C’est vrai que ça paraît assez léger de s’intéresser à la mort de trois personnalités quand, chaque semaine, des centaines de personnes meurent des suites de l’épidémie de covid 19.

C’est vrai aussi que Manu Dibango, Al Uderzo et Michel Hidalgo ont apporté du plaisir et de la joie à des millions de personnes en France et chacun d’entre nous en a besoin, surtout ceux qui ont le moins d’occasions d’accéder au superflu, à la légèreté sans lesquels la vie n’est qu’une vallée de larmes.

Michel Hidalgo stefan kovacs

Michel Hidalgo a d’abord été l’adjoint d’un homme que tout le monde a oublié. On a cité Fernand Sastre et même Georges Boulogne dont le bilan a été assez pitoyable, mais pouvait-il vraiment faire mieux à l’époque ? Toujours est-il que l’arrivée de Stefan Kovacs, venu du prestigieux Ajax d’Amstedam a vraiment marqué l’histoire du football français. Il est intéressant d’observer que lorsque quelqu’un arrive avec une telle réputation, il se produit un choc psychologique qui fait que tout le monde se convainc que, maintenant, tout va aller bien. Stefan Kovacs arrive donc après l’élimination de la Coupe du Monde de 1974. Il a, bien sûr, sélectionné la plupart de ceux qui étaient déjà internationaux mais en donnant la priorité aux plus jeunes. Avec les premiers bons résultats, il y a eu une véritable émulation qui a promu l’équipe de France olympique de 1976, emmenée par un certain Michel Platini

 

De sorte que, lorsque Michel Hidalgo est arrivé aux commandes, il a trouvé un groupe de jeunes talentueux et, surtout, très motivés. L’influence de Michel Hidalgo a profondément marqué le football français qui n’était plus l’équipe d’un grand pays qui perd mais une grande équipe européenne. La Coupe d’Europe de 1984 a été une consolation eu égard à l’élimination scandaleuse des Bleus lors du Mondial de 1982, dans les conditions que l’on sait. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde pour considérer que l’équipe de 1982 était la plus forte de l’après-guerre. C’est pourtant celle de 1998 qui a ramené la Coupe du Monde en France et celle, vingt ans plus tard, emmenée par un digne successeur de Michel Hidalgo.

 

Avec lui, M. Michel Platini peut dire qu’il « a donné ses lettres de noblesse au football ». En fait, il a sorti ce sport spectacle du cadre populaire des banlieues des villes pour intéresser une large frange de la population. Avec les succès des Bleus (et des Verts aussi), il devenait bien vu d’avouer qu’on aimait le foot, surtout quand on est un intellectuel. Ça fait bien. Sans ces succès, il n’y aurait donc pas eu la victoire de 1998 avec cette formule aussi stupide que malheureuse mais qui avait le mérite d’exposer à la face du monde entier que la France est diverse, comme la plupart des pays du monde mais, à la différence de la plupart (à commencer par nos proches voisins), n’hésite pas à sélectionner les meilleurs quelle que soit leur origine. On aime rappeler les propos d’Albert Camus sur le sport qu’il pratiquait mais il convient surtout de rappeler que, s’il n’y avait pas cet esprit d’équipe qui se communique au public, il ne serait pas le plus populaire du monde et ne réunirait pas, les enfants des rues d’Amérique latine, qui commencent pieds nus en tapant dans des boites en fer, les jeunes d’Afrique qui jouent, pieds nus aussi, sur des terrains parfois plantés d’arbres et nos ados gâtés qui rechignent à jouer sur un terrain où le gazon a été arraché par leurs crampons. Les stades rassemblent les fanatiques haineux, qui insultent l’adversaire mais aussi ceux qui aiment retrouver leurs amis et applaudir ensemble des jeunes qu’ils ont parfois vu grandir dans leur club préféré. Aujourd’hui, l’esprit sportif se trouve plutôt dans les bars et les restaurants avec écran géant mais aussi des les foyers, autour de pizzas livrées. Les temps changent.

 

Michel Hidalgo était quelque peu oublié mais il en est ainsi de tous ceux qui ont apporté quelque chose qui manquait et qui est tellement indispensable qu’on n’imagine même pas qu’il ait pu en être autrement. Si Stefan Kovacs a labouré et semé, Michel Hidalgo a amandé, fertilisé et récolté. Aujourd’hui, ça paraît normal que la France arbore deux étoiles et joue les premiers rôles.

 

france 1982

 

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