Entendu ce matin à la radio, un responsable syndicale propose :

« Il faudrait que les manifs soient plus festives pour attirer plus de monde »

 

Eh bien, je suis pas d’accord !

 

Une manif, c’est pas une fête. Ça doit impressionner.

Aujourd’hui, comment est perçue une manif ?

 

- C’est des gens qui vont pas bosser

- qui ont l’air de s’amuser puisqu’il y a de la musique, des drapeaux, des costumes

- qui emmerdent tout le monde.

 

On va pas attirer les indécis en leur disant : venez à la manif, on va faire la teuf.

 

Je développe et je traduis.

C’est des gens qui vont pas bosser : donc, ils peuvent se permettre de paumer une journée de salaire ; eh ben moi, j’peux pas. Je vais pas défiler avec des gens qui braillent alors qu’ils ont plus de pognon que moi.

En plus, ils amènent une sono sur un gros 4x4 (au fait ça coûte cher ça aussi), y a une ambiance de discothèque, y en a qui sautillent, y en a qui chantent : ils ont l’air de bien s’amuser pendant qu’ils bloquent la circulation, que je peux pas aller chercher ma fille à l’école, que je peux pas aller faire les courses, pour une fois que j’ai une demi journée de libre..

Ils ont le droit de pas être content (mais c’est pas les plus malheureux) mais en attendant, ils emmerdent tout le monde. Je vais pas en plus lire leurs tracts !

 

Les manifs sont présentées par les médias et par la droite comme des chahuts qu’on tolère parce qu’on est en démocratie (et que c’est moindre mal), mais c’est un peu comme un monôme. C’est une sorte de carnaval qui n’a pas plus de conséquence et heureusement pour nous.

Ceux à qui sont adressées les manifestations devraient, au contraire, voir des gens déterminés, pas forcément très nombreux mais suffisamment pour convaincre les indécis. J’ai écrit ce que je pensais des gilets-jaunes, notamment au début. N’empêche, ils ont obtenu en cassant les boutiques de gens qui n’y étaient pour rien, du matériel urbain, plus que tous les défilés syndicaux de ces dernières années ; même si l’on peut penser que tout sera repris petit à petit.

 

Et puis, franchement, quand on veut s’amuser, il y a de meilleures occasions que d’aller battre le pavé en plein hiver. Les manifs ne sont pas des loisirs.

manif retraites

 

https://www.alterinfo.net/notes/Greves-et-manifestations-a-Paris-et-dans-toute-la-France-a-l-appel-de-plusieurs-syndicats-IMAGES_b31786673.html

 

Une anecdote en passant (puisque l’essentiel a été dit). Je connais un groupe de personnes qu’on retrouve sur de nombreuses manifestations des alentours ; notamment celles qui touchent à l’écologie car on ne les voit pas beaucoup dans celles pour les retraites par exemple. Ce sont des gens à la retraite. Ils ont en général pu partir très tôt. Ils sont rangés et bien rangés mais gardent une nostalgie de leur jeunesse gauchiste. Eux, pour le coup, vont aux manifs pour passer le temps, s’amuser, retrouver leur copains. Ils y vont en (vieux) couples. Ils ont souvent des paquets de tracts, qu’ils distribuent en marge, pour des causes très différentes de celle qui est au cœur de la manifestation à laquelle ils participent. Ainsi, ils retrouvent d’autres gens qu’ils connaissent et ça s’embrasse et c’est bien sympa tout ça. Dès qu’ils ont vent d’une mobilisation locale contre un projet (contournement routier, décharge, éoliennes, extension de l’aérodrome etc.) qui va affecter l’environnement, ils attendent les échos de la première réunion. S’il y avait du monde, ils s’accrochent au train et, dès la deuxième réunion ou manifestation deviennent les coorganisateurs. Leurs noms figurent en haut des tracts. J’ai envie de dire que, à partir de ce moment-là, la cause est pliée, le mouvement part en quenouille et, dans le meilleur des cas, une autre association doit se constituer pour reprendre le flambeau et négocier pied à pied avec le préfet, avec les porteur du projet néfaste et avec la presse locale.

Eux, de toute façon, ne craignent rien. Ils ont assuré leurs arrières et tant mieux pour eux, souvent en travaillant dans la fonction publique tout en déblatérant sur l’État, devant leurs amis ou en réunions. Quelle que soit l’évolution de la politique, ils ne sont jamais impactés. Ils peuvent bien passer quelques heures de temps en temps à manifester tant que c’est pas trop loin de chez eux. Pensez, l’impact sur l’environnement d’un déplacement de 30 km au chef-lieu du département ! On est écologiste ou on l’est pas. Il est bien évident qu’avec des zozos de ce genre, les manifs sont festives et pas bien dangereuses pour le pouvoir. En fait, ils choisissent leurs manifs comme d’autres choisissent leurs lieux de vacances.