la lanterne de diogène

Il suffit d'AIMER (sœur Emmanuelle)

08 novembre 2009

Anne Consigny émerge des herbes folles

Les herbes folles, le dernier film d’Alain Resnais nous permet de revoir une actrice rare, trop rare, Anne Consigny. Cantonnée dans un second rôle, elle rayonne et occupe tout l’écran de sa fraicheur tandis que les deux protagonistes évoluent avec talent dans un registre qu’on leur connaît déjà. Celle en qui l’on voyait la nouvelle Isabelle Adjani a connu une carrière démarrée sur les chapeaux de roues avant de retomber dans un oubli relatif car l’époque n’était plus aux Isabelle Adjani mais à des beautés moins discrètes et moins cultivées.

 

 

 

anne_consigny_35Pour moi, Anne Consigny, c’est l’inoubliable Ania de

la Cerisaie

de Tchékhov mise en scène par Peter Brooke en son mythique théâtre des Bouffes du Nord à Paris. Elle avait dix-sept ans et malgré les Piccoli, les Arestrup, les Bénichou, elle resplendissait dans cet univers en délabrement souligné par les murs calcinés du petit théâtre. Ce n’était pas la moindre de ces performances, parfaitement dirigée par son prestigieux metteur en scène. Je crois qu’on appelle ça le talent. Talent reconnu mais anachronique. Des articles sont écrits sur elle dans la presse spécialisée, dans les quotidiens et même la presse destinée aux adolescentes. Il faut croire que jouer sur une scène réputée sous les ordres d’un des plus grands metteurs en scène du monde ne faisait pas rêver les jeunes filles. Il lui a fallu attendre 2006 pour qu’elle obtienne un césar pour son rôle dans Je ne suis pas là pour être aimé.

 

 

 

Anne Consigny, telle que je l’ai rencontrée en 2001 était une comédienne d’une grande gentillesse doublée de simplicité. Elle était toute surprise que je veuille l’interroger elle, et non pas le premier rôle (Rufus) de la pièce dans laquelle elle jouait. Elle m’a surtout parlé de son personnage, incapable de se mettre en avant. Même l’habilleuse semblait passer avant elle dans son esprit. Une fois dit l’essentiel de la pièce de Schmitt, nous avons évoqué

la Cerisaie

, Peter Brooke pour qui elle voue une admiration sans borne. Je lui ai avoué que je passais souvent place du Tertre, à Montmartre, dans l’espoir de la voir sortir de chez elle, jusqu’à ce que son nom disparaisse de l’interphone sur lequel je n’ai jamais osé appuyer.

 

 

 

Ces dernières années, Anne Consigny enchaîne les rôles au cinéma et ce n’est que justice. Mieux vaut tard que jamais. Alors, dans Les herbes sauvages, on retiendra Suzanne, seul personnage équilibré qui tempère les excès de Georges (André Dussolier), son mari, et accueille sa passion pour une aviatrice inconnue (Sabine Azéma). On attend maintenant un grand premier rôle. J’aimerais que ce soit au théâtre.

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28 juin 2009

Jackson Fawcett

SFIl n’y a rien de pire pour un mort que de mourir le même jour qu’un autre plus célèbre. C’est ce qui est arrivé à la belle Farah Fawcett emportée peu avant Michael Jackson. C’était déjà arrivé à Yul Brynner, le jour de la disparition d’Orson Welles. Plus loin mais différemment, Jean Cocteau n’avait pas survécu en apprenant le décès d’Edith Piaf.

 

Farah Fawcett incarnait la beauté pour tous les adolescents qui l’ont découverte dans les Drôles de dames. Les garçons voyaient ce que pouvait être la beauté féminine et les filles rêvaient de lui ressembler à une époque où l’on en recyclait pas encore les blagues les plus éculées en histoires de blondes.

 

Michael Jackson laisse un grand vide. On l’a détesté ces dernières années. Ses frasques –réelles ou supposées –avaient fini par nous dégoûter. C’était lui qui était fini. Et puis, patatras, voilà qu’il meurt à cinquante ans, lui, l’éternel adolescent. On découvre que, en fait, on n’a jamais cessé de l’aimer, un peu comme Elvis pour une génération précédente. Il suffit de réécouter la première version de la chanson de Diane Dufresne : « Tu vieillis mal, Elvis. T’aurait p’t être dû mourir. ». Après sa mort, la chanteuse fan a changé cette ligne : « T’as vieilli mal Elvis mais t’avais pas le droit de mourir ».

http://www.youtube.com/watch?v=E_FzgtLVzbI&feature=featured

 

Il en est ainsi pour tous ceux qu’on aime. On croit oublier, on croit que le ressentiment est le plus fort mais face à la réalité, c’est l’amour qui se révèle.

 

Après la tristesse, on doit supporter le voyeurisme médico-légal. Heureusement, les fans du monde entier savent le faire revivre avec leurs touchantes tentatives de lui ressembler et d’imiter son pas de danse.

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26 mai 2009

YACHVILI family

 La première fois que j’ai vu Dimitri Yachvili, c’était lors de la rencontre pour la troisième place de

la Coupe

du Monde de rugby en 2003. J’ai tout de suite été impressionné par sa silhouette et sa présence sur le terrain. Ce garçon qui joue demi de mêlée (numéro 9) au Biarritz Olympique n’a, depuis, cessé de me fasciner. L’ancien chroniqueur de rugby pour L’Equipe, Denis Lalanne, a signé un très beau livre dont le titre, « Le rugby est ma patrie », résume bien son propos : rugby et amour de la patrie caractérisent les Yachvili.

 

Yachvili, c’est un nom qui fait –comment dire ? –pas français. En effet, ça vient de Géorgie, une de ces nombreuses républiques caucasiennes que l’histoire (Atatruk et Staline notamment) a découpées pour diviser encore plus la mosaïque de peuples vivant dans ces montagnes austères.

 

Yachvili, c’est le nom d’un bonhomme qui s’est retrouvé en France pendant l’occupation et qui s’est intégré, tout de suite dans un réseau de Résistance, alors qu’il ne parlait même pas français. Surnommé « Chaliko », il s’est fait remarquer par sa taille impressionnante, son drôle d’accent. A

la Libération

, contrairement à ce qui aurait été de bon ton de faire, à l’époque, il n’a pas rejoint son URRS d’origine car, entre temps, il avait connu une petite nana, Résistante comme lui. Comme ils étaient dans le Limousin, il a, finalement, été initié au rugby à trente ans passés. C’est ainsi que le virus du rugby a été inoculé à toute la famille et pour longtemps.

 

Le fils, Michel, fait du rugby depuis tout petit. Avec les valeurs inculquées par ces parents hors du commun, il a tôt fait de se faire remarquer au C.A. Brive puis en équipe de France. Il fait partie de la sélection qui, en 1968, remporte le premier grand Chelem pour le pays. Dans le même temps, avec son épouse d’origine arménienne, ils auront trois garçons qui, en guise de nounours serreront dans leurs petits bras ce curieux ballon ovale que les professeurs de l’Education nationale nomment : « paramètre rebondissant à trajectoire aléatoire »sic.

yach_1

Au hasard de l’évocation du talonneur Michel Yachvili, l’auteur révèle quelques décisions contestables de l’ancien président de

la Fédération

, jamais cité par son nom mais dont l’ombre plane sur la période qui entoure le fameux Grand Chelem de

1968. A

ce président, il reconnaît cependant le mérite d’avoir imposé Bourgarel, joueur noir, dans la sélection en tournée dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. Chapeau au passage !

 

En 2006, on pensait avoir trouvé mieux qu’un remplaçant à Fabien Galthié en fin de carrière comme demi de mêlée. La technique, la conscience professionnelle (eh oui, entre temps le rugby est devenu professionnel) et surtout le jeu de pied de Dimitri, fils de Michel, le désignaient et pour longtemps à ce poste stratégique s’il en est. Son arrivée en « petite finale » de la coupe du monde de 2007 contre les terribles All Black a, tout de suite, impressionné les amateurs. De toute évidence, il y avait une présence sur le terrain que personne ne pouvait ignorer parmi les quinze bleus ainsi qu’une voix grave propre à mener le pack. Grand seigneur, le demi d’ouverture et butteur de la sélection, Gérald Merceron, lui a tout de suite apporté le ballon pour que tous, y compris l’intéressé lui même, comprennent que, désormais, le butteur de l’équipe de France sera le jeune Dimitri Yachvili. Le rugby, ce sont aussi de grands gestes, dignes des chevaliers.

 

dimitri_yachviliLes derniers mois vécus par Dimitri Yachvili sont également exemplaires d’un autre point de vue. Après ce que l’auteur n’hésite pas à qualifier de piège, le demi de mêlée biarrot a vu toute son expérience, son travail déconsidérés suite à un match contre l’Angleterre que notre numéro 9 craignait de jouer en raison d’une longue absence sur les terrains. Le Quinze de la rose, lui, était galvanisé et voulait sa revanche. Le sélectionneur a fait payer au seul Yach la responsabilité de la défaite. Or, si la concurrence avec Jean-Ba Elissalde est saine et motivante, l’incompréhension du sélectionneur demeure profondément blessante.

Dès lors, tout s’enchaîne. Incapable de marquer des buts, critiqué par

la DTN

, victime de rumeurs que sa beauté physique a suscitées, le jeune Dimitri rate tout. Dernier coup en date, l’entraîneur du club qui déclare : « il a les pieds carrés ». Une chance dans le malheur, le club étant au plus bas dans le championnat, on décide de changer d’entraîneur. Le nouveau va trouver Yachvili et lui apporte son soutien. Il n’en fallait pas plus. La botte de Dimitri place de nouveau les ballons entre les perches et son jeu sur le terrain galvanise l’équipe qui remonte au point de pouvoir jouer la coupe d’Europe l’an prochain. Combien sommes-nous à avoir connu l’adversité puis, après un simple geste de compréhension recouvré tout notre potentiel ? ainsi va la vie. Rien que pour ça, ça vaut la peine de parler des Yachvili.

 

Il était arrivé la même chose en 2000 à Titou Lamaison qui a vu son travail lors de la demi-finale historique contre les All Blacks méprisé. Eloigné de la sélection, il n’a plus jamais retrouvé son niveau et a sombré en deuxième division. Ce ne sont pas là les valeurs du rugby, même professionnel. On ne juge pas un joueur sur un match.

 

A ce stade, il convient de revenir sur le passage de M. Bernard Laporte comme sélectionneur. En 1999, il trouve un Quinze de France au sommet après avoir battu les terribles All Blacks –avec une différence de points jamais atteinte –et titulaire du titre honorifique de vice champion du monde. On aurait pu penser que les joueurs qui avaient fait leurs preuves à l’occasion de cette compétition difficile seraient reconduits sous réserve de quelques ajustements. Nenni, la première tâche du nouveau sélectionneur a consisté à renvoyer celui qui marquait les buts, Titou Lamaison, celui qui marquait les essais, Philippe Bernat-Salle, et le capitaine, Raphaël Ibanez. Rappelons qu’à ce jour Lamaison détient toujours –et sans doute pour longtemps –le record de points marqués sous le maillot bleu avec

380 pts

sans compter les transformations et en 37 sélections seulement. Quatre ans après,

la France

finissait péniblement à la quatrième place. A l’époque, Laporte avait déclaré que l’important serait de réussir

la Coupe

du Monde en France quatre ans plus tard. On sait ce qu’il en est advenu…

 

Disons tout de suite que la grande réussite de Laporte aura été de discipliner ces Français, volontiers tricheurs et offrant des buts de pénalités à leurs adversaires. Ce n’était pas une mince affaire. Pour le reste, comme sélectionneur, c’est une catastrophe dont on mettra longtemps à se remettre. Un exemple ? Une quarantaine de charnières en huit ans. Un autre ? le rappel de Delaigue, en fin de carrière, comme demi d’ouverture alors qu’il n’était même plus titulaire dans son club et qu’il n’était pas non plus un élément exceptionnel. Cette parenthèse Delaigue reste incompréhensible quand on pense que le jeune Michalak, révélé au cours du Mondial 2003 et encensé par la presse internationale avait besoin de s’aguerrir au plus haut niveau. Il part alors jouer dans l’hémisphère sud –chose rare pour un Français – mais sa carrière ne s’en remettra pas. Après avoir brisé celle de Lamaison, reconnu aujourd’hui comme l’artisan de la qualification pour la finale de 1999, Bernard Laporte semble s’être fait une spécialité de lutter contre les individualités qui font le renom des meilleurs équipes et qui leur assurent la victoire et le respect. De toute évidence, Michalak ne connaitra pas la gloire de ses homologues britanniques Wilkinson, Patterson ou O’Gara. Laporte a encore cru bon de rappeler pour un match amical Thomas Castagnaide (pour qui je n’ai pas une grande admiration). Il est resté sur le banc de touche, concentré et crevant d’envie de jouer. Pourquoi ne pas le faire rentrer alors que c’était là sa dernière sélection ? Pourquoi priver un grand joueur du plaisir de jouer une dernière fois avec le maillot bleu ? Encore des interrogations. Quant à la dernière Coupe du Monde à domicile, tout ou presque a été dit. Il suffit juste de rappeler que c’était l’objectif principal du sélectionneur dès sa nomination (alors qu’il a pris une équipe en finale de

la Coupe

) et qu’il a expérimenté de nouvelles combinaisons en plein tournoi au point que la qualification pour le deuxième tour n’était même plus acquise.

 

La qualité principale du livre de Denis Lalanne, c’est qu’il a su dépasser l’anecdote pour évoquer brièvement trois générations de Français issus de l’immigration.

La loi du genre ‘livre sportif’ consiste à encenser une personnalité en vue sur le moment, de louer les parents et la famille et de livrer nombre de petites histoires. Ici, l’ancien rédacteur de L’Equipe est parti d’une page douloureuse de l’Histoire contemporaine à travers Chalva, le Résistant. Il montre comment un terroir façonne les hommes à son image, enrichis de leurs origines et de ce qu’il y a de meilleur dans l’environnement. Dans le cas présent, c’est le rugby qui a joué ce rôle.

 

Lalanne établit un parallèle entre les valeurs de

la Résistance

et celles de ce sport britannique. On part du maquis du Limousin pour retrouver, la paix revenue, le rugby de Tulle et de Brive. A travers la carrière de Michel, il raconte, à fleuret moucheté, ce qu’a été le rugby des années 1960 et 1970. Comment les dirigeants ne juraient que par l’amateurisme au point que les déplacements des internationaux s’effectuaient en seconde classe tandis qu’eux descendaient dans les meilleurs hôtels. La prise en mains par Jacques Fourroux, prédécesseur de Dimitri au poste de numéro

9, a

visiblement impressionné le chroniqueur qu’il était. En un an, le Quinze tricolore s’est imposé sur tous les terrains et a remporté son deuxième Grand Chelem.

 

La seconde moitié du livre est consacrée à Dimitri Yachvili, beau gosse et figure imposante du rugby des années 2000. Les déboires avec Bernard Laporte semblent faits pour rappeler que c’est dans l’adversité qu’un homme se révèle. La carrière de Dimitri est avant tout une vie d’homme servie par une force de caractère exceptionnelle. C’est en cela que réside l’intérêt de ce livre. On notera un style correct illustré de belles expressions imagées qui en font un régal pour le lecteur. C’est un livre à recommander pour tous ceux qui voudraient connaître l’univers si particulier du rugby. De toute évidence, quand le nom de Laporte restera associé à deux Coupe du Monde calamiteuses (pour rester dans le sport), on retiendra longtemps celui des Yachvili. Juste retour des choses.

yach_joie

 

En attendant, Dimitri Yachvili n’a toujours pas été retenu dans la sélection qui part en Océanie. Dur de constater que le talent et le travail ne sont pas reconnus par un ancien co-équipier.

 

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03 mai 2009

Lavilliers Ferré

Bernard_LavilliersUne cinquantaine de minutes avec Lavilliers, c’est toujours ça de pris.

C’était sur France-Inter, dans Eclectik tantôt. Laurence Garcia fait partie de ces journalistes qui laissent parler leurs invités, qui ne se mettent pas en avant et qui n’essaient pas de ne leur faire dire que des anecdotes. Avec Laurence Garcia, Lavilliers est parti d’anecdotes, de souvenirs pour évoquer quelque chose, pour transmettre une information, pour donner à réfléchir. Ça change beaucoup de l’animatrice habituelle toute entière à se trouver originale et à guetter le moment où l’un des invités va renverser son gobelet de thé sur le plateau pour interrompre un propos qui commençait à être intéressant.

 

Et puis, Lavilliers ne s’est pas mis en avant. Ça aussi, c’est devenu rare. Il a plutôt parlé de Léo Ferré et de la condition des ouvriers d’il y a une quarantaine d’années. Dans une ville, dans une région, on savait où l’on allait travailler, où l’on allait passer sa vie parce que les parents en étaient passé par là et qu’on le souhaitait aux enfants à venir. D’un côté, c’était une fatalité insupportable, d’un autre une sécurité rassurante. C’était pas folichon, on gagnait pas bien sa vie, on vivait pas longtemps mais on vivait dignement et l’on faisait des rêves.

 

Laurence Garcia avait déjà fait fort en interrogeant des témoins de Mai 68, l’été dernier. 9782742775224Ce n’était pas nouveau en soi. Raison de plus pour souligner la performance sur un sujet archi rebattu. C’était loin d’être ennuyeux, surtout le jour où Cavanna était l’invité.

 

En attendant, j’imagine qu’on peut écouter l’entretien avec Bernard Lavilliers

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/eclectik_dim/

 

l_garcia

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27 avril 2009

MAcHA

allo_machaJe n’ai pas beaucoup écouté Masha Béranger. Je sais qu’elle donnait la parole à ceux qui avaient besoin de parler la nuit. Sans doute auraient-ils eu, aussi, besoin de parler le jour mais la nuit semble plus propice. Il fallait l’incroyable fatuité d’un Guy Carlier pour s’en moquer régulièrement en affirmant qu’elle n’en avait rien à foutre des dépressions des auditeurs et qu’elle se faisait les ongles pendant les appels. Ça ne rapportait rien ni à Macha, ni à France-Inter. Son émission était emblématique de ce que doit être une radio publique, distrayante et conviviale. C’est sans doute pour ça qu’en plein sarkozisme, on a supprimé son heure d’écoute.

 

Macha a débuté sur les ondes un peu après les autres et surtout Gonzague Saint-Bris qui œuvrait sur Europe 1 à la fin des années 1970. Pour nous, adolescents, c’était un peu la découverte de la vie, de la vie qu’on n’apprend pas au lycée. Macha a tenu plus longtemps, preuve qu’elle répondait à des besoins. En même temps, c’est un peu le signe de l’anonymat de nos sociétés. Il faut des écoutes téléphoniques comme SOS Amitié ou

La Porte

ouverte et une émission de radio pour répondre à la solitude. Aujourd’hui, des forums prennent le relais mais c’est quand même mieux quand on entend une voix. Macha avait la voix cassée par les cigarettes ; probablement la cause de sa mort, à moins que ce ne soit la solitude et le vide après avoir été un lien avec les solitaires.

 

Macha était un personnage, une personnalité, surtout. C’était une dame de la nuit, une sœur de la nuit. Elle vient de rejoindre la nuit définitive.

 

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20 avril 2009

René Monory

René Monory mérite qu’on s’arrête un peu sur lui. Titulaire du Brevet élémentaire (comme ma grand-mère), son premier engagement a été de refuser le STO. Comme beaucoup d’entrepreneurs qui ont réussi, on souhaite le voir à la mairie de Loudun. La suite, on la connaît, c’est une carrière politique au plus haut niveau qui commence et à laquelle rien ne le prédestinait.

 

Il incarne le rêve républicain, l’idéal démocratique qui permet à un modeste apprenti dans le garage de son père de devenir ministre des Finances et, finalement, d’être soumis à l’impôt de solidarité sur la fortune. Il est aussi l’initiateur du Futuroscope, premier parc d’attraction à vocation scientifique fréquenté par les Français*. C’est drôle de voir comme les autodidactes gardent le souci de populariser les connaissances.

 

En effectuant une recherche sur l’Internet, j’ai découvert que sa ville de Loudun est jumelée avec Ougadougou, la capitale du Burkina Faso, pays qui m’est cher. Le site de la mairie http://www.mairie-ouaga.bf/

 

lui rend un hommage chaleureux. Pour moi, cela signifie surtout que René Monory était un homme de cœur, chose rare en politique. René Monory faisait partie des meilleurs hommes politiques et serviteurs de l’Etat. Est-ce pour cela que l’hommage national a été plus discret que le controversé Druon ?

 

*Disneyland Paris est le premier en terme de fréquentation mais attire des visiteurs de toute l’Europe tandis que, le Futuroscope, plus ancien, détenait la palme au niveau national et continue d’attirer les Français.

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01 avril 2009

Christian Magdelaine à Rosny-sous-Bois

Christian Magdelaine

 

J’avais envie d’écrire quelque chose sur une voix que j’entends depuis une quarantaine d’années et un nom facile à mémoriser. Christian Magdeleine, c’est la voix de Rosny-sous-Bois où se trouve le centre d’information sur la circulation routière.

 

Au début, ses interventions s’effectuaient dans le cadre d’Inter-Service route. C’était l’époque des Inter-Services. Il y avait aussi Inter jeunes. Le numéro de téléphone était Bagatelle 33 33.

Le speaker en place disait : Inter-Services route, nous rejoignons maintenant Christian Magdelaine en direct de Rosny-sous-Bois.

 

La mise en place de ce service a été une innovation importante qui accompagnait la croissance des « trente glorieuses » et le tout automobile. Il y avait des embouteillages de partout car le réseau autoroutier était très insuffisant pour faire face à l’opulence nouvelle qui s’exprimait en prenant la voiture le dimanche pour aller respirer l’air pur avant de faire du sur-place en regagnant Paris le soir. La voix chaude de Christian Magdelaine rassurait quelque peu. Toujours est-il que le principe a été repris par toutes les autres radios et que Pierre Perret l’a évoqué dans une chanson.

 

Ce qui me surprenait le plus, ces dernières années, c’était d’entendre encore et toujours Christian Magdelaine, en direct de Rosny-sous-Bois, avec la même voix. Je me demandais quel âge il pouvait avoir. La réponse m’a été donnée ce dernier jour de mars 2009, son dernier jour de travail. On attendait un peu que France-Inter salue un de ses plus vieux collaborateurs. Comme d’habitude, cela a été rapide. A peine deux minutes pour dire que Christian Magdelaine intervenait après les flashes horaires et qu’il gardait de mauvais souvenirs comme les grands accidents qu’il a été obligé de commenter à l’antenne. On s’en doutait. Comme d’habitude, on ne saura rien des dessous, de la cuisine interne. J’aurais aimé savoir comment il a été recruté et par qui, quel a été son parcours, ce qu’il faisait toute la journée, comment il préparait ses courtes interventions.

 

Décidément, France-Inter n’est pas une famille ni une bande. C’est une sorte de grosse maison avec des guichets bien délimités et des gens qui travaillent mais ne se connaissent pas et tolèrent à peine leurs auditeurs*. Aucune complicité n’est établie avec l’auditeur puisqu’aucune complicité n’existe entre les animateurs. A l’occasion de sa dernière émission, avant de prendre ses fonctions de directeur, Jean-Luc Hees avait simplement évoqué son départ pendant l’indicatif de fin en se justifiant : « on aurait pu faire un feu de bois mais ce n’est pas le genre de la maison ». Justement, on aurait aimé entendre les meilleurs moments de l’émission, les moments forts. Pour les 50 ans du « Masque et

la Plume

», on s’est fendu d’un livre souvenir. Là non plus, on sait peu des dessous de l’émission. On apprend peu sur les critiques mais beaucoup sur les écrivains et les cinéastes qu’ils ont défendus. A croire qu’on n’attendait que ça pour les connaître. Peu sur les coulisses du « Masque », peu sur la tête de ces hommes (et quelques femmes) de radio. On sait que ce n’est pas par modestie alors, pourquoi ?

 

Quand même, ne plus entendre l’annonce de Christian Magdelaine en direct de Rosny-sous-Bois, ça va manquer.

 

http://www.radiofrance.fr/services/inforoute/route_rf/

 

*comme l’a montré le dernier dérapage de Noëlle Bréham, s’emportant contre l’heure d’été et, finalement, interdisant à ceux qui sont pour d’écouter son émission.

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20 octobre 2008

Yallah !

Comme je n'ai pas le talent de Bossuet pour prononcer des éloges funèbres, je préparais un texte pour son anniversaire. Las, il faudra encore rendre hommage à une disparue. Pourtant, le centenaire de sœur Emmanuelle aurait été l'occasion de la mettre en avant et d'évoquer son œuvre et, à travers son œuvre, les causes qui restent à défendre.

 

soeur_emmanuelle_derniers_jours_article_bigOn sait qu'elle a passé toute sa vie au service des plus démunis et que peu avant l'age où l'on prend sa retraite, elle s'est lancée dans l'aventure des chiffonniers du Caire. Au départ, dans un pays où le ramassage des ordures n'existait pas (et n'existe encore pas partout) elle a eu l'idée de le faire avec tous les va-nu-pieds et de récupérer ce qui pouvait l'être. Quelques années plus tard, elle lançait « l'opération orange » dont le but était de fournir aux enfants d'Egypte, du Liban et du Soudan un minimum de vitamines en leur distribuant une orange par jour. Ces dernières années, son action a abouti à bâtir le lycée de Mokhattam (près du Caire) qui met l'accent sur la scolarisation des filles. Elle savait que les filles instruites deviennent des femmes qui ne se soumettent pas. D'ailleurs, elle avait des problèmes à cause de ça. Comme l'important était l'émancipation des pauvres par l'instruction, elle refusait les conversions des enfants. Elle savait que l'école fermerait s'il en sortait plus de chrétiens qu'il n'en entrait.

Ces dernières années, elle a passé le relais sur place à des personnes qu'elle estimait dignes de confiance parce que humbles et ici, à tout un réseau d'associations et de relais qui récoltent de l'argent sans tapage mais efficacement. Depuis qu'elle avait quitté l'Egypte, elle était parfois invitée sur les plateaux de télévision. Elle impressionnait beaucoup par son intelligence et sa grande bonté. Elle émerveillait par son enthousiasme. Elle avait pris l'habitude de lancer cette interjection en arabe : yallah ! (en avant). J'étais allé chez des amis afin de la voir dans une émission de M. Michel Drucker. J'avais 6EB6BDA893CE1D3F02F2AA13549été très ému lorsque l'Abbé Pierre et elles avaient serré leurs mains l'une dans l'autre. Dans le silence du geste, il passait énormément.

 

Quelques souvenirs personnels : « Quand vous voyez un balayeur dans la rue, allez le trouver et dites-lui simplement : merci monsieur, comme la rue est belle grâce à vous ! » C'est vrai que ça ne coûte rien et que ça ferait plaisir à un homme qui n'a pas choisi ce métier.

 

A Dominique Dimey : « Toi, tu chantes avec ton âme ! ». Laisser parler son cœur, ça manque beaucoup en ces moments de crise de la mondialisation.

 

En attendant, c'était bel et bon de savoir que sœur Emmanuelle était parmi nous.

 

http://intalk.fr/index.php/tendances/icones/799-sur-emmanuelle-la-sainte-du-caire-nous-a-quittes.html

 

http://www.gala.fr/l_actu/on_ne_parle_que_de_ca/les_plus_belles_phrases_de_soeur_emmanuelle_137168

 

http://www.medium4you.be/J-ai-100-ans-et-je-voudrais-vous.html

 

http://www.kipa-apic.ch/meldungen/sep_show_fr.php?id=4625

 

http://lecourant.info/spip.php?article1630

 

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03 août 2008

THURAM, tout simplement

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Sur la pointe des pieds, un grand joueur se retire. Lilian Thuram raccroche ses crampons. On gardera de lui, l’image d’un footballeur modeste et loyal, un exemple pour tous.

Merci l’artiste !

 

http://foot.fluctuat.net/lilian-thuram.html

http://sport.fr.msn.com/HTML/Portfolio/Football/PORTFOLIO_FRANCE98.html

thuramhttp://lanternediogene.canalblog.com/archives/2006/07/10/2266846.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2006/09/06/2618672.htmlanni_200

 

 

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10 juillet 2008

VAUBAN

VaubanQuand on expose d’honnêtes gens à se faire tuer autant que je le fais, on doit du moins rendre témoignage de leur mérite et de leur bon cœur.

Vauban

Une belle promenade mise en valeur par la décision de l’UNESCO qui vient de rendre hommage au génie de Vauban en considérant son œuvre comme patrimoine de l’humanité.

http://www.lefigaro.fr/culture/2008/09/27/03004-20080927ARTFIG00001--sites-de-vauban-classesau-patrimoine-de-l-humanite.php

http://www.macommune.info/actualite/les-bisontins-invites-feter-vauban-1705.html

http://www.lemonde.fr/culture/article/2007/11/23/architecture-vauban-en-majeste_981849_3246.html

http://canadianpress.google.com/article/ALeqM5i19zrB7QfucaairPVs84ZqZMsmtg

http://www.sites-vauban.org/

Vauban demeure méconnu à l’ombre de son patron le roi Louis XIV dont il assurait, en quelque sorte, le service après-vente. Le caractère belliqueux du roi de France a rendu les questions de sécurité publique particulièrement pointues. En revanche, la générosité de Sébastien le Prestre de Vauban se trouvait bien appuyée par une intelligence hors du commun. Ainsi, l’ingénieur ingénieux s’est ingénié à protéger les populations et les soldats. Tout le monde connaît l’adage : « Une ville construite par Vauban est une ville sauvée, une ville attaquée par Vauban est une ville perdue".

A Paris, il est à l’origine de l’Hôtel des Invalides destiné à soigner les blessés des guerres. Ne pouvant les éviter, il essayait de réparer les pots cassés.

Dans les Hautes-Alpes, certains reprochent aux ouvrages de Vauban de n’avoir pas servi. Cela fait toujours bien de critiquer ce qui est reconnu. En fait, il avait inventé la dissuasion. Les fortifications de Vauban avaient acquis une telle réputation que tout le monde savait qu’il serait vain de s’y frotter, épargnant ainsi aux populations les horreurs de la guerre et les excès de la soldatesque.

Une promenade dans les ruines des fortifications constitue déjà un plaisir. Le hasard fait qu’elles se situent toujours dans des sites magnifiques. De plus, si l’on peut bénéficier d’une explication, on pourra mesurer le génie du maréchal morvandiau.

Vauban est tombé en disgrâce après avoir suggéré au roi d’instaurer un impôt afin de faire participer la noblesse à l’effort commun. Il était trop en avance.

Ce n'est ni à l'intempérie de l'air, ni à la faute des peuples, ni à la stérilité des terres qu'il en faut attribuer la cause, puisque l'air y est excellent [en France], les habitants laborieux, adroits, pleins d'industrie ; mais aux guerres et au défaut d'économie

D'où se serait ensuivie la suppression des passe-droits et des injustices qui s'exercent à cette occasion dans les paroisses

Pour peu qu'on veuille s'appliquer à bien examiner ce système, il sera facile de se convaincre qu'il est le meilleur, le mieux proportionné et le moins sujet à corruption qui se puisse mettre en usage

Tant que la levée des revenus s'exigera par des voies arbitraires, il est impossible que les peuples ne soient exposés à un pillage universel répandu par le royaume

A noter que dans le très bon article du Figaro, cet épisode est présenté comme une tentative du grand homme de renflouer et d’assainir les finances royales et que le côté égalitaire est passé sous silence. On ne se refait pas…

D’autres citations :

http://www.vaubanecomusee.org/citations.htm

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