la lanterne de diogène

Il suffit d'AIMER (sœur Emmanuelle)

06 octobre 2009

Dénis de démocratie

Ils ont voté et puis après ?

C’est par ces mots que Léo Ferré fustigeait la démocratie qui demeure pourtant le moins mauvais de tous les régimes politiques. Or, ces dernières années, la plupart des décisions importantes sont prises par les gros intérêts privés par-dessus les Etats tandis que les résultats des suffrages démocratiques sont ignorés. Dans le premier cas, les grands groupes multinationaux exercent un chantage sur les pays démocratiques y compris les mieux installés comme ceux de l’Europe. Leur arme tient dans le chômage organisé. Il suffit de fermer une unité de production dans un pays pour lui couper les jambes et faire infléchir la politique intérieure. Ailleurs, on nage dans le virtuel puisqu’il s’agit de faire miroiter des investissements.

 

C’est dans ce contexte que se situent les différentes élections européennes depuis une vingtaine d’années. D’une part, les pays fondateurs de l’unité européenne voient leurs populations se désintéresser de la chose. D’autre part, les référendums organisés tournent à la mascarade quand les électeurs osent avouer qu’ils n’adhèrent pas à des projets technocratiques. Autrefois, le Danemark a été sommé de faire revoter ses gens afin de ne pas faire mauvaise figure. En échange, on a concédé un certain nombre de prérogatives qui, en passant, vident les traités de leur substance. On a rejoué le même navet avec l’Irlande en rassurant les susceptibles insulaires. D’autre part, quand on craint le résultat, on préfère ne pas convoquer d’élection. Le parlement, qui d’ailleurs est issu du suffrage démocratique s’arroge le droit de décider du sort de la population. Ces pratiques sont dignes des régimes totalitaires.

 

Dans ces conditions, on se demande s’il faut continuer à faire voter. Alors que l’on réclame partout plus de prise en compte des opinions, on s’ingénie à limiter l’usage des référendums. D’ailleurs, le fait que l’on se prononce davantage pour ou contre le pouvoir en place plutôt que sur la question ne plaide en faveur ce scrutin. Faut-il, dès lors s’interdire ce recours ? Quant aux échéances électorales, elles donnent, trop souvent, l’impression qu’elles servent à maintenir un personnel politique de plus en plus éloigné du quotidien de la population tandis que l’on pressent que les grandes décisions échappent aux chefs d’Etats eux-mêmes ; alors à plus forte raison par l’élu local.

 

C’est dans ce contexte aussi que, faute de pouvoir se faire entendre par les voies démocratiques institutionnelles, par les manifestations de rue, des syndicats et des organisations politiques ont provoqué une consultation qui, à l’exception de bureaux de votes définis, avait tous les aspects d’un scrutin banal. Il s’agissait de demander à la population son avis –par référendum –sur l’avenir du statut de la poste. Or, ainsi qu’indiqué plus haut, on craint l’opinion. Donc, un véritable référendum qui tournerait au désaveu de la politique libéraliste du gouvernement n’a aucune chance d’être organisé. Pourtant, comment se faire entendre si tous les moyens habituels sont déniés ? Attention, les moyens pacifiques ne sont indéfinis. On en aura vite fait le tour. Dès lors, que restera-t-il pour faire entendre sa voix ?

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04 août 2009

Rendre à l' Europe

Coïncidence, c’est autour du 4 août, où l’on devrait célébrer l’abolition des privilèges votée, lors d’une soirée épique, par l’Assemblée Constituante de 1789

http://www.m-pep.org/spip.php?article1463

que l’Union Européenne rappelle son rôle néfaste qui l’emporte de plus en plus sur son action bénéfique auprès des populations européennes.

 

Cette fois, il faut de rendre l’argent. De quel argent s’agit-il ? de subventions versées illégalement aux producteurs de fruits et légumes français pendant une dizaine d’années. L’argent vient-il de l’Union ? nenni ! Alors, de quoi je me mêle ? Eh bien, après mure et longue réflexion –puisque les faits remontent à une période comprise entre 1992 et 2002 –

la Commission

estime que ces subventions destinées à soutenir les producteurs faussent la concurrence. Et ça, pour la commission européenne, c’est impardonnable ! « La concurrence libre et non faussée », vous connaissez.

 

On peut se dire qu’il n’est pas tout à fait aberrant de soutenir la production locale, la production de proximité dans une démarche de développement durable afin de limiter les transports, cause majeure de pollution. Cela l’Union européenne ne l’entend pas. Donc, pas la peine d’ergoter là-dessus. En revanche, on peut prendre

la Commission

au mot : la concurrence n’est pas « libre et non faussée » dans la mesure où tous les salariés des producteurs européens ne sont pas soumis au même statut. Des profondes distorsions existent à partir du moment où des salariés, en France par exemple, bénéficient d’un traitement plus favorable que leurs homologues espagnols ou polonais travaillant en Allemagne. La différence de salaires peut aller de 5€ de l’heure pour ces derniers à 12€ pour les Français. Dans un cas, les cueilleurs sont peu déclarés, dans l’autre, la législation permet de faire travailler les étrangers à un tarif de misère. Il s’agit bel et bien d’une entrave à la concurrence. Or, cette dérive n’est nullement sanctionnée, bien au contraire. Dès lors, on peut raisonnablement penser que tous les grands principes contenus dans le « Traité de Lisbonne » ne sont que balivernes quand il s’agit, en réalité, de soumettre les classes moyennes et de favoriser les emplois précaires.

 

En fait, cette histoire cache de nombreux éléments ainsi qu’une tentative sournoise pour démanteler un peu plus la protection sociale. On sait que l’affaire qui concerne des faits datant de plus de quinze ans a été dénoncée à

la Commission

de la concurrence par une lettre anonyme. D’abord, on peut s’étonner qu’on sorte cette affaire maintenant. Ensuite, on peut se demander qui a intérêt à affaiblir les producteurs français en ce moment. Enfin, comme c’est l’énorme différence entre les traitements des cueilleurs qui est au fond du problème, on peut penser qu’on est en train de préparer les esprits à une suppression –au moins partielle –du Smic.

 

Comment expliquer autrement le bruit autour de ces subventions indues quand l’Europe et chacun de ses membres distribue des subventions à tire larigot, souvent à fonds perdus pour soutenir des secteurs voués à l’arrêt, pour acheter puis détruire la production afin de maintenir les cours et ce qui reste d’emploi ? Les sommes en jeu peuvent paraître considérables pour le Smicard ou le Rmiste mais représentent peu pour un Etat ou une association d’Etats. En revanche, on passe sous silence les sommes que

la France

doit verser chaque année à l’Union Européenne pour non respect de la réglementation européenne notamment en matière de chasse et d’environnement.

http://www.lepoint.fr/actualites-politique/2008-12-09/ogm-la-france-condamnee-a-10-millions-d-euros-d-amende/917/0/298293

Certains sites font état d’amendes record : 20 millions d’euros en 1991 pour la pêche et 58 millions en 2005 pour chaque période de violation de six mois, toujours concernant la pêche.

On sait que le non respect des périodes de chasse, la pollution des nappes phréatiques bretonnes par les éleveurs de porcs et la mauvaise volonté des gouvernements successifs à investir dans les énergies renouvelables pour ne pas porter ombrage à la vitrine nucléaire de

la France

nous pénalisent régulièrement.

 

Non seulement le citoyen de base est importuné par les conséquences du non respect de la législation par les chasseurs mais en plus, ses impôts servent à payer les amendes afin que les contrevenants puissent continuer leurs activités gênantes. Quant au non respect des règles environnementales, elles sont légion particulièrement concernant le retard de

la France

dans les énergies renouvelables.

 

C’est cette accumulation de petites choses qui dégoûte d’une Union européenne perçu, à juste titre, comme tatillonne mais incapable d’imposer un véritable statut du citoyen européen. Alors face à ces dérives habituellement passées par profits et pertes, c’est bien la suppression du Smic et, à terme, la baisse générale des salaires qui se profile. On nous a fait le même coup avec les retraites. Une longue préparation des mentalités et puis, finalement, les salariés eux-mêmes finissent par trouver normal d’allonger la vie de travail. On peut s’attendre à d’autres affaires mises au jour concernant les écarts de salaires entre les salariés européens.

 

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10 juin 2009

L'Europe après les élections

Abstention !


Le temps printanier n’a pas incité les électeurs à se déplacer, pas plus que la complexité des institutions européennes, pas plus que le rôle limité du parlement –objet de ces élections –, pas plus que le manque d’entrain des partis de gouvernement, pas plus que les commentaires. Est-ce à dire que l’Union Européenne ne passionne pas les Français ? Surement pas. Il n’est que de se rappeler que lors du précédent scrutin portant sur l’Europe, le référendum sur le TCE, seuls 30% d’électeurs se sont abstenus.

Précisément, que n’a-t-on pas pris en compte le score négatif qui en a découlé ? Le propre de la démocratie, c’est d’accepter un résultat même et surtout quand il n’est pas conforme aux attentes gouvernementales.

 

Malgré tout, et comme à chaque élection depuis quelques années, on parle de « grand vainqueur » pour désigner, finalement, un grand perdant. On qualifie de « grand vainqueur », le candidat ou la formation qui obtient un score surprenant sans pour profiter des avantages d’une victoire. Pendant des années, cette formule s’est appliquée à l’extrême droite, au point qu’on avait fini par se convaincre que c’était une injustice flagrante si ses représentants ne gouvernaient pas le pays puisqu’ils étaient les « grands vainqueurs ».

 

Cette fois, ce sont les Verts. Leur projet est généreux, argumenté, mais gageons qu’on saura les remettre au pas, par exemple en faisant remarquer que leur groupe au parlement européen est loin d’être majoritaire même s’il pèse. D’aucuns prétendent que c’est parce qu’ils ont parlé d’Europe et non cherché à déstabiliser le président de la république qu’ils ont fait si fort. S’ils ont été justement reconnus pour tels, on ne saurait en tirer de conclusions hâtives. Déjà en 1994, la liste Radical emmenée par M. Bernard Tapie et celle, souverainiste, de M. de Villiers avaient connu ces succès pour avoir avancé leurs compétences en matière européenne. Cela n’a pas été confirmé.

 

Dans le même ordre d’idées, ce n’est pas non plus la première fois que le premier secrétaire du PS reconnaît sa défaite un dimanche soir après des élections et qu’il (ou elle à présent) promet qu’il en tiendra compte…

 

Au-delà de l’écran de fumée que représente le succès relatif de M. Cohn-Bendit, on remarquera aussi que la liste conduite par M. Bertrand a véritablement gagné. Or, celui-ci n’a parlé d’Europe que pour détourner l’attention des mécontentements. On ne peut donc pas dire qu’il a centré sa campagne sur l’Europe mais l’a instrumentalisée à son profit. De plus, son discours était l’archétype de la phraséologie du politicien professionnel, prompt à travestir la vérité, à contredire la réalité, à inverser les valeurs. On aurait cru entendre un dirigeant salafiste. Pourtant, c’est ce discours que les électeurs ont approuvé alors même qu’il n’y avait pas d’enjeu national, que le pouvoir n’était pas ébranlé, la propriété privée pas menacée. Ce discours falsificateur a séduit. Il faut en tenir compte. Preuve supplémentaire que la majorité présidentielle s’assoit sur les élections européennes : il n’est question depuis quelques mois que du remaniement ministériel. Ceux dont on veut se débarrasser ont conduit une liste (comme Mme Dati malgré son évidente ignorance de la question). Maintenant, on spécule sur les chances réduites de M. Allègre à prendre un grand ministère anti-écologique au moment où l’Europe vient de marquer son intérêt pour les questions d’environnement en élisant beaucoup d’écologistes au Parlement. La vie politicarde reprend le dessus.

 

 Parmi les nouvelles qui fâchent, on notera que les derniers entrants dans l’Union n’ont pas manifesté d’enthousiasme pour aller voter. Tous les discours qu’on nous a servis pour justifier leur adhésion massive révèlent, aujourd’hui, leur inanité. Après tout, peu importe puisque personne ne s’en souvient. Le fait est que ces peuples n’étaient pas préparés à rejoindre l’Union Européenne et ne l’ont toujours pas comprise. D’ailleurs, on ne saurait leur reprocher. La faute en incombe uniquement à ceux qui ont imposé leur entrée massive sans l’avoir préparée. Toutes les crises que nous connaissons depuis résultent de cette impréparation et de l’obstination des gouvernements de l’époque.

 

D’une manière générale, les électeurs européens ont montré clairement leur attachement à une société profondément inégalitaire. L’épisode de la crise commencé l’été dernier n’aura pas incité à sanctionner des politiques aberrantes, inefficaces et injustes. L’Union Européenne demeure le bras séculier de la mondialisation libéraliste. On continue de feindre de croire que ce sera un jour la bonne solution. On espère toujours, dans une société intrinsèquement injuste, qu’on se trouvera du bon côté. C’est surtout cela qu’il convient de souligner dans le résultat de cette piteuse élection européenne. La percée écologiste ne saurait faire illusion surtout en France où les intérêts du lobby nucléaire et du lobby pétrolier* sont aussi puissants.

 

Qu’on se rassure, d’ici très peu, ces élections seront oubliées et l’espoir d’une inclinaison vers les préoccupations environnementales aura fondu comme neige au soleil. Tout redeviendra comme avant, comme d’habitude.

 

*un exemple : petit à petit,

la SNCF

désélectrifie les lignes secondaires de l’ancien réseau du Midi, pourtant les premières électrifiées. Les vieilles locomotives diesel qui y sont affectées depuis doivent parcourir 210  kilomètres haut-le-pied pour aller faire le plein au dépôt de carburant (source Objectif Rail n°33).

 

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01 juin 2009

Style Europe

Au hasard des émissions radios, on finit par apprendre des choses sur l’Europe qui se construit presque en catimini. Alors que la campagne électorale devrait battre son plein, il faut être particulièrement vigilant pour glaner des informations. Ainsi, depuis le 1er mai, la viande aux hormones en provenance d’Amérique (Argentine, E.-U., etc.) est autorisée dans l’U. E.. Nous sommes encore face à une décision prise par

la Commission

sans qu’aucun des citoyens européens n’ait demandé quoi que ce soit et pire n’en ait été clairement informé.

 

Au cours d’un court reportage réalisé en Hongrie, pays de gastronomie réputée, une villageoise faisait remarquer qu’il y a peu, chaque maison possédait sa vache et disposait donc de lait frais en permanence. Aujourd’hui, la politique agricole européenne a fait qu’il ne reste plus que quelques têtes dans le village. Les habitants achètent donc du lait conditionné, venu de l’étranger et de moins bonne qualité. Sans compter que ce lait en brique voyage et pollue.

Parlant de lait, à l’initiative de la présidence française, les quotas laitiers ont été supprimés. L’U.E. se trouve envahie par du lait en provenance d’Océanie, conséquence du dogme de « la concurrence libre et non faussée ». Le résultat : les producteurs de lait sont dans la rue.

 

Remarque entendue à plusieurs reprises : à quoi sert de voter puisque quand le résultat ne va pas dans le sens souhaité par certains, on passe en force et sans qu’on puisse donner son avis ? Ce raisonnement devrait valoir la plus forte abstention jamais enregistrée lors d’une élection européenne déjà peu attirante. Le sentiment prégnant que tout se décide par des technocrates coupés des réalités dans leurs bureaux de Bruxelles fait plus contre l’idée d’unité européenne que tous les discours nationalistes et contradictoires.

 

L’Europe unie s’est construite sur une idée, sur des principes : la paix et un style de vie libéral, après la dernière guerre et par opposition aux économies dirigées en vigueur en URSS et dans ses dépendances. Une fois oubliée la menace soviétique, la notion de mode de vie a été gommée au profit de la seule promotion de l’économie libéraliste. Depuis 1993, l’Union Européenne n’est plus qu’un « marché unique ». Exit le modèle européen fondé sur une qualité de vie pour laquelle des systèmes sociaux fonctionnaient au bénéfice de tous. Selon les théories libéralistes de l’Ecole de Chicago, seul importe « la concurrence libre et non faussée ». L’U.E. est, en Europe, l’instrument de cette politique qui met en concurrence les peuples et qui favorise les produits venant de pays où les citoyens sont les plus mal payés, les moins protégés, les plus mal soignés, les moins instruits, où les femmes sont mal traitées, où les enfants mendient ou travaillent. Ici, les Européens sont réduits à l’état de consommateurs de ces produits. Or, la masse qui consomme se réduit au gré des choix qui poussent les financiers à transférer la production de richesse dans les pays où tout coûte moins cher. Vision à court terme à l’origine de la crise que nous traversons.

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2009/04/24/13501129.html

 

Comment aimer cette Europe qui réduit ses citoyens à la pauvreté, qui décourage les progrès dans les pays qui produisent ce qui était fabriqué dans nos villes il y a peu ? Comment aimer une entité qui agit hors de tout contrôle citoyen et impose des normes et des produits que l’on n’a pas demandés ? Comment aimer une Europe qui envoie en son parlement les femmes et hommes politiques dont on veut se débarrasser localement ? Comment aimer une Europe qui gomme les identités nationales et même ce qui fonde l’identité européenne qui a fait tant envie aux peuples européens et plus lointains.

 

Comment voter pour des candidats que les partis présentent pour s’en débarrasser ? Comment voter pour des députés qui n’ont presque pas de pouvoir face à la toute puissante Commission dont le but unique est de favoriser la concurrence au détriment des intérêts économiques de l’Europe (ne parlons même pas de social ou d’écologie) ? Comment voter pour une Europe que ses pères ne reconnaitraient pas ? Comment voter encore quand les résultats précédents ont été superbement méprisés ?

 

Il y a gros à parier qu’au soir du scrutin, peu de partis reconnaîtront l’abstention pour ce qu’elle signifiera, qu’ils s’accuseront les uns les autres mais que, au bout du compte, on n’en parlera pas longtemps. Avant la fin de la semaine tout le monde aura oublié. L’Europe peut bien attendre et les Européens sont las d’attendre.

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24 avril 2009

Europe

Qu’elle était belle cette Europe. Elle faisait rêver lorsqu’on regardait la carte du continent et que les six pays du Marché commun apparaissaient avec une couleur différente. On se mettait à rêver qu’un jour, les voisins encore en gris sur la carte, rejoindraient les 6 et formeraient une communauté. On rêvait d’une communauté qui ne s’intéresserait plus seulement au charbon et à l’acier, qui ne s’occuperait plus seulement d’abaisser les taxes aux douanes mais impulserait un mode de vie à l’Européenne où l’on prendrait ce qu’il y avait de meilleur dans chaque Etat membre pour que tous puissions en bénéficier.

 

europeenLe traité qui a institué l’Union Européenne de

1993 a

pris, délibérément, le contre-pied. Travaillé de longue date sous l’influence des hypothèses libéralistes très à la mode dans les Etats-Unis de Reagan et, surtout,

la Grande-Bretagne

de Thatcher, la nouvelle entité s’intéresse aux entreprises, base de l’édifice, et tourne le dos aux citoyens, considérés comme de simples variables d’ajustement. On leur demande juste d’approuver puisque c’est pour leur bien. Une remarque en passant :

la Communauté

a fait place à l’Union. Ce n’est pas qu’un détail lexicologique. Désormais, il n’est plus question de former une communauté de personnes mais d’unir des pays afin de promouvoir le libre-échange. Il a fallu attendre encore quelques années avant qu’un habitant d’un pays puisse s’installer dans un autre tandis que les marchandises de son pays s’y trouvaient déjà et à un meilleur prix. L’ordre marchand plutôt que l’humanité.

Depuis 1993, chacun se trouve confronté à une norme européenne absurde. Les fonctionnaires de Bruxelles planchent sur la courbure de la banane, le calibre des tomates.

La Grande-Bretagne

, curieusement absente de la plupart des dispositifs, impose son point de vue libéraliste à tous les autres. Elle y dénonce les accords préférentiels signés à Lomé afin de favoriser l’importation de denrées en provenance des pays d’Afrique, Caraïbe et du Pacifique (ACP). Pour elle, la concurrence doit jouer à fond et pas question de favoriser ces pays qui ont tant besoin de travailler et de vivre des fruits de leur travail. La concurrence : voilà le maître mot. On doit se plier à sa loi divine.

 

Au nom de la concurrence,

la Grande Bretagne

–encore elle –a réussi à imposer que le chocolat puisse être fabriquer avec autre chose que du cacao. Qu’importe qu’un pays fondateur –

la Belgique

–s’en émeuve et qu’un autre pays fondateur –

la France

–proteste au nom du bon goût. On aurait pu croire à un poisson d’avril, mais non,

la Commission

vient d’autoriser la vente de vin rosé en mélangeant du vin rouge avec du blanc. En effet, il fallait y penser. Qu’importe si le rosé doit sa couleur à une maturation particulière : l’important est que le breuvage soit rose. De toute façon, l’essentiel c’est qu’une entreprise ait le droit de fabriquer un produit, pourvu qu’il satisfasse aux exigence d’hygiène. Dernièrement,

la Commission

européenne, bras armé de l’ultra libéralisme, vient d’autoriser les industriels de l’agroalimentaire à utiliser n’importe quelle mesure pour le conditionnement. En clair, au lieu d’avoir des paquets de

500 g

ou des bouteilles d’1 l, on pourra faire des paquets de

468 g

et prétendre qu’ils sont moins cher que le concurrent quand il y aura moins de produit.

 

Le citoyen qui se trouve aussi être consommateur dans notre société le sait. Quand il s’en inquiète, on lui répond que c’est l’Union Européenne qui l’a décidé. Il en résulte une impression que l’Europe ne sert qu’à l’emmerder. Au lieu d’améliorer son quotidien, au lieu de voir ses intérêts de consommateur défendus, il se trouve face à une administration qui multiplie les contraintes et lui impose de manger des produits dont il ne veut pas forcément. En fait, au lieu de prendre le meilleur dans chaque Etat, on a pris le pire. De

la France

, on a pris le jacobinisme consistant à imposer à tous une décision prise dans une capitale, loin des terroirs, loin des gens. Une autre preuve ? Au nom de l’égalité telle que définie à l’aune de l’Ecole de Chicago, on a rétabli le travail de nuit pour les femmes. Bientôt, on verra, également, les enfants à l’usine. Pas question d’entraver le droit au travail, n’est-ce pas ? Car, en plus, on inverse toutes les valeurs. Au nom de l’égalité des sexes, les femmes ont le droit de se faire exploiter, comme les hommes, jour et nuit. Dans tous les pays où l’euro a remplacé la monnaie nationale, on assiste à une hausse des prix spectaculaire. On peut le constater en France mais aussi chez nos voisins quand on décide d’y faire un tour. Ce qui, autrefois, était relativement bon marché, atteint des sommets. Qui en profite ? pas forcément les petits commerçants qui s’en plaignent.

 

Dans le même temps, certaines professions ont pris l’habitude d’attendre tout de l’Europe. Les paysans bénéficient de prix garantis supérieurs à ceux du marché. Leurs syndicats ont obtenu le droit d’utiliser des produits chimiques, subventionnés qui conduisent à une surproduction que l’Union doit prendre en charge. Parallèlement, il faut engager des actions pour dépolluer ce qui a été fait précédemment. La disparition progressive des abeilles n’est que la conséquence la plus visible. En fait, la pénurie alimentaire est organisée pour maintenir les prix et jouer le jeu de la concurrence des produits importés. L’autosuffisance n’a pas sa place face à la concurrence encore une fois érigée en dogme sacré. On paie pour jeter du lait, pour broyer des pommes quand, en Europe même, des enfants souffrent de carences vitaminiques. Les pêcheurs réclament de l’Europe qu’elle mette plus de poissons dans leurs filets comme les personnages de Pagnol qui réclamaient du syndicat des eaux la remise du précieux liquide quand la source était tarie. Les citoyens assistent à ce spectacle, impuissants et dégoûtés.

 

Pour élargir l’espace de libre-échange qu’est devenue, de fait, l’UE, on a décidé d’intégrer les anciens pays du bloc communiste sans aucune préparation. Leur arrivée a provoquée la plus grave crise que l’Union ait connue. En plus, il ne fallait (il ne faut surtout pas encore) dire que c’est à cause de ça. Pensez, ces pauvres gens demeurés si longtemps derrière le « rideau de fer ». En fait, la plupart des partis politiques de ces pays-là lorgnaient sur les fonds structurels pour améliorer leur niveau de vie. Préoccupation légitime, d’ailleurs, mais qui a contribué à dévoyer les missions de l’UE et à exaspérer l’opinion publique dans les anciens pays, ceux qui avaient impulsé cette dynamique de communauté.

 

Nous sommes en année électorale. Nous allons élire ceux qui vont nous représenter au Parlement européen. Aujourd’hui, même dans la très conservatrice Grande-Bretagne, la majorité des législations nationales est d’origine européenne. L’enjeu est de taille. Pourtant, les partis politiques ne font pas de zèle. Ils sont davantage préoccupés de recycler leurs personnalités encombrantes pour les expédier à Strasbourg que pour définir un programme ou, simplement, pour expliquer aux électeurs les enjeux. Même les groupes de pressions qui saisissent l’opportunité de ces élections pour diffuser leurs causes paraissent absents du débat. D’ailleurs, il n’y a pas de débat. Comment faire revivre le rêve européen dans ces conditions ?

 

D’une manière générale, les Européens, ont le sentiment d’avoir été berné, qu’on leur a volé leur rêve.

 

Les élections européennes ont lieu dans six semaines, paraît-il…

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17 avril 2009

Comme toi !

Donc, le Président aurait fait une colère blanche au début du dernier conseil des ministres. Les colères blanches sont celles qui marquent le plus. On s’en souvient longtemps et même les journalistes qui n’y ont pas assisté semblent l’avoir reçue en pleine figure.

 

Le motif ? Des ministres auraient exprimé leurs « états d’âmes », selon les commentateurs. D’abord, cela signifie qu’ils en auraient une et c’est déjà une information en soit. Surtout, il faut savoir de quoi il s’agit. En fait, des ministres ont clairement manifesté leur souhait de se voir confier un ministère plus prestigieux ou, du moins, plus à leur convenance. On dit, que certains briguent, en fait, l’Hôtel Matignon, voire plus à plus long terme. A priori, il n’y a pas de quoi fouetter un chat, sauf que cela fait toujours jaser et ça, coco, ça fait vendre.

 

Dans le fond, ces ministres n’ont fait que suivre l’exemple de leur seigneur et maître. Car enfin, pendant les cinq ans du quinquennat Chirac, M. Sarkozy n’a eu de cesse de claironner son ambition présidentielle. Ça a commencé avec son « pas seulement en me rasant » avant que toutes les versions ne soient déclinées. On a même fini par oublier qu’il y avait une élection. Pure formalité, d’ailleurs, tant il était évident pour une grande partie de l’opinion qu’il ne pouvait y en avoir qu’un seul : lui, le grand Sarkozy. Alors, maintenant, le boomerang revient et il se trouve tout étonné que ses séides lui emboîtent le pas. Pourtant, on n’a pas entendu de quoi faire trembler les murailles de Jéricho. L’une se verrait bien à la tête de l’Education nationale, l’autre, prendrait bien le portefeuille de

la Justice

ou de l’Intérieur. Tous aimeraient un grand ministère en ce sens que ses compétences seraient élargies par rapport à la situation actuelle. Que dirait notre Président si l’un d’eux déclarait sans ambages : j’y pense et pas seulement en me rasant les jambes ou les joues ?

 

Pour le moment, la servilité est telle que personne n’ose seulement imaginer le non renouvellement du mandat présidentiel. Mais, supposons que l’impopularité grandisse, il se trouvera bien, parmi les fidèles, une personnalité affirmée qui se voudra l’incarnation de la modernité dans la continuité de son maître. Là, toutes les « colères froides » n’y pourront rien. En attendant, on oublie la crise, on oublie les entreprises qui licencient, on oublie les expulsés. On n’a pas fini de rigoler.

 

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02 mars 2009

régionalisation 2

Commentaire sur les 20 propositions telles que parues dans la presse mais il parait que rien n’est sûr avant jeudi :

 

Il faut être de bien mauvaise foi ou très mal inspiré pour crier au retour à l’ancien régime en constatant la ressemblance entre les régions style Balladur et les anciennes provinces. D’abord, sous l’ancien régime, les départements n’existaient pas et ils ont singulièrement marqué le paysage de

la France

depuis

la Révolution

induisant une forte identité qui fait que l’on se réclame volontiers d’un département et plus rarement d’une région.

 

D’autre part, les régionalistes ne cessent, depuis l’après-guerre d’en appeler à une France qui tiendrait compte de l’Histoire de ses territoires et des langues et dialectes qu’on y parle encore. Est-ce à dire que ces gens sont passéistes ? Est-ce à dire que la tendance à reconnaître des identités locales telle qu’elle s’exprime dans toute l’Europe est un retour à l’ancien régime ? Est-ce à dire que les régionalistes que les listes de gauche aux Européennes, notamment, accueillent volontiers n’y figurent qu’en raison de leur réservoir de voix ? Chacun se fera son idée sur la question.

 

Examinons, à présent les différentes propositions de cette commission Balladur

 

- favoriser les regroupements volontaires et les modifications des limites territoriales des régions pour en réduire le nombre à une quinzaine ;

- favoriser les regroupements volontaires de départements ;

- désigner par une même élection conseillers généraux et conseillers régionaux à partir de 2014 ;
Cette proposition aurait pour avantage de regrouper les scrutins.

- supprimer les cantons et définir des circonscriptions infradépartementales pour l'élection simultanée des conseillers régionaux et départementaux au scrutin de liste ;
Aujourd’hui, le canton ne sert plus à rien sinon à faire élire le conseiller général. La plupart des communes sont regroupées autrement selon la compétence. Ainsi, en dehors même des « pays », des « com de com », elles sont regroupées pour les écoles, les ordures, la déchetterie, les transports, etc.

- achever d'ici 2014 la carte de l'intercommunalité et rationaliser le paysage des syndicats de communes ;

- supprimer les "pays" au sens de la loi du 4 février 1995 ;
Le terme n’a pas eu le succès escompté. Il n’en demeure pas moins que ce regroupement sur la base du volontariat a eu les faveurs des communes qui en ont profité pour promouvoir une identité locale attractive pour les investisseurs et les touristes. Pourquoi ne pas entériner ces unions et leur donner davantage d’autonomie ? Le nom retenu pourrait être « canton ». Les nouveaux cantons seraient dirigés par un nouveau type de conseiller général. Au contraire de la situation actuelle où le président de l’entité intercommunale est coopté par les maires, il pourrait être élu directement par les citoyens et siéger au Conseil Général.

- instaurer l'élection des organes délibérants des EPCI (établissement public de coopération intercommunale) à fiscalité propre au suffrage universel direct en même temps et sur la même liste que les conseillers municipaux ;

- créer par la loi 11 métropoles à compter de 2014 (Lyon, Lille, Bordeaux, Marseille, Toulouse, Nantes, Nice, Strasbourg, Rouen, Toulon, Rennes) ;
On notera l’absence de Montpellier alors que ces dernières années cette ville méridionale a connu une expansion fulgurante et devrait voir le mouvement continuer.

- créer des "communes nouvelles" se substituant sur une base volontaire aux intercommunalités ;

- confirmer la clause de compétence générale au secteur communal et spécialiser les compétences des départements et régions ;

 

- engager la clarification des compétences et des collectivités locales ; En fait, il s’agit d’éviter la confusion des compétences. Sur un permis de construire, on reste perplexe en constatant que tous les niveaux administratifs, depuis l’Etat et même l’UE jusqu’à la commune en passant par les communautés de communes versent leur écot alors que les lois de 1982 ont défini les ressorts.

- objectif annuel d'évolution de la dépense publique locale avec débat parlementaire ;

- réviser les valeurs locatives foncières tous les six ans ;

- compenser la suppression de la taxe professionnelle par une taxation fondée sur la valeur ajoutée et le foncier de l'entreprise ;

- limiter les cumuls d'impôts locaux sur une même assiette d'imposition ;
Là, tout le monde approuvera car, à chaque niveau administratif, un impôt est prélevé.

- créer en 2014, après consultation, le Grand Paris correspondant au territoire de Paris et des trois départements de la petite couronne ;

- modifier le mode de scrutin de l'Assemblée de Corse ;
Il serait temps d’octroyer à

la Corse

un statut de région autonome comme ses sœurs italiennes.

- instaurer dans les régions et DOM une collectivité unique après consultation ;
 Actuellement, les départements et les régions sont confondus mais il existe bien deux assemblées.

- supprimer les services intervenant dans le champ de compétences des collectivités locales ;

- réduire d'un tiers les effectifs des exécutifs locaux ;
Bien sûr, cela fait grincer des dents. Tous ceux qui ont plaisir à se retrouver dans un petit hémicycle et qui disposent d’une place de stationnement pour eux font la tête. Cette mesure serait encore mieux avec une interdiction du cumul des mandats. Puisqu’ils seraient moins nombreux, les Conseillers auraient plus de travail. Il leur serait difficile de remplir d’autres mandats.

 

 

 

Le grand Paris apparaît extrêmement douteux du fait que la proposition vient de l’Elysée. En d’autres termes, le président Sarkozy doit avoir un intérêt personnel à voir se réaliser cette fusion. Gageons que ce sera peut-être la seule réforme qui aboutira. Même les deux Normandies ne sont pas assurées de fusionner comte tenu que l’un des deux chefs-lieux régionaux devra s’effacer au profit de l’autre et qu’un des deux hobereaux devra faire allégeance à l’autre.

 

On notera avec satisfaction, que la commission ne s’est pas trompée en proposant de supprimer le canton plutôt que le département auquel les Français sont attachés. Il est un autre district qui devrait logiquement disparaître : l’arrondissement. Après la suppression de nombre de sous-préfectures en et les charcutages électoraux de Pasqua en 1986, plus personne ne connaît les limites des départements. Quant à l’utilité des sous-préfets, elle apparaît plus que douteuse dans la mesure où le préfet se charge de tout ce qui est vraiment important dans le département y compris dans le ressort du sous-préfet. Comme la plupart des démarches autrefois effectuées dans les sous-préfectures relèvent désormais de la mairie ou de l’unité territoriale du Conseil Général, le sous-préfet ne s’impose plus. En revanche, devant la taille des nouvelles régions (si la réforme est adoptée), il devrait y avoir un véritable préfet de région. A l’heure actuelle, c’est le préfet du département du chef-lieu de région qui s’en charge, comme s’il n’avait pas assez de travail.

 

Afin de faire pression sur les décisions futures, les seigneurs de la droite et la gauche qui détient les régions sont montés au créneau pour défendre leurs palais et leurs prébendes. La diminution du nombre de régions réduirait le nombre d’élus au banquet. Cette opposition mal fondée n’est pas sans rappeler celle qui a accompagné la proposition de régionalisation de 1969 qui a poussé le général De Gaulle à démissionner. Pourtant, à l’époque, des voix proches de l’opposition appelaient à une autonomie des régions en écho aux revendications régionalistes, parfois violentes. Comme il fallait se débarrasser du grand Charles, tout le monde s’y est mis. On peut craindre que le calcul soit le même dans ce contexte et que pour fragiliser l’omniprésident on ne choisisse de s’opposer fermement aux propositions de la commission Balladur. L’efficacité régionale attendra encore quelques décennies. Dans ce cas, on pourrait assister à l’un de ces marchandages dont les politiciens ont l’exclusivité : tu me laisses faire le grand Paris, en échange je ne touche pas à vos Hôtels de Région et l’on continue comme ça. Comme, de toute façon, cela ne faisait pas partie des promesses de campagne de M. Sarkozy, il n’y a pas priorité au contraire de la « région capitale ». Reste que si les 22 régions actuelles étaient détenues par des personnalités de droite, la réforme serait probablement repoussée voire, carrément inenvisagée.

 

On note, au passage, que, contrairement à ce à quoi l’on était conditionné, on ne supprimera pas les départements. Les Français, dans leur majorité y sont attachés et se revendiquent volontiers « je suis de (tel département) » mais pas de la région. Ce qui rend hostile au département, c’est l’imbroglio et l’enchevêtrement des compétences. Surtout, ce qui passe mal, c’est qu’à chaque niveau, on prélève un impôt. Visiblement, la commission en a tenu compte. Les citoyens ne verront sûrement pas d’un mauvais œil la réduction du nombre d’échelons selon que l’on traite les questions d’éducation, d’administration, de police locale, d’enlèvement des ordures, de traitement des déchets etc. A l’heure actuelle, on ne sait plus qui fait quoi.

 

Si l’on veut une France des terroirs, le mieux est de s’inspirer du partage régional adopté par le Guide Michelin Vert depuis des lustres. Il reflète très bien la réalité actuelle et l’évolution historique. D’ailleurs, un site

http://www.evous.fr/Nantes-metropole-bretonne-dans-la,1090701.html

 

propose une carte des régions qui y ressemble fortement. Quand on analyse les propositions de la commission, en dehors de toute préoccupation de basse politique, on ne peut qu’en approuver l’essentiel. Quand on veut vraiment donner du pouvoir aux régions, espérer plus d’autonomie en matière de culture, d’éducation, de transports, on se range également derrière ces propositions.

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26 février 2009

régionalisation 1

Cela fait plus de trente ans que je suis ces questions de régions.


r_gions_actuellesD’abord, petit rappel, le découpage actuel vient des fonctionnaires de Vichy. Depuis, cela a été repris par les diverses administrations. Conservant les mêmes limites, les régions n’étaient pas destinées à devenir des pouvoirs locaux sur le modèle allemand par exemple. Lors des lois de décentralisation de 1982, on a repris le vieux découpage qui avait le mérite d’exister. Au fil des années, après la création des conseils régionaux, les fortes personnalités de la politique se sont adaptées à ces circonscriptions qui leur évitaient d’être en concurrence avec un adversaire politique trop fort ou, pire, un allié. En l’occurrence, je pense à la rivalité entre Marseille et Nice comme capitale du sud méditerranéen.

 

Depuis, l’élection des conseillers régionaux au suffrage universel et l’extension des pouvoirs des collectivités territoriales, on assiste à un retour au féodalisme dans la mesure où chaque président régional ou même départemental se sent comme un seigneur dans son fief. D’ailleurs, la première mesure prise par ces nouveaux suzerains a été la construction de luxueux Hôtels de Régions et le choix d’un logotype qui ressemblait fort à un blason. Au quotidien, les français n’ont pas vu beaucoup de changements à part leur feuille d’impôts locaux qui a explosé. On voudrait dégouter de la décentralisation qu’on ne s’y prendrait pas autrement. De plus, parce qu’elles sont imposées, les limites territoriales ont conduit les communes à se regrouper en dehors. A l’heure actuelle, on ne s’y retrouve pas entre les « pays », les « com de com » et autres regroupements qui, en plus, de correspondent pas forcément aux regroupements scolaires, aux unités territoriales pour la solidarité etc.

 

La Révolution

française, pour montrer la rupture avec l’ancien régime, a imposé des appellations géographiques de préférence aux appellations historiques. Ainsi, a-t-on préféré Dordogne à Périgord, Lozère à Gévaudan, Nièvre à Nivernais. Cette habitude a été reprise à l’époque coloniale : plutôt que de prendre les noms des territoires locaux, on a utilisé les noms des fleuves petits –comme

la Volta

–ou grands –comme le Niger. Les régions ont jonglé avec les deux. Bretagne, Bourgogne, parce qu’on ne pouvait pas faire autrement, mais Rhône-Alpes et Midi-Pyrénées. De même, les régions actuelles ne reflètent pas l’identité culturelle (quand il y en a encore une) ni seulement l’Histoire. On se focalise à raison sur le cas de Nantes, capitale des ducs de Bretagne, chef-lieu d’une région des « Pays de

la Loire

». Cette région, comme beaucoup d’autres semble faite avec le reliquat des départements qu’on n’a pas su caser ailleurs. Le pire semble la région Rhône-Alpes regroupant une partie de

la Bourgogne

, du Lyonnais, de

la Bresse

, de

la Savoie

, du Dauphiné et même du Languedoc. Pourtant, à y regarder de près, malgré son caractère hétéroclite évident, on retrouve la plupart des territoires attirés par Lyon. C’est que les temps ont changé. D’ailleurs, les anciennes provinces résultaient aussi des guerres et de l’influence des grandes villes princières. On n’avait pas non plus demandé leur avis aux manants. Pourtant, une identité culturelle s’était forgée au fil des siècles, notamment autour d’une langue ou d’un dialecte. Le chemin de fer a profondément modifié le jeu des attirances régionales. Ainsi, les Hautes-Alpes qui regardaient déjà davantage vers

la Méditerranée

que vers Grenoble (pourtant plus proche) se sont définitivement arrimés à Marseille. Par un phénomène typiquement montagnard, elles tendent à se rapprocher de Turin plus récemment, de même que les Pyrénées-Orientales se tournent vers

la Catalogue

, l’ancienne puissance tutélaire. En Bourgogne,

la Nièvre

regarde plutôt vers le Berry et le centre-Loire que vers Dijon. L’Yonne est naturellement tournée vers Paris. La grande Saône-et-Loire est divisée : le sud est fortement attiré par Lyon tandis que le nord possède sa petite capitale avec Chalons. En fait, c’est le Doubs qui est le plus tourné vers Dijon alors que c’est dans ce département que se trouve le chef-lieu de

la Franche-Comté.

anciennes_provinces

De fait, la culture et l’Histoire ont définitivement été écartées des préoccupations des politiques de décentralisation. La création d’un département du Pays Basque, prévue dans les 110 propositions du candidat Mitterrand en 1981 n’a jamais été seulement évoquée. Dés lors, il faut reconnaître que les régions françaises sont des caricatures. Elles n’ont rien à voir avec les Länder allemands ni avec les Autonomies espagnoles. Dans ce dernier cas, il faut savoir que l’instauration des communautés autonomes s’est étalée de 1976, date de la loi qui les a instaurées aux années 2000. C’est que l’urgence n’était pas la même partout ni les besoins d’autonomie. Il convenait d’agir en priorité pour

la Catalogne

et le Pays Basque tandis que Castille et Léon pouvaient bien attendre. C’est ce qu’elles ont fait d’ailleurs et sans dommage. De même le degré d’autonomie est différent d’une région à l’autre. La taille aussi diffère : l’Andalousie est immense tandis que

la Rioja

parait minuscule le long de l’Ebre mais ne pouvait décemment être rattachée à aucune de ses voisines. En France, on n’a pas eu ces préoccupations : l’Etat central et parisien a toujours raison et sait ce qui est bon pour les provinciaux.

 

Partant, les régions actuelles n’ont pas la taille adéquate pour servir à quelque chose. Il ne suffit pas de marteler que le couple Europe-région, c’est l’avenir, encore faut-il s’en donner les moyens. Il est important de regrouper les régions normandes et de faire de vastes régions au centre. L’intérêt des propositions de la commission Balladur c’est qu’elle entend favoriser les rapprochements sur la base du volontariat. Déjà, en cela, il s’agit d’un véritable changement. Le cas de l’Oise pose problème. Historiquement, il faisait partie de l’Île de France royale ou Francie. Maintenant, on n’imagine pas rajouter un département à ceux formant

la Grande Couronne.

A moins qu’il ne s’agisse d’un nouveau coup de pub de cette région dont personne ne parle jamais.

La Picardie

avait réussi, en 1987, à nous faire avaler que la dystasie capétienne avait mille ans, avec la bénédiction du très républicain président Mitterrand. r_gions_balladur


En revanche, on peut s’étonner du projet de démantèlement du Poitou-Charentes. D’abord, c’est le seul cas, ensuite, cette région regroupe des départements qui formaient l’ancien Poitou. Dans ce cas, on peut se demander si le fait que cette région est dirigée avec succès par madame Royal n’a pas inspiré cette curieuse proposition.

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04 février 2009

Sarkozy ou le Ministère de l'Instruction

Il faut s’y habituer alors, prenons note du schéma narratif sarkozien. Le point de départ est, généralement, un fait divers qui provoque l’opinion publique mais ce n’est pas obligatoire. Parfois, cela vient un peu comme un cheveu sur la soupe. Dans ce cas, on prépare l’opinion quelques jours avant. « On apprend, de source bien informée, que le Président de la République envisagerait de… ». Et puis, vient le moment de l’annonce ; rarement choisi au hasard. En fait, cela répond aux vœux formulés par quelques intérêts particuliers auxquels il est particulièrement sensible. L’annonce se fait posément. La chose si est rare dans son cas qu’il faut la mentionner. S’ensuit une démonstration brillante, élaborée par l’un de ses conseillers, où l’on expliquera les dysfonctionnements de la situation actuelle (réels ou pas), pourquoi ce n’est plus tolérable et enfin la « réforme » proposée –en fait imposée –qui s’attachera à changer la situation. En fait, cet aspect sera noyé dans un appareil de mesures sans lien avec le problème défectueux. Le point développé, en général, est à peu près incontestable. Qui voudrait voir perdurer une lacune ? Le reste est, en général, inacceptable. La parade est vite trouvée : comment pouvez-vous affirmer votre opposition avec une « réforme » indispensable qui va améliorer la situation de tout le monde ? Tout est à prendre, rien n’est à laisser.

 

On a vu au printemps la « réforme » de la Constitution. Quelques points vont élargir le pouvoir du parlement mais tout le reste –sans compter la pratique quotidienne –vise à renforcer le pouvoir exécutif en permettant, notamment, au président d’intervenir à l’Assemblée comme chef du groupe parlementaire de la majorité. Adresse à l’opposition : comment pouvez-vous être contre une « réforme » qui va vous permettre de…etc. ?

En cours, nous avons la « réforme » de l’audiovisuel. Comment pouvez-vous être contre la suppression de la publicité à la télévision nationale ? Bien sûr. On va focaliser l’opinion sur ce détail plus ou moins symbolique quand le financement n’est pas assuré et quand la nomination du PDG, elle, sera bien assurée par le chef de l’Etat.

 

Dernier épisode, donc, la suppression du juge d’instruction et son remplacement par un juge de l’instruction. On garde les termes afin d’entretenir la confusion. La parade face au tollé est toute trouvée : comment pouvez-vous être contre une « réforme » qui renforce les pouvoirs de la défense ? Le plus fort, c’est que personne n’a demandé la suppression du juge d’instruction. Au contraire, une loi a même été votée, il y a quelques mois, presque à l’unanimité, pour remplacer le juge d’instruction par un collège de trois magistrats. Elle aurait dû entrer en application au début 2009. Il en est de ces lois votée et jamais appliquées faute de publication des décrets. Le plus souvent, il s’agit de lois renforçant la démocratie et assez souvent votées largement.

 

En d’autres termes, s’il fallait avancer des preuves du caractère autocratique du pouvoir actuel, nous aurions l’embarras du choix. Sans attendre cette nouvelle péripétie, en ce moment même, nous avons l’exemple d’une loi qui n’est pas encore votée mais qui est déjà appliquée en très large partie : la « réforme » de l’audiovisuel. Pour parler simplement, le président de la république et ses séides s’assoient sur les fondements de la démocratie. Le président décide. Ses députés doivent faire passer la pilule, un point c’est tout. Ce sont les nouveaux « hussards noirs de la République » ; comme l’étaient les instituteurs d’autrefois quand leur ministre avait le portefeuille de l’Instruction.

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10 janvier 2009

Bachelot ne voit pas pourquoi

Au début de ce mois de janvier, l’émission consumériste de France-Inter, animée par Isabelle Giordano, a repassé deux ou trois fois la déclaration de Mme Bachelot, l’été dernier, qui « ne voyait pas pourquoi les mutuelles augmenteraient leurs cotisations ». Moins de six mois plus tard, on nous annonce le contraire.

On lira avec intérêt ces deux lignes : « Par ailleurs, la protection sociale a réalisé un important effort de couverture du risque chômage quand il est élevé. La baisse du chômage doit, en retour, pouvoir être mise à profit pour réduire les cotisations et procéder ainsi, à taux de prélèvements constant, à une hausse des cotisations retraite. Ce mouvement doit être engagé dès 2009. ».

 

http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-cfiab/07-08/c0708105.asp

 

 

 

http://fr.answers.yahoo.com/question/index?qid=20080730002952AA6Uhu3

 

 

 

 Le mois dernier, le Président Sarkozy se fâchait car, à sa connaissance, le TGV n’arrive toujours pas à Strasbourg.

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2008/12/04/11617311.html

 

 

 

Arrêtons-nous un instant. Si, dans les années 1980, la gauche avait dit ou fait la moitié des bourdes de cette majorité, on aurait vu le Quotidien de Paris et le Figaro de l’époque monter au créneau pour fustiger les socialos. On aurait eu droit à des dessins de Jacques Faizant dans Le Point (remplacé depuis par Plantu) et dans le Figaro pour démontrer qu’ils étaient vraiment des incapables et des comiques. D’ailleurs, même sans en faire autant que le gouvernement actuel, c’était déjà ce qui se passait. Aujourd’hui, ce qui reste de la presse de gauche –c'est-à-dire pas grand-chose –fait preuve de retenue ; c’est le moins qu’on puisse dire. Qu’on ne s’étonne pas si les citoyens sont résignés. Voudraient-ils réagir que leurs médias les convaincraient que tout ne va pas si mal. Raison de plus pour souligner le travail des journalistes de France-Inter. L’an passé, ils avaient déjà relevé que le Président Sarkozy avait promis que GDF ne serait jamais privatisé. Moins d’un an après son élection, on a pu voir ce qu’il en était.

 

 

 

En fait, les bourdes de Mme Bachelot sont caractéristiques de la droite et pas seulement depuis une vingtaine d’années. Naïveté, aveuglement, fanatisme, bêtise, on ne sait, mais les droitistes sont persuadés de vivre dans le meilleur des mondes. Pour eux, les hommes politiques de droite sont honnêtes tandis que ceux de gauche ne pensent qu’à favoriser leurs amis. Les patrons veulent embaucher mais ne trouvent que des fainéants qui préfèrent toucher le RMI plutôt que travailler. Ils sont prêts à partager leurs maigres bénéfices avec leurs salariés qui, les ingrats, en veulent toujours plus. Les riches sont accablés par les impôts et sont contraints d’aller dépenser le peu qu’il leur reste ailleurs. Les entreprises nationalisées (du moins ce qu’il en reste) et les administrations bénéficient d’une situation de monopole éhontée qui leur permet de pratiquer des tarifs abusifs tandis que la concurrence « libre et non faussée » fait baisser les prix et tire la croissance. Des savants trouveront bien une solution à l’épuisement du pétrole et à la pollution. Les déchets nucléaires seront bien valorisés un jour futur.

 

 

 

En fait, si l’on lit bien ce paragraphe, tout ce qui est présenté comme négatif par la droite est précisément ce qui a rendu possible l’expansion (on ne disait pas trop ‘croissance’) dans les « trente glorieuses ». Or, les économistes libéralistes, R. Barre en tête, n’ont eu de cesse de dénigrer ces pratiques, de vouloir la vérité des prix, de laisser faire le marché ou, du moins, l’idée qu’ils s’en faisaient. Le résultat, nous le vivons en ce moment. Que l’on songe qu’on nous prodigue, depuis quelques jours, par voie de presse, des conseils pour faire des économies qui ressemblent bigrement à ceux qu’on voyait au cinéma sous l’occupation. Ces conseils vont d’ailleurs à l’encontre de l’élan que voudrait impulser le gouvernement en encourageant les gens à consommer tous les jours même le dimanche.

 

 

 

C’est comme pour le chômage : c’est en faisant travailler plus ceux qui n’en peuvent mais que le chômage diminuera. M. Estrosi avait même parlé de « logique implacable ». Là, on nous dit que c’est en dépensant plus qu’on va s’enrichir. On est dans le double langage permanent. On passe du rêve à la réalité, du souhait à la crainte sur le même ton et avec le même aplomb insolent. La crise financière de l’été aurait pu mettre sous les yeux de nos rêveurs attardés l’inanité de leurs théories fumeuses exhumées de la tombe d’Adam Smith par Milton Friedman. Eh bien non, il faut s’entêter, « poursuivre les réformes », c'est-à-dire continuer à appauvrir les classes moyennes (les autres sont déjà SDF), à favoriser la production dans les pays où la main d’œuvre n’a pas encore relevé la tête, à légaliser la non-redistribution des bénéfices. Puisqu’on nous dit que tout ira mieux si l’on continue comme ça…

 

 

 

Si Mme Bachelot « ne voit pas pourquoi », elle pourrait s’acheter des lunettes. Avec une bonne ‘complémentaire’ ça ne devrait pas lui coûter trop cher.

Posté par la colere à 18:12 - politique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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