hui leur doivent tout. Or, dans la foulée, pour « faire des économies », non seulement FIP est réduite à la portion congrue (on aura beau jeu dans deux ou trois ans d’annoncer que l’audience a baissé et qu’on supprime) mais le PC routier est supprimé aussi. Quand vous êtes coincés à Paris sur l’A 86 ou vers Marseille, sur l’A 51 ou l’A 8, démerdez-vous ! Certes, à l’heure du GPS et des soi-disant « assistants de conduite », la radio est moins utile mais on a vu récemment comment des automobilistes sont tombés à la mer à Marseille en suivant les indications de leur GPS et on sait que les « assistants de conduite » ne servent qu’à signaler les radars. En tout cas, quand il s’agit de licencier du personnel et de fermer des boites, la réactivité à la technologie ne souffre d’aucun retard.

Parlant de vieilles radios, dans les années qui ont suivi Mai 68 et sa charrette de licenciés de la télévision, RTL a embauché nombre de vedettes renvoyées du petit écran et s’est positionné comme une sorte de télévision sans image. Les grandes affiches mettaient en avant les visages des animateurs disparus du petit écran et multipliait les émissions de divertissement en direct et en public. Il a même fallu construire « Le Grand studio » pour offrir un cadre télévisuel. Ces dernières années, on l’impression du mouvement inverse puisque la radio offre, de plus en plus, l’image, souvent parfaitement inutile d’ailleurs mais, à l’époque de l’image, on aime voir qui vous parle et le mystère de la voix radiophonique n’intéresse plus, ne serait-ce qu’à cause du pli imposé par RTL comme on vient de l’évoquer rapidement.

Jérémy m’apprend autre chose sur le comportement du public. En préparant un prochain article sur Inter, je m’étonne de l’indifférence à la publicité de marque qui s’est faite sans protestation alors même que, dans un passé récent, des auditeurs profitaient de leur passage à l’antenne pour dénoncer le trop de publicité quand celle-ci était pourtant limitée en temps et annonceurs. Un duo d’humoristes vantant une mutuelle leur était insupportable quand les notes matraquées du « God save the Queen » pour vanter une marque de voiture reçoit leur agrément. Jérémy m’apporte la solution. Ces auditeurs imperméables à la pub se rabattent sur leurs « playlists » et sur le « podcast » et s’affranchissent ainsi de la pub, puisque Inter ne peut plus se positionner sur le créneau anti-pub.Ça devrait rendre les producteurs d’Inter un peu plus modestes quand ils bombent le torse depuis près d’un an qu’ils sont en tête de l’audience radio. On a du mal aussi à croire que l’audience progresse à l’heure où existe la musique à la demande et tant de sources d’information.

Jérémy fait plus que pointer le déclin évident du média radio et de l’omniprésence de la pub. Il attire notre attention sur l’image que nous renvoient les médias et la réalité qu’on peut observer dans la vie quotidienne. Bien sûr, interrogés, les gens affirment qu’ils sont exaspérés par la pub mais la télévision s’apprête à imposer une 3e coupure dans les films qu’elle diffuse dans l’indifférence générale. De même que tout le monde certifie regarder arte de préférence ou préférer un bon bouquin. Il faut voir les ados dans les rayons des supermarchés quand ils choisissent leurs fournitures pour l’année prochaine. Il plébiscitent les agendas qui portent une marque connue bien en évidence. Tout leur petit matériel est orné d’une pub, idem pour les couvertures des cahiers et des classeurs. Nourris à ce lait, il serait étonnant qu’ils éprouvent un tel rejet de la publicité, une fois dans la vie active. Il y a près de 40 ans, le magazine Télérama avait fait un travail intéressant sur les ados et la pub à la télévision. Il en ressortait qu’ils adoraient la pub en raison du format très court qui propose une histoire complète, sur un rythme rapide et avec souvent une musique facile à mémoriser. De plus, pour les ados, il n’y a(vait) pas de différence entre la pub et les programmes. Pour eux, c’est de la télévision. Je soulignais, il y a quelques années, que les auditeurs ne font pas non plus de différence entre l’animateur et le journaliste qui présente une émission ni même entre eux qui sont salariés de la station et les chroniqueurs qui sont des pièces rapportées, payées au cachet.

On peut quand même penser qu’il y a un ras-le-bol de la pub mais il ne s’exprime pas franchement.

Certes, on ne peut pas généraliser à partir de sa propre expérience. On ne peut pas non plus tirer une conclusion de ce qu’on observe sur les réseaux sociaux dans la mesure où nos suiveurs ont à peu près tous la même optique. Quand même, l’écart est de plus en plus criant et l’on a vraiment l’impression qu’on ne vit pas sur la même planète.