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Nous apprenons qu’un blogueur, passionné de voyages et de Tintin, M. Alex Vizéo, a produit une série d’émissions qui passent, en ce moment à la télévision, sur France 5. Bien sûr, nous encourageons et saluons tout ce qui touche à Tintin et son univers. Cependant, nous voulons insister sur le fait que Tintin n’est pas seulement un voyageur, un reporter qui mène des enquêtes à l’autre bout du monde.

 

Nous avons déjà émis des réserves sur la série de dessins animés à succès qui ont enchanté les téléspectateurs des années 1990 et qui remportent toujours un grand succès à chaque rediffusion. Tintin, ce n’est pas que l’aventure. Pour les besoins du dessin animé, il fallait faire court car on ne pouvait pas proposer, avec ce format, un rendez-vous hebdomadaire de près d’une heure pendant près de deux ans (avec la pause des vacances) surtout qu’on connaît plus ou moins les histoires. On a donc réduit les personnages et l’intrigue se limite à de vagues enquêtes policières vite résolues. Tout le côté affectif, toutes les relations humaines entre les personnages disparaissent de cette série. Autrement dit, ici comme dans beaucoup d’autres domaines, on a retiré ce qui fait sens pour ne garder que l’apparence et le superficiel. Réduire « Le Lotus bleu » à un simple trafic d’opium, c’est ôter cette dimension humaine qui habite le personnage principal (il n’a pas encore ses acolytes) et qui lui fait braver des dangers de mort. Dans cette histoire, on voit Tintin pleurer. La chose est tout à fait exceptionnelle dans les bandes dessinées destinées à la jeunesse. Le héros se doit d’être intrépide et ignorant les sentiments humains les plus courants tels que l’amour. Pendant longtemps, il était interdit au héros, forcément masculin, d’entretenir des relations, même allusives, avec un personnage féminin. Une lecture anachronique fait dire que les auteurs des BD belges étaient misogynes. Déjà, dans « Le Lotus bleu », la mère de Didi n’est pas une mère attentionnée d’un petit enfant mais une mère souffrante du handicap mental de son fils, victime d’une bande de criminels. C’est déjà une transgression exceptionnelle et ce qui arrive à Tintin en découle. Il affrontera des criminels, prêts à tout pour développer leur immonde trafic, les autorités corrompues avec leur logistique policière. Ça n’a rien à voir avec Mickey qui affronte Pat Hibulaire. Toujours dans « Le Lotus bleu », dès les premières pages, Tintin défend un tireur de pousse-pousse contre la colère raciste d’un exploiteur colonial. Gibbons est le type du mauvais sans excuse. Beaucoup de personnages négatifs ont un passé, souvent douloureux, qui explique qu’ils aient mal tourné. Lui est riche, il évolue dans le commerce international, profite du système, exploite les richesses et les populations des pays colonisés à son profit. Il est à l’abri du besoin mais demeure un sale type car telle est sa nature. Hergé dénonce ce genre de personnage pourtant courant et en fait son personnage névralgique puisque c’est à cause de cet incident – qui n’est pas sans rappeler la tuile qui envoie Ben Hur aux galères – qu’il aura les autorités coloniale puis japonaise contre lui. Ceux qui se complaisent à voire dans Tintin un héros raciste feraient bien de relire les albums plutôt que d’en rester au stupide « Tintin au Congo ». Il en va de Tintin comme du reste. Les clichés ont la vie dure et parler du racisme dans les aventures de Tintin, c’est comme ne parler que de Big Brother dans « 1984 ». Le citer fait croire qu’on l’a lu. Idem avec Rabelais et ses beuveries (lesquelles au fait?), Pagnol et ses parties de cartes avé l’acent, Rastignac et son ambition. On n’en finit pas de dénoncer les idées reçues en littérature. Dans le même temps, Hergé dénonce l’exploitation de la Chine par les Traités-inégaux puis par l’invasion japonaise. Il dénonce le comportement des occidentaux envers les indigènes et son héros sauve de la noyade. Ce sont ces contraintes qui assurent des rebondissements. On peut, ne voir que ces péripéties mais, encore une fois, c’est retirer le plus important. Des histoires de héros qui pourchassent des trafiquants, il y en a à la pelle. Ce qui les distingue, c’est la qualité des personnages et notamment du héros. On retrouve ces qualités au fil des aventures de Tintin, avec le sommet qu’est la rencontre avec le capitaine Haddock. On sait que ce nouveau personnage n’était pas destiné à perdurer, tout au plus à revenir à l’occasion, ainsi que nombre d’entre eux dans toutes les aventures. Les lecteurs, loin d’être naïfs, ont perçu les qualités attachées à ce marin auxquelles s’ajoute la forte connotation aventurière de celui qui passe sa vie à naviguer. Haddock suit Tintin dans ses périples, affronte, par amitié, les dangers malgré son âge et son mépris de l’aventure. Il voue au jeune héros une reconnaissance éternelle pour l’avoir arraché à la dépendance à l’alcool. Ses rechutes ne sont qu’un aimable défaut, source de gags pour alléger un propos parfois lourd. Haddock est un personnage sensible. On le voit pleurer (à son âge) à plusieurs reprises. Il apporte une dimension simplement humaine qui contrebalance la perfection irréaliste de Tintin.

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Tintin voyageur est un aspect important mais pas essentiel. Il répond aussi au besoin de se distinguer des autres paraissant à la même époque. Avec « Le Lotus bleu » – décidément fondamental dans l’œuvre – l’auteur effectue des recherches, se documente pour apporter cette dimension réaliste qui rend les aventures vraisemblables. C’est tout à fait nouveau dans un genre mineur destiné à la distraction des enfants. Depuis le fameux tirage de Libération entièrement consacré à la mort d’Hergé, les exégèses sur son œuvre se multiplient. Beaucoup sont consacrées aux voyages. On a même retrouvé avec précision l’emplacement du Temple du Soleil. Le plus drôle, c’est que, malgré son souci d’authenticité, Hergé n’avait jamais pensé à tout ça mais le réalisme l’a rattrapé et ce qui passait pour fiction était bien réel. Les voyages nous conduisent à travers des paysages exotiques pour les enfants des villes d’Europe occidentale qui lisaient les illsutrés. Il ne faudrait pas oublier les populations et nous avons quelques belles pages qui valent des articles de géopolitique. Nous avons évoqué la Chine subissant la colonie, l’occupation japonaise, l’opium, les bandes criminelles, le racisme. On pourrait rappeler la spoliation des Amérindiens de leurs terres, la façon dont ils sont trompés par tout le monde, la mendicité à laquelle ils sont réduits. S’ajoutent les sud-américains qui subissent les aléas des dictatures, les peuples d’Europe centrale menacés par les totalitarismes, l’esclavage et, partout, la loi d’airain des criminels de tout poil réunis dans le personnage récurrent de Rastapopoulos.

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Bien sûr, nous ne verrons pas la série puisqu’elle passe à la télévision mais nous pouvons nous réjouir de cette initiative. En entendant son auteur, on peut penser qu’on passe un bon moment sur les traces du jeune reporter et l’on espère que ça donnera envie de lire les albums et d’en découvrir, petit à petit toute la portée humaine sous-jacente des voyages et des aventures.

 

 

On retrouver Tintin dans la Lanterne de Diogène en tapant le nom dans la barre de recherche

 

https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-27-decembre-2018

 

https://www.tintin.com/fr/news/5241/les-mysteres-de-tintin-sur-france-5#

 

http://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/alex-vizeo-france-5-sur-les-traces-de-tintin_22eaa8f0-03a2-11e9-8aa7-04db88be4b13/

 

http://tintin.com/news/index/rub/0/id/5247/0/les-mysteres-de-tintin-sur-france-5#

petra