Lundi matin, sur France-Inter, ce sont les premiers journaux parlés de la semaine. À six heures, n'était l'heure matinale, on pourrait se croire la veille vers neuf heures.

C'est à croire que les journalistes qui commencent leur semaine prennent connaissance des informations. Ils se souviennent ne pas en avoir parlé vendredi avant de partir donc, ils font leur une sur les scoop du samedi matin et qui ont été repris dans tous les flashes horaires et développés dans les journaux.

De tout évidence, ils n'ont pas écouté leurs confrères de la fin de la semaine et s'imaginent que les auditeurs ignorent ce qui s'est passé pendant leur congé hebdomadaire. Outre l'agacement qu'on peut ressentir à l'écoute, on s'aperçoit d'un autre effet pervers. Ces nouvelles (qui n'en sont plus) vont occuper tout le début de la semaine et faire l'objet de nouveaux commentaires. Il en résulte une impression de plat réchauffé qu'on est forcé d'ingurgité alors que le goût a passé. Souvent, le dimanche soir, ces nouvelles n'occupent plus la une qui est souvent consacrée aux déclarations politiques de l'après-midi. On est déjà passé à autre chose sauf que les journalistes de la semaine se réveillent le lundi nous refont l'actu du samedi.

NOUVELLES PRATIQUES RADIOPHONIQUES

Nous avons dénoncé à maintes reprises le comportement de ceux qui interviennent à l'antenne de France-Inter et qui, visiblement, n'écoutent pas la station qui les emploie le reste du temps. Tel chroniqueur prétendra avoir découvert une nouvelle passée inaperçue simplement parce qu'il n'écoute pas la radio.

Quelques exemples de ces derniers jours :

Au cours du Masque et la Plume, le critique Eric Neuhoff, familier de la station où il intervient dans quelques émissions, ignorait tout du chanteur Philippe Katerine qui est un des préférés des programmateurs de la station. Le producteur Stéphane Bern a toujours beaucoup de mal à annoncer le chanteur invité. Là encore, il ignore le chanteur qui est régulièrement diffusé. Une des dernières occurrence a été la présentation de la chanteuse Asa (prononcé une fois assa et une autre aza au lieu d'acha) sans que personne autour de lui puisse rectifier. Pour eux, la partie variété n'est que le moment de  boire un coup, d'aller chercher quelque chose en coulisse voire de fumer, de relire son papier ou de papoter avec son voisin.

Dans de nombreuses émissions, l'animateur diffuse des extraits des journaux télévisés pour introduire les commentaires de ses invités. À croire qu'il n'y a pas de journaux sur France-Inter. Tout se passe comme si, en dehors de leur travail, rien n'existait à l'antenne.

D'ailleurs, la composition de la grille des programmes est tout à fait significative de cette tendance en particulier la dernière concoctée par M. Val. On a l'impression que le directeur avait d'un côté des cases correspondant aux heures de la semaine et de l'autre des projets d'émissions avec leur durée. On a attribué aux producteurs des créneaux sans aucune considération pour la tonalité générale de la station, sur « la couleur » comme ils disent. Chacun occupe son créneau et s'en va après, tout comme à la télévision.

Cela participe des nouvelles pratiques radiophoniques. Les animateurs, les journalistes en charge d'une session ne sont plus des professionnels formés par la maison mais des personnalités remarquées sur les autres antennes. Les commentateurs parlent désormais d'un « mercato » tout comme les transferts de joueurs de football.

Ces intervenants à l'antenne affichent forcément un autre état d'esprit. Ils travaillent un peu comme les vendeurs des stands des grandes marques dans les grands magasins parisiens. Ils vendent leurs parfums et autres produits de luxe dans un espace mis à leur disposition abrités dans la belle architecture d'une enseigne renommée. Que ce grand magasin vende aussi de la papeterie, des vêtements, des ampoules et du linge de maison ne les intéresse absolument pas.

Un nouveau type d'auditeur est apparu avec les nouvelles technologies qui coïncident avec ces comportements. Des auditeurs écoutent comme ils se promènent dans les rayons d'un supermarché. Ils se dirigent directement vers celui qui les intéresse et ignorent ce qui est vendu à côté. Ils remplissent leur chariot de saucisson et de vin et n'ont pas idée d'acheter du pain. Ils ne passent pas dans les autres rayons et se dirigent vers la caisse sous forme de forfait « mobile ». On écoute sur son téléphone, sur son ordinateur.

Quant aux divers chroniqueurs, outre leur ignorance totale de la station qui leur fournit des subsides non négligeables, ils n'hésitent pas à faire de la publicité pour des émissions de télévision surtout celles où ils interviennent. En d'autres termes, ils invitent l'auditeur à couper la radio dès qu'eux-mêmes ont fini. Bel esprit d'équipe mais, de toute évidence, on n'en est plus là.

Il est évident que, dans ces conditions, on ne peut pas obtenir une radio généraliste qui détende sans ennuyer, sans vendre des produits, sans matraquer des musiques commerciales imposées par les maisons de disque. Cette radio a existé, ça s'appelait France-Inter. Aujourd'hui, la station ressemble à un Rubik's cube où chacun s'occupe de son petit carré sans se préoccuper de la cohérence de l'ensemble.

FIN DE CONTRAT

http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2011/01/28/radio-france-condamnee-pour-le-licenciement-de-stephane-guillon_1471734_3236.html

Un mot sur l'indemnité que le tribunal lui a octroyé. Pas moins de 212 000 euros.

Il y a un précédent. Jean-Marc Sylvestre, après avoir été appelé à des responsabilités dans la rédaction de TF1, en 2008, s'est retourné contre son ancien employeur, à savoir France-Inter. Il y tenait, lui aussi, une chronique quotidienne (où il faisait une apologie appuyée de l'ultralibéralisme). Il a prétendu que depuis le temps, son CDD aurait dû être transformé en CDI. C'est ce qu'a retenu le tribunal pour Stéphane Guillon.

Les salariés moyens à qui l'on propose quasi exclusivement des CDD sont heureux d'apprendre que deux ans suffisent pour se voir requalifier en CDI pour peu qu'on ait fait des heures de temps en temps avant la période considérée.

Ce qui pose problème, c'est que les chroniqueurs interviennent pendant une durée d'environ cinq minutes à chaque prestation ; compte non tenu du temps de préparation et de documentation. On relativisera le temps de documentation car on ose espérer que le chroniqueur, spécialiste dans son domaine n'a pas besoin de tout vérifier à chaque fois.

Pour ces cinq minutes, ils perçoivent une bonne rétribution qu'on ne contestera pas. Maintenant, il est pour le moins surprenant que le tribunal traite un intervenant extérieur pour un courte prestation à égalité avec les salariés qui passent la journée au travail. Si on peut l'admettre pour les auditeurs qui ne cherchent pas à connaître le statut de ceux qu'ils écoutent, on peut s'interroger sur les juristes qui considèrent que les interventions très occasionnelles (ce qui est regrettable car il y excellait) dans Le Fou du Roi depuis 2003 correspondent à un travail salarié à plein temps depuis cette date.

Comme quoi, la notoriété influence grandement les jugements de cour.

Déjà, au 17ième siècle, un certain Jean de la Fontaine remarquait :

« Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »

aujourd'hui, la puissance se mesure à l'impact médiatique.

http://www.jdlf.com/lesfables/livrevii/lesanimauxmaladesdelapeste