L’an dernier, l’arrivée de M. Patrick Cohen pour reprendre la matinale avait fait grand bruit, d’autant qu’il avait été recruté par M. Lagardère lui-même. Arnaud a toujours montré peu d’intérêt pour les avions et les armes qui les accompagnent. Il préfère les autres fleurons du groupe constitué par son père, Jean-Luc. Parmi ceux-ci, l’autrefois innovante station de la rue François-Ier et sa prestigieuse rédaction qui a fourni les cadres des grands médias apparus dans les années 1980. Pillée de ses meilleurs, Europe 1 ne s’en est jamais remise et court toujours à la poursuite du succès. Nous avons déjà dit qu’il n’y avait pas de place pour trois radios généralistes et que, à moins de proposer du nouveau, du jamais vu – ou plutôt jamais entendu – Europe 1 ne pourrait qu’accueillir les déçus d’Inter qui finissent toujours par y retourner. Bien sûr, M. Lagardère ne doit pas consulter la Lanterne de Diogène, au contraire des nombreux internautes qui reconnaissent le travail de mémoire que nous effectuons et la critique constructive au fil de la rubrique « médias » qui est la plus consultée.

 

Au début des programmes d’été, c’est un peu par hasard qu’on a appris que M. Aliagas va animer la matinale en lieu et place de M. Cohen dont l’arrivée sur Europe 1, voici tout juste un an, avec M. Schlesinger, pour prendre la présidence effective, ainsi que M. Vandel, pour une émission consacrée à l’actualité des médias, et Mme Jouhan, devait révolutionner la station de la rue François-1er. Un an plus tard, donc, tout est à refaire. Exit Frédéric Schlesinger, remplacé par M. Laurent Guimier, lui aussi débauché de Radio-France. On débauche les meilleurs cadres de Radio-France, ceux qui n’obtiennent pas les promotions qu’ils espèrent puis, M. Lagardère les renvoie faute d’audience. Comment pourraient-ils faire de l’audience avec des idées aussi peu imaginatives ? Un coup d’œil sur les articles de la presse en ligne suffit à prédire ce qui va se passer l’an prochain ou, peut-être, même avant. Tout est dans le vocabulaire. On annonce « l’arrivée de » Laurence Boccolini et d’Anne Roumanoff qui ont fait, toutes les deux, la gloire de « Rien à cirer », l’émission d’humour vache de M. Ruquier, sur France-Inter, au début des années 1990 (soit près de 30 ans donc). Qui va-t-on attirer avec ça ? Ensuite, comment réussir quand on change la direction et la grille tous les ans ? Autre formule employée dans les articles : « venu de ». Autrement dit, Europe 1 ne fait que débaucher des noms plus ou moins connus chez ses confrères, sauf un « premier de cordée » comme M. Patrick Cohen, l’an dernier. Ça n’a pas suffi.

 

Parlant de M. Schlesinger qui affirmait avoir reçu l’assurance d’obtenir des moyens et du temps (3 ans), rappelons les réserves que nous formulions en nous souvenant que, autrefois, lorsque M. Elkabach avait pris la direction, il avait dit la même chose et n’avait pas été couronné de succès. Quand, depuis 1981/82, on n’arrête pas de changer de direction, de programmes, de format, et qu’on n’obtient aucun succès significatif ou durable, il y a de quoi se poser des questions. Quand on a tout essayé, il ne reste plus qu’à renverser la table et trouver autre chose. Or, Europe 1 ne fait qu’embaucher des vieilles vedettes, des chevaux (ou des juments en l’occurrence) de retour, des noms un peu ternis par les années. Les qualités et les compétences des unes et des autres ne sont pas en cause mais ce qui marchait avant ne marche plus forcément. À l’heure où l’on n’écoute plus la radio à la sortie de l’école, où l’on n’écoute plus sur un transistor ni sur un tuner, il faut des radios compatibles avec les nouveaux supports et surtout avec le smartphone qui tend à tout remplacer. https://culturebox.francetvinfo.fr/livres/policier/sept-podcasts-a-ecouter-cet-ete-276365#xtor=EREC-15-[Quotidienne]-20180711-[actu]&pid=

 

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Nous avons déjà dit que M. Cohen avait parfaitement compris la raison de son insuccès. Les auditeurs ne suivent pas un animateur quand il change de crèmerie. Les auditeurs sont conservateurs. Ils restent sur leur station. Parfois, souvent peut-être, ils écoutent ailleurs, pour voir. Mai ce n’est pas de greffer un professionnel dans un univers qui n’est pas le sien qui va attirer le chaland. En fait, d’où vient le problème de la matinale d’Europe 1 ? La publicité est envahissante mais ça ne gêne pas les auditeurs d’RTL par exemple. Les rubriques et chroniques valent bien celles des autres. Le problème, c’est Nicolas Canteloup. Son talent, son humour ne posent pas de problème et c’est même lui qui attire les auditeurs. Seulement, comment agréger les deux ? Si l’on met de l’huile sur de l’eau, l’huile sera toujours dessus. Europe 1 ne peut pas se passer de Canteloup qui assure l’essentiel de son audience mais ne peut pas se passer non plus d’une matinale d’information. N’étant pas payé pour résoudre les problèmes des radios commerciales, nous nous abstiendrons. En attendant, Europe 1 annonce 1OO mille auditeurs de plus pour la soirée sportive du vendredi. On se console comme on peut. Avec le Mondial, gageons que les records ont été pulvérisés. Au fait, est-ce que « Les grandes voix du sport » ne reflète pas les contradictions de la station. Car enfin, un journaliste anime la session et invite (comme sur Inter n’est-ce pas) des confrères de la presse écrite. Est présent sur le plateau, l’inénarrable Guy Roux qui est un taulier de la station. Mais pourquoi Raymond Doménech ? Simplement parce que, comme pour les autres émissions, Europe 1 s’imagine qu’il suffit d’un nom connu (même détesté) pour attirer. Les grands noms qui ont fait les grandes heures d’Europe 1 n’étaient pas des pièces rapportées mais des jeunes gars (surtout) embauchés sur leurs projets, leur audace, leur bagout. Ils avaient envie de faire de la radio car c’était neuf. Ils avaient envie de faire quelque chose de leurs vies. On entendait qu’ils étaient contents d’être ensemble pour faire quelque chose pour les auditeurs. Ils parlaient aux auditeurs. Ils les interpellaient même. On a rappelé ces derniers mois les opérations lancées par Pierre Bellemare, les rendez-vous donnés pour les concerts de Johnny sur la voie publique. Personne n’avait fait ça avant. Aujourd’hui, on fait venir des noms connus en leur disant qu’ils vont gagner un peu plus qu’en sombrant dans l’oubli ou en restant chez les autres. Les embauchés font leur boulot honnêtement mais sans plus et c’est justement le « plus » que les auditeurs attendent.

 

 

 

http://www.lefigaro.fr/medias/2018/04/19/20004-20180419ARTFIG00107-laurent-guimier-prendrait-la-tete-d-europe-1.php

 

https://www.huffingtonpost.fr/2018/07/01/nikos-aliagas-remplace-patrick-cohen-a-la-matinale-deurope-1_a_23471973/?xtor=AL-32280680?xtor=AL-32280680

 

https://www.20minutes.fr/arts-stars/medias/2301363-20180704-nikos-aliagas-tete-matinale-europe-1-toujours-pris-risques#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_medias]--

https://www.ouest-france.fr/medias/radio/europe-1-patrick-cohen-c-est-fini-la-matinale-est-donnee-nikos-aliagas-5854474