Nos rues sont désormais placées sous la vigilance des uniformes. On les parcourt en saluant de loin, de la main, les gens qu'on a l'habitude de croiser, avec qui ordinairement on échange des banalités. Plus de terrasses de bars, plus de piliers grillant leur clope à l'entrée des PMU. Dans la poche, l'indispensable "ausweis" peut être réclamée par de ces individus dont presque deux années de guérilla urbaine, et d'exactions restées impunies, nous ont appris à nous méfier, nous qui cinq ans plus tôt défilions à leur gloire, nous réclamant d'un journal dont les rédacteurs venaient d'être assassinés par des fanatiques.

Il faut être rompu aux scénarios de films-catastrophes pour garder la tête froide au regard de la succession de désastres qui sont devenus notre ordinaire depuis la fameuse tempête de 99, qui a ouvert le bal. Avant ça, perdurait un mode de vie hérité des années 70 dont n'ont pas idée ceux qui sont nés depuis. Les oppressions politiques s'effondraient les unes après les autres, le Mur de la honte était démantelé, ceux qui nous dirigeaient étaient pour la plupart des produits de ce que nous, qui étions jeunes à l'époque, appelions "l'autre guerre". On lisait son journal à la terrasse des cafés, on grillait sa clope au comptoir au son d'une radio dont on n'entendait plus les pubes. Les magouilles politiques composaient un feuilleton presque cocasse dont nous avions pris l'habitude, tandis que les frasques du duo Reagan-Thatcher annonçaient ce qui allait suivre. Mais ça, ce n'est qu'après coup qu'on en prendrait conscience. Au tournant de ce qu'on appelait le Millénium.

Voilà que nous évoluons à présent dans un schéma fascisant dont l'alibi est une pandémie. Ce coronavirus-là, dont on nous rebat les oreilles depuis décembre dernier, on nous dit qu'il tue moins que la grippe, les maladies cardio-vasculaires, le cancer, et la route. Il a à ce jour frappé moins de deux cent mille personnes, soit la population d'une ville moyenne, sur les quelque sept milliards sept cents millions de terriens que nous sommes. A cette date, il aurait tué quelque sept mille deux cents individus. En 2018, plus de vint cinq mille individus sont morts sur les routes européennes (https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/MEMO_19_1990) ; en 2019, on a compté un million et demi de morts du cancer en Europe (https://sante.lefigaro.fr/article/cancer-un-million-et-demi-de-morts-en-2019-en-europe/).
J'arrête là cette recension macabre.

La psychose créée et entretenue autour du coronavirus, et le schéma fascisant évoqué plus haut, destiné à contrer l'expansion de la pandémie, sont donc sans rapport avec le danger objectif du Covid-19.

Ce danger, le professeur Raoult, de Marseille, s'emploie à le relativiser dans ses multiples interventions (https://www.marianne.net/societe/didier-raoult-sur-le-coronavirus-il-ne-faut-pas-jouer-avec-la-peur), il sait qu'il passe pour un farfelu même s'il obtient des résultats probants dans le traitement du Covid-19. On ne l'écoute pas, parce qu'il prône le dépistage, qui coûte cher, et qu'il s'est élevé par le passé contre l'obsession gouvernementale des vaccins, liée aux collusions que l'on imagine avec les multinationales du médoc.

En fait, si on nous somme de rester chez nous jusqu'à ce que le danger soit écarté (on ne sait trop quand ni comment), et de ne sortir que pourvus d'un bout de papier justifiant nos déplacements, que nous devrons produire sur la demande d'une patrouille sous peine d'une forte amende, n'est-ce pas, d'abord, surtout et comme d'habitude, une question d'argent ? Coût du dépistage, coût de soins dispensés dans des hôpitaux se raréfiant dès qu'on est loin d'une grande ville, hôpitaux aux personnels restreints par les mesures d'austérité imposées par l'UE dans l'objectif d'une privatisation et d'une liquidation pure et simple de la Sécu au bénéfice des systèmes d'assurances privées ?

On pourrait penser aussi que le pouvoir ne veut que notre bien. Après tout, si le tabac augmente c'est qu'il provoque cancers et maladies cardio-vasculaires. La fermeture des bistrots va sevrer pour quelque temps la population la plus consommatrice d'alcool de l'OCDE. Et les populations voisines, qui ne sont pas en reste. Si on reste sagement chez soi, on ne va pas attraper le vilain coronavirus. On va rester en bonne santé. Quoique relative, car voir défiler des horreurs et des experts de l'horreur sur les chaînes d'infox, les réseaux asociaux, les vidéos de youtubeurs complotistes et "faux-sachants", flinguer des cohortes d'aliens sur des jeux en ligne pendant des heures, à la longue ça risque d'atteindre la santé mentale (mais on peut penser que chez beaucoup de nos congénères, le mal est fait depuis longtemps).

On peut voir ça comme ça. On veut nous préserver et "en même temps" nous éviter de coûter cher à la collectivité sans que ça rapporte aux actionnaires - excepté des mafias du médoc.

Sauf qu'il y a un autre aspect, qui est l'effondrement boursier. La menace de récession. Le spectre du krach. Stopper l'activité, fermer les frontières, c'est bloquer la machine infernale de l'ultra-libéralisme mondialisé. Si la pandémie devait s'étendre et perdurer, ce serait la faillite du système, et la nôtre. La pandémie montre les limites du système. C'est ce que décrit très bien Frédéric Lordon dans cet article du Monde Diplo que je confie, Diogène, à ta lecture, et à celle de tes habitués. Qui nous dit que comparé à ce qui nous attend en cas de "coronakrach", les affres pandémiques sont un joyeux divertissement : https://blog.mondediplo.net/coronakrach.