19 octobre 2009
Diam's noir's
On apprend la conversion de la rappeuse Diam’s à l’islam. Jusque là, rien à dire. Pourtant, les photos publiées dans la presse montrent une sorte de spectre sombre d’où seul un visage grave apparaît. Les commentaires indiquent qu’elle refuse, désormais, de faire la moindre bise à un garçon, contrairement à ce qu’elle revendiquait dans ses chansons. En d’autres termes, elle adhère à la vision la plus rétrograde de la religion, celle qui confine la femme dans la stricte sphère familiale d’où elle ne peut sortir que déguisée et sous surveillance. Là encore, n’était la notoriété de la personne, ça ne vaudrait pas la peine de gloser ; encore que.
Ce qui est frappant, c’est que, depuis qu’il existe des religions, ceux qui se convertissent se précipitent dans tous les artifices, toutes les restrictions et semblent n’aimer que les interdits. Quel parcours suit donc celle ou de celui qui se convertit à une religion ? Quelle réponse cherche-t-il ? Pourquoi croire en une force supérieure et spirituelle conduit à adopter un mode de vie plein de contraintes, oblige à porter des vêtements inconfortables, à manger mal, à restreindre le cercle de ses relations ? Pourquoi adopter une religion conduit à la caricaturer en n’en adoptant que les apparences ? Pourquoi l’adhésion à un mode de vie et de pensée pousse à l’exclusion de l’autre et s’exclut soi-même avec un complexe de supériorité clairement revendiqué ? Pourquoi cette attirance des nouveaux convertis ou adhérents pour ce qu’il y a de plus radical, de plus violent, de plus anachronique, de plus misogyne, enfin ? Curieusement, la misogynie se retrouve dans presque tous les extrêmes, religieux ou politiques. Pourquoi, pour les nouveaux convertis, l’alternative se situe entre se couper du monde ou emmerder tous ceux qui ne font pas comme eux ? Car, au delà d’un choix de religion, c’est la question de l’intolérance qui se pose. Tous les nouveaux convertis rejoignent les intégristes pour lesquels il n’est pas question que d’autres profitent de la vie et s’amusent quand eux s’internent volontairement. Il est vrai, aussi, que l’intégrisme présente le gros avantage sur toutes les autres activités de ne coûter pas cher. Au contraire, la simplicité des vêtements, la frugalité des repas, l’interdiction de tout loisir et de toute promiscuité avec les autres attire les pauvres qui sont économiquement exclus et parviennent à une reconnaissance par le biais d’une vision restrictive et réactionnaire d’une religion. La promesse de connaître une vie meilleure après une mort que l’on côtoie ajoute à l’attrait. D’ailleurs, partout on a pu noter que l’amélioration du niveau de vie éloigne des religions. A partir du moment où l’on prend un peu d’avance sur le paradis, on ressent moins le besoin de le placer en perspective.
En fait, le bien être est le seul rempart contre l’intolérance des religions et surtout des religieux. Alors que la crise commencée au milieu des années 1970 perdure et fait chaque année plus de victimes, on observe un retour du religieux notamment chez les exclus de plus en plus nombreux. Ce n’est sans doute pas un hasard si les prisonniers se convertissent si facilement à l’islam en prison. Ça ne coûte rien et ça permet de retrouver un groupe, voire une famille quand la sienne est détruite ou vous rejette.
Dans le cas de Diam’s, il semble que ce soit le contraire. C’est le succès qui lui aurait fait perdre la tête et elle aurait trouvé dans la religion de son mari les réponses à sa détresse. L’histoire abonde de parcours similaires : le jeune débauché qui rencontre Dieu…Certains ont même écrit des livres tel saint Augustin qui a trouvé le moyen d’inventer le mythe du péché originel avec ses conséquences. Une chose est sure, face aux excès et aux restrictions des religions, la spiritualité ne fait pas le poids. Quant à la révolte qui était celle de la rappeuse Diam’s, elle a été bien canalisée et ça, c’est tout bénéfice pour une société profondément inégalitaire. Dans le fond, c’est peut être ça l’essentiel.
01 octobre 2009
France-Télécom : ligne de morts²
Dire qu’il y a encore des gens pour en sourire. 24 suicides en une vingtaine de mois à France-Télécom. Oui, il se trouve encore des gens pour penser, le plus sérieusement du monde que c’est parce qu’on veut faire travailler ces fonctionnaires ultra-nantis qu’ils préfèrent mourir. Décidément, en France, on croit toujours que la fonction publique serait une sorte d’atelier national destiné à fournir un salaire aux bons à rien. D’ailleurs, certains fonctionnaires eux-même le pensent. France Télécom ne peut plus être considéré comme un service public. Il a les mêmes contraintes qu’une entreprise avec, en plus, les stéréotypes issus de l’administration qui font que les cadres supérieurs nommés en CA s’imaginent qu’il faut changer les habitudes de ces employés peu au fait des règles du marché.
Pour l’heure, la question est de trouver les raisons de ces suicides et les responsables, car il ne saurait y en avoir qu’un seul. Imaginons qu’au lieu de 24 suicides on ait eu 24 milliards de pertes. Le PDG aurait aussitôt été contraint de démissionner tel Jean-Marie Messier en son temps à Vivendi, entreprise qu’il avait pourtant montée. Là, on attend. On attend un vingt-cinquième, sans doute ? Le PDG a parlé de « mode » de suicide avant de présenter des excuses mais le mal était fait et il demeure significatif. Dans la guerre que mène le capitalisme financier aux salariés, il est entendu que les dits salariés sont des privilégiés puisque assurés d’avoir les mêmes revenus à la fin de chaque mois, si faibles soient-ils. Tandis que les autres, les actionnaires ne peuvent se permettre de perdre ne serait-ce que vingt-quatre centimes. Et encore, tous les actionnaires ne sont pas égaux. Les petits épargnants sont considérés comme négligeables et variables d’ajustement des cours.
Dans le même ordre d’idées, le président de la république annonce que la prise en charge des accidents du travail sera soumise à l’impôt. Il est entendu pour les libéralistes que le salarié en arrêt maladie, voire consécutif à un accident dû au travail profite d’un privilège et qu’il convient non seulement de le lui faire comprendre mais en plus de le harceler pendant sa convalescence. Celui qui se suicide n’a, lui, rien compris aux lois du marché et à « la concurrence libre et non faussée ». Donc, il vaut mieux qu’il disparaisse.
Chez France-Télécom, d’après ce que l’on sait, ce sont des objectifs insensés qui sont mis en cause. Pour ceux qui ne le sauraient pas, « les objectifs » sont des résultats à atteindre. Ils sont annoncés en début d’année par les salariés mais fortement révisés à la hausse par les chefs d’équipes. De sorte que les salariés se voient contraints d’effectuer des tâches qu’ils savent ne pas pouvoir faire. Il y a des variantes selon les entreprises mais le principe demeure. Autre cause avancée : l’obligation de mobilité pour les cadres tous les trois ans. Tout le monde sait à quel point il est facile de déménager tous les trois ans, de payer le déménagement et de payer pendant un mois le loyer de l’appartement quitté et du nouveau, de passer quelques semaines ou mois à prendre ses marques, de trouver une école pour les enfants et un travail pour le conjoint. Déjà en période de plein emploi et de logement accessible, ce n’est pas évident. Alors, en période de crise immobilière avec la hausse que l’on connaît sur les loyers et les achats en propriété, on imagine ou plutôt, tout le monde sait ce qu’il en est pour soi ou pour ses enfants. D’ailleurs, les cadres de la direction générale de sont pas soumis à cette obligation de mobilité. Pourtant, eux, ont des facilités et peuvent même se payer le luxe de garder l’ancien logement et d’y retourner tandis qu’on s’en paie un autre.
Malheureusement, les suicides chez France-Télécom sont un peu comme l’arbre qui cache la forêt. En entendant les témoignages des employés de cette entreprise, chacun peut reconnaître tout ou partie de son quotidien. On part avec l’estomac noué. On a peur de ne pas y arriver et de se faire « encore » engueuler. On doit affronter les remarques méprisantes d’un supérieur pas si supérieur, d’ailleurs. On craint pour sa place en période de pénurie d’emplois. On pense aux conséquences du moindre pépin sur la vie de famille, sur l’environnement immédiat. On hésite à aller consulter le médecin. Si c’est déjà fait, on s’habitue à avaler des antidépresseurs et autres anxiolytiques. Il est tout de même significatif que tout le monde connaît les noms des ces médicaments. Tout le monde a eu à en prendre ou en prend encore. A chaque fois qu’on peut, on culpabilise encore ces Français qui consomment trop de ces tranquillisants sans jamais se demander pourquoi. On est convaincu que c’est du tir au flanc jusqu’au jour où ça vous arrive. C’est, sans doute, parce que, précisément, chacun reconnaît un peu ses conditions de travail dans celles de France-Télécom qu’on hésite, en haut lieu, à prendre les mesures qui s’imposent. On sait que, partout, on réclamera la même chose.
Ce qui est arrivé n’est pas nouveau. Il y a quelques années, au Japon, les employés se suicidaient pour des raisons identiques. Comme d’habitude, les Français, convaincus de leur singularité et de leur supériorité raillaient cette société japonaise axée sur le travail et le patriotisme. Aujourd’hui, personne ne fait le rapprochement. Personne ne demande quelles solutions on a trouvé là-bas. Non, les Japonais ont inondé le monde avec leurs produits, nous devons en faire autant, coûte que coûte. Si on laisse des gens sur le carreau, peu importe. C’est la sélection naturelle : il fallait en licencier, les suicides évitent une procédure qui entache l’image de l’entreprise.
En attendant, il est particulièrement odieux d’encore se demander s’il faut renvoyer le PDG. D’abord, lui-même devrait avoir la décence de démissionner. Ensuite, c’est toute la direction générale qui doit être changée. Encore une fois, qu’on songe à ce qui se passerait s’il s’agissait d’un déficit.
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2008/03/30/8532696.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2008/12/03/11615956.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2008/10/09/10892767.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2008/07/26/10050674.html
29 août 2009
Grippe A : la porte ouverte à tous les fantasmes
Cette histoire de grippe A présente tous les symptômes pour devenir une psychose avec des conséquences graves à la clé. Depuis la découverte de cette nouvelle pandémie, après la maladie de Creutzfeldt-Jakob et la peste aviaire, les pouvoirs publics ont pris le contre-pied de tout ce qui se faisait jusqu’à présent. Au nom, sans doute, du principe de précaution, on nous jure que, cette fois, rien ne sera laissé au hasard et on en parle !
Alors que l’opinion publique affiche une souveraine indifférence, la ministre (que je ne citerai pas par charité) se montre volontiers alarmiste. Pourtant, des sommités tel le professeur Debré répètent qu’il n’y a pas lieu de paniquer. Dans le même temps, des messages circulent sur l’Internet pour nous mettre en garde contre les vaccins qui vont être disponibles.
D’après eux, la maladie serait le fait de manipulation à partir de plusieurs éprouvettes mélangées de divers virus de grippe dont celui de la terrible « grippe espagnole ». Si j’ai bien compris, le but serait d’obliger les populations à se faire vacciner. Une fois injecté le vaccin, les populations seraient décimées selon un plan diabolique dont la finalité m’échappe pour dire la vérité.
Ce genre de délire est tout à fait caractéristique de ce qui peut se développer lorsque le public a le sentiment qu’on lui cache quelque chose, ainsi que l’a expliqué, le professeur Kapferer, grand spécialiste des rumeurs. Pour lui –je cite de mémoire –il suffit qu’une personne ou une chose soit mise en avant puis qu’elle ne fasse plus parler d’elle pour alimenter toute sorte de rumeurs. C’est ce qui était arrivée à la trop discrète Isabelle Adjani dont l’absence et le silence avaient laissé penser qu’elle avait développé le Sida.
Ici, nous avons affaire à une maladie dont peu de gens ont été témoins mais dont les pouvoirs publics ne cessent de nous mettre en garde. A l’heure où les laboratoires sont régulièrement accusés de faire leur graisse sur le dos des malades solvables (donc des systèmes de protection dans les pays où il en existe), le pas est vite franchi qui laisse penser qu’un vaste complot à l’échelle planétaire a été mis en place pour éliminer le surcroît de population. La rumeur a des chances d’évoluer encore vers les fantasmes traditionnels mettant en accusation des groupes ethniques, religieux ou mystérieux. On va probablement lire que des liens peuvent être établis entre tel groupe pharmaceutique et telle personnalité ou tel pays. On va probablement nous dire que, dans le plus grand secret, toute la population d’un village éloigné de tout, dans un pays lointain, a été éliminée après avoir été utilisée comme cobayes humains. Attendons pour voir dans nos boites aux lettres électroniques.
Personnellement, la seule chose positive que je trouve dans toute cette affaire, c’est le rappel des règles d’hygiène quotidienne. Je me souviens qu’un médecin qui a publié il y a moins de cinq ans un livre à ce sujet a fait l’objet des ricanements des humoristes autoproclamés et médiatiques et de leurs laudateurs. Maintenant, les émissions de radio et de télé interactives prétendent nous apprendre à nous laver les mains. Si ça pouvait servir de leçon…
En attendant, un million de personnes meurent chaque année du paludisme dans le plus grand silence mais ce ne sont que des nègres sans fortune donc inintéressant pour les laboratoires.
27 août 2009
Michel-Edouard Leclerc sans voix
Une nouvelle passée totalement inaperçue alors qu’elle touche près de trois millions de salariés en France : à partir du 31 août, les magasins d’alimentation ne pourront accepter qu’un maximum de deux titres repas (Chèques-déjeuner et autres) par personne et ce, seulement sur certains articles et toujours sans pouvoir rendre la monnaie. Ces produits, qualifiés ailleurs de « junk food » sont essentiellement les sandwiches, les parts de pizzas, les croque-monsieur, les hotdogs ainsi que les horribles kébaps qui prolifèrent. Si l’on donne un chèque de 6 €, il est bien évident qu’on va y perdre.
Autrement, les titres repas continueront à être acceptés par les restaurants et dans des conditions probablement restreintes aussi. D’ailleurs, nombre de restaurateurs limitent l’usage des ces titres alors qu’ils sont sûrs d’être payés.
Jusqu’alors, les magasins qui acceptent les titres repas sont essentiellement les traiteurs. On pouvait donc acheter un plat cuisiné et le déguster tout chaud dans la cuisine de l’entreprise quand il y en a une, ce qui est souvent le cas. Ce ne sera plus possible ! Les Centre E.Leclerc acceptent pour quelques jours encore ces titres pour toute l’alimentation à l’exception des boissons alcoolisées et des sodas. Cela n’est pas absurde puisque ces produits servent à préparer des repas. Or, M. Michel-Edouard Leclerc n’a pas émis la plus petite protestation contre une mesure qui va lui causer un manque à gagner certain.
Cette mesure est d’autant plus étrange que le président Sarkozy avait émis le souhait que l’on puisse acheter ses cinq fruits et légumes par jour au moyen des titres repas.
http://www.vedura.fr/actualite/5212-tickets-restaurants-acheter-fruits-legumes
Pour lui, c’était surtout un moyen de ne pas rogner davantage le pouvoir d’achat des ménages. Il n’en sera rien. Le titre repas est une mesure sociale qui arrange tout le monde
notamment les entreprises qui augmentent indirectement leurs salariés sans être pénalisés. Voilà un nouveau coup porté contre les salariés et dans l’indifférence absolue ; comme les précédents. Cette fois, la majorité trouve que les salariés mangeaient trop bien et entendent y mettre fin : pour eux, ce sera régime « junk food » et kébap !
Allons, M. Leclerc,
dites quelque chose !
http://cozop.com/le_blog_de_fleche/une_loi_pour_les_tickets_restaurant
26 juillet 2009
Au feu les pompiers !
Comme chaque été, les médias comptabilisent les hectares qui brûlent et les pompiers qui meurent au feu. Les politiques sortent. Les uns pour dire qu’ils vont faire encore plus pour lutter contre les incendies, les autres pour réclamer des crédits à l’Etat pour ne pas entamer leurs propres ressources.
Au moment d’écrire ces lignes, six pompiers ont trouvé la mort en Catalogne. Six veuves et plus encore d’enfants : des femmes qui se sont senties fières d’avoir été épousées par des hommes dévoués et courageux et des enfants tout heureux d’avoir un héros à la maison. Ces hommes courageux, on ne peut que souhaiter qu’ils soient morts asphyxiés car la lenteur des brûlures garantit une mort encore plus douloureuse et longue. Qui s’en préoccupe ?
En Corse, on nous dit que la moitié des incendies est accidentelle et la moitié d’origine criminelle. N’empêche, là comme ailleurs, une fois éteintes les flammes, les terrains rendus inutilisables à court terme sont transformés en lotissements. Tout le monde le sait. Il y a quelques années, le ministre Haroun Tazieff avait été censuré par les médias pour l’avoir déclaré. Il a fallu l’entendre en direct car les propos n’ont jamais été repris. Les hommes politiques pensent y gagner davantage en déclarant qu’ils vont débloquer des crédits pour acheter de coûteux Canadairs qu’en payant quelques bergers qui vont faire paître des chèvres qui vont nettoyer les terrains de ce qui sert à propager les incendies.
A Carpiane (près de Marseille), ce sont des militaires en manœuvre qui ont fichu le feu.
http://marseillelabelle.over-blog.com/
En cause, les balles traçantes qui ont la propriété de brûler à l’endroit de l’impact. On a mis en examen le sous-officier responsable des tirs. Quiconque a connu l’armée sait que ce n’est pas le fait d’un gradé isolé mais de la mentalité qui règne dans la grande muette.
L’armée s’est toujours crue au-dessus des lois qui régissent la société civile. Paradoxe pour une institution dont la seule raison d’être est, précisément, de servir et de protéger la nation. Or, l’armée gaspille, détruit, pollue. Gaspillage des moyens, des munitions, du carburant, de nourriture, des vêtements, d’eau, d’énergie. Des exemples ?
http://marseillelabelle.over-blog.com/article-20719472.html
En 1979, en plein « deuxième choc pétrolier », en
décembre, on a fait tourner des camions à vide sur la place du rapport afin d’user
le carburant pour que la dotation en carburant ne diminue pas et pour pouvoir
en réclamer plus encore. Les camions étaient nettoyés au fioul blanc (gazole).
Il y avait toujours une revue quelconque qui justifiait un nettoyage pour
lequel on ne lésinait sur aucun moyen. Un banc de lavage performant existait au
niveau de la division (la 1ère DB) mais n’était jamais utilisé afin
de faire trimer les appelés. On trouvait encore des chars Patton fonctionnant à
l’essence et qui ne démarraient qu’après avoir brûlé 25 litres la
Nation
Un brave adjudant m’a déclaré qu’une fois, il avait dû, sur ordre de la division, réformer 500 treillis pour le lendemain. N’ayant pas le temps de rappeler les vêtements défectueux il avait été contraint de prendre les 500 qu’il avait sous la main, presque tous encore dans leurs sachets de cellophane.
Ainsi fonctionne l’armée. L’administration civile n’est pas en reste. Dans les bureaux, le gaspillage de papier ne gêne personne. Le moindre employé va déchirer une photocopie légèrement mal centrée. Quand la direction générale demande le tri sélectif dans les bureaux, rien n’y fait. Les gobelets sales finissent immanquablement dans les corbeilles à papier. Les femmes de ménage, peu au fait du recyclage, regroupent les déchets quand, par le plus grand des hasards, une ébauche de tri a été faite par quelques fonctionnaires civiques. Les lumières brûlent en plein jour et le chauffage est à fond en hiver et jusqu’au printemps. Là encore, en fin d’année, on se dépêche d’utiliser toute la dotation car sinon les crédits de l’année d’après seront diminués.
L’Education nationale est sans doute la plus dépensière de toutes. Coutumiers du dédoublement de personnalité, les enseignants, toujours prompts à se plaindre de leurs élèves, ne tarissent pas d’éloge sur l’intelligence des citoyens, pourtant leurs anciens élèves irrécupérables. Il en va de même pour leur sens civique. Militants du développement durables en dehors de leurs établissements, ils photocopient à l’envi, toujours insatisfaits des livres qu’ils choisissent. Ils exigent que leurs élèves utilisent le format A4 dès la sixième, alourdissant les cartables tandis que seule la moitié du recto est utilisée pour les exercices courants et que ces grands cahiers sont loin d’être remplis en fin d’année. Quel exemple ils donnent à leurs élèves !
Alors, dans un tel contexte de je-m’en-foutisme institutionnel, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’à Carpiane, des militaires –et pas seulement ce sous-off –se soient cru affranchis des règles de sécurité minimum et du bon sens courant. En attendant, ça brûle. Le reste du temps, ce n’est pas l’armée qui met le feu. Le ministre de l’Intérieur, M. Hortefeux, répond, fier de lui, à Isabelle Dor de France-Inter Marseille qu’il a fait déférer deux incendiaires. « Pour combien d’affaires qui n’ont pas abouti, demande la journaliste ? – allez, merci… ». En attendant, ça brûle. Des pompiers vont encore y laisser la peau.
* Le même Président avait demandé aux constructeurs
d’orienter leurs recherches vers la voiture qui consomme 3 litres La Commission 20 litres
05 juillet 2009
transports tropicaux : des profiteurs et des larmes vite séchées
L’accident qui s’est produit au large des Comores n’a rien qui puisse surprendre quiconque connaît un peu les pays dans lesquels une stricte législation concernant les transports n’existe pas ou, du moins, n’est pas respectée.
Il faut dire tout de suite que dans ce qu’on peut appeler
–pour simplifier –les pays du Tiers-monde, les transporteurs sont les
véritables maîtres et les chauffeurs de véritables seigneurs. L’apogée de cette
suprématie a été, au Chili, la grève des camionneurs (soutenue par le trust ITT
et la CIA
Au jour le jour, on est loin de l’appareil répressif de la junte chilienne. Cependant, les transporteurs règnent sur toute l’économie et interviennent au quotidien dans la vie des personnes les plus humbles. Concernant l’économie générale, ce sont eux qui acheminent les marchandises. Pas la peine d’en rajouter puisque c’est leur raison d’être. Au jour le jour, ils permettent les déplacements pour aller au marché dans une autre ville, pour rendre visite à un proche, pour aller passer un examen. C’est dans ces occurrences que l’on mesure leur pouvoir.
D’abord, les transports partent à l’heure où ça les arrange le mieux obligeant parfois les clients à se lever aux aurores et à poireauter en arrivant à destination en attendant que les commerces et les administrations ouvrent. Il est vrai qu’il n’est nul besoin d’aller si loin pour trouver des horaires de trains ou de cars inadaptés.
Ensuite –et c’est le point le plus important –ils pratiquent les tarifs qu’ils veulent. Les chauffeurs ou leurs aides estiment à la tenue vestimentaire quelle somme ils peuvent exiger. Les locaux vont négocier le tarif tandis que les étrangers, peu au fait de ces pratiques vont raquer. Parfois, une personne s’improvise intermédiaire et négocie par avance. Ça peut être plus avantageux dans la mesure où l’on peut expliquer les raisons de son déplacement et les moyens réels dont on dispose.
Jusque là, il n’y a rien de bien méchant. Simplement, ici, nous sommes habitués à l’affichage des prix et à l’égalité de traitement. Les tarifs préférentiels sont bien acceptés même quand on n’en bénéficie pas. Ce marchandage sur le bord des routes passe pour folklorique vu d’ici. Ça l’est un peu moins quand on sait que ces pratiques ont lieu dans les pays industrialisés, dans les ambassades et, surtout, dans les agences de voyages pour le transport maritime et, surtout, le transport aérien.
Ce qui choque, véritablement, c’est que le véhicule ne
partira que lorsqu’il sera plein à ras bord. Tant qu’il arrive des clients, on
les prend, eux, leurs bagages, leurs marchandises, leurs animaux. Si le
véhicule démarre, pas de problème. Tout le monde est entassé mais content. Bien
sûr, on s’arrêtera pour prendre d’autres clients en cours de route. Ces arrêts
permettront d’ailleurs aux passagers en place de se dégourdir les jambes car on
est serré. S’il tombe en panne, pas de problème : on répare sur la route
avec les moyens du bord. Dans ces pays, les mécaniciens font preuve d’une
ingéniosité qui force l’admiration. Les voyageurs s’organisent. Si la panne
survient dans un village ou mieux une ville, c’est encore mieux. On trouvera à
manger, à boire et pour dormir. Si c’est en rase campagne, les plus malins
trouveront un arbre pour s’abriter du soleil et improviseront une sorte de
campement. Bien peu protesteront. On sait que ce sont les aléas. On est déjà
bien content d’avoir pu partir.
Revenons sur les véhicules. La plupart sont des véhicules
d’occasion et la plupart en bon état au moment de l’achat. Cependant, nombre
d’entre eux ne le sont pas. Dans tous les cas, ils sont entretenus au minimum,
réparés avec des pièces d’occasion voire avec un bricolage fait de bois, de
plastique, de ferraille. L’essentiel est de dépenser le moins pour le
véhicule
et de gagner le plus. Nous avons déjà dit qu’on charge tant que le véhicule
peut démarrer. Les amortisseurs sont écrasés, partant inefficaces. Qu’importe
le confort du moment qu’une roue ne reste pas dans un trou sur la route. Encore
une fois, personne ne s’en plaint du moment qu’on est parti et qu’on avance. On
sait qu’on arrivera. Voire. Le long des routes d’Amérique latine, d’Asie et,
surtout, d’Afrique, il n’est pas rare d’apercevoir les restes d’un camion, d’un
car, d’un mini-bus, d’une voiture. Cela fait froid dans le dos (ce qui n’est
pas mal venu quand on souffre de la chaleur) en voyant ces carcasses au fond
d’un ravin, en dessous de la route où l’on se trouve et où l’on croise d’autres
véhicules. Là encore, peu s’en émeuvent. Ça fait partie des risques. On le
sait.
Bien entendu, les routes, déjà soumises à des variations météo extrêmes telles que les fortes chaleurs suivies, parfois sans transition, de pluies diluviennes, d’inondations doivent encore supporter ces poids lourds surchargés ajoutés aux engins spéciaux qui se rendent sur les chantiers.
Seigneurs, les chauffeurs de camion sont conscients de leur force. Ils se conduisent comme tels. Ils prennent les autostoppeurs qu’ils veulent. On leur fait place nette dans les restaurants et les hôtels. On trouve normal qu’un chauffeur fasse chauffer son moteur à 4 heures du matin sous les fenêtres des autres clients. Quelque soit leur comportement, personne ne trouve à redire. Ils sont conscients d’appartenir à une caste dominante puisque liée au progrès du siècle passé. Ce sont les nouveaux chevaliers, l’esprit chevaleresque en moins.
Jusque là, ici, nous affichons une belle indifférence. Peu
de Blancs s’aventurent dans ces contrées, encore un peu moins circulent avec
les indigènes. En France, on s’indignera parce que le TER (train en retard)
parvient avec un quart d’heure de retard et que la SNCF
Dans
bien des pays existent des golfes parsemés d’îles, des lacs navigables voire
des rivières. Les bateaux sont chargés à ras bord, au sens propre cette fois.
Il arrive qu’ils coulent comme au large du Sénégal en 2002 faisant environ 750
morts. Environ car on ne peut savoir le nombre exact vu que beaucoup n’avaient pas
de billet mais s’étaient arrangés avec un des marins du bord pour voyager.
Encore une fois, tant que le véhicule peut démarrer, on charge. D’ailleurs,
jusqu’à présent, n’est-il pas toujours parti ?
A l’occasion de la chute en mer d’un avion, on découvre qu’il en est de même pour le transport aérien. On charge la soute à bagages, on met deux enfants par siège sans compter les « bagages en main », c'est-à-dire tout ce qu’on essaie de garder avec soi pour ne pas payer de supplément. Sur certaines destinations, on en emporte autant qu’on en a mis dans la soute. Dans des conditions de navigation difficiles, ces négligences ne pardonnent pas ; pas plus que sur route d’ailleurs mais c’est plus spectaculaire.
la France. On La Mecque
Dans les deux derniers accidents évoqués, les fortes
communautés sénégalaise et comorienne de France se sont mobilisées. Ces gens
vivent en France depuis longtemps et tolèrent moins que leurs compatriotes ses
coupables errances. Ici, ils ont l’habitude de prendre le train, le car, le
bateau, l’avion et d’arriver sains et saufs à peu près à l’heure. Ils sont
conscients que, lentement et sous leur impulsion, les choses s’améliorent dans
leurs pays d’origine. Ils sont d’autant plus scandalisés quand les pratiques en
vigueur au pays ont cours ici, dans des agences de voyages qui ont pignon sur
rue ou qui exercent dans un pays qui croule sous les réglementations. Ces
agences de voyages dénoncées par les nombreux Comoriens de Marseille apportent,
ici même, ce qu’il y a de pire chez eux. La réaction des proches des victimes
est d’autant plus forte qu’ils se croient à l’abri de ce genre d’accident en
achetant un billet au départ de
Si les choses évoluent lentement –trop lentement –dans ces pays lointains, il est tout à fait intolérable que ces pratiques de margoulins, de maquereaux, de maquignons aient cours dans l’Union Européenne.

Quelques liens en rapport avec de belles photos :
http://wiki.france5.fr/index.php/LES_ROUTES_DE_L%27IMPOSSIBLE_-_CONGO_-_LE_SALAIRE_DE_LA_SUEUR
http://www.syfia.info/index.php5?view=articles&action=voir&idArticle=5115
un blog avec plein de photos de transports en Amérique :
http://www.greg-et-so-en-sac-a-dos.com/
16 février 2009
L'actualité du hard (discount)
C’est la suite mais surement pas la fin des articles consacrés à l’idéologie ultralibéraliste qui ne veut pas dire son nom. Oui, c’est une idéologie. Oui, c’est un totalitarisme. Quand on s’entête dans l’erreur et qu’on pousse à faire toujours plus dans une direction insupportable, comment appelle-t-ça sinon le totalitarisme ?
Les nouvelles qui montrent que l’on n’en peut plus abondent.
Je lis simplement dans un hebdomadaire (Challenges n°155) à deux pages
d’intervalle ces deux informations : Dacia a pris 1% du marché européen de
l’automobile et 1 million de clients de plus pour Lidl en 2008. Faut-il en dire
plus ? Faut-il mettre les points sur les i pour ces messieurs les
libéralistes ? Qui a dit : "Je me demande s'ils se rendent
compte de la gravité de la crise [et] s'ils ont bien compris dans quel monde
nous vivons" ? Le Président de la République
Ces affreux magasins bas-coûts continuent leur expansion à la faveur du dernier épisode de la crise. Ceux qui existent déjà augmentent leur surface. Les mois de janvier et de février, traditionnellement creuses pour le commerce, sont mises à profit pour procéder à des agrandissement, en sachant qu’ils avaient anticipé en n’utilisant qu’une partie de la surface au sol construite en attendant que les clients prennent l’habitude. Pari réussi : le succès va au-delà de ce qui était prévu.
Les fabricants, eux, ont choisi une autre stratégie. Ils changent le conditionnement de leurs produits pour augmenter les prix en douceur. En général, l’emballage est plus joli (encore que) et offre une meilleure prise en main ou une ouverture facilitée. On peut aussi arrêter la production de conserves en boites pour obliger à acheter des aliments sous vide, beaucoup plus chers. C’est ce qu’on a commencé à faire avec le thon, par exemple. Une autre manière consiste à diminuer la quantité dans le même paquet ou flacon sans en modifier la présentation. Les clients ne perçoivent pas toujours la différence. Eventuellement, on prétextera que c’est bon pour la santé de manger un peu moins. On citera des biscuits fourrés au chocolat. Dans les deux cas, même si l’on peut dénoncer la supercherie, les statistiques deviennent impossibles. Dans ces conditions, on ne s’étonnera pas que l’inflation apparaisse négative depuis plusieurs mois alors que dans le même temps, les consommateurs se plaignent des prix et des difficultés pour plus de monde à joindre les deux bouts.
La crise, les salariés la subissent depuis longtemps et pas plus depuis trois mois. Cette crise ne les concerne pas. Les salariés, depuis des années, ont rogné sur chacune de leurs dépenses pour pouvoir encore se faire un petit plaisir de temps en temps. Les magasins genre Lidl se multiplient et sont pleins en permanence. Les autres commerces doivent s’aligner pour garder leur clientèle. La presse multiplie les articles pleins d’astuces pour acheter moins cher. On n’est pas loin du marché noir. En faut-il plus ? Quand il était ministre de l’Economie, M. Sarkozy incitait à fréquenter ce genre de magasins pour conserver son pouvoir d’achat. « Je serai le président du pouvoir d’achat ». C’est facile dans ces conditions.
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2008/10/29/11157973.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2008/10/14/10955580.html
15 février 2009
Guadeloupe
Décidément, la droite française ne comprendra jamais rien aux territoires lointains de la république, quelque soit le statut : colonie ou DOM-TOM. Chaque fois qu’elle est au pouvoir et qu’elle doit affronter une crise, elle y répond par l’entêtement et le mépris des populations. Non, vous n’aurez pas plus d’autonomie, non vous n’aurez pas plus d’argent, déjà que vous vivez mieux que vos voisins, estimez vous heureux d’être Français.
Plus de trois semaines que les Guadeloupéens sont en grève pour protester contre la vie chère et les bas salaires. Oui, là-bas, les situations de monopole, impossibles dans le reste de l’UE sont admises et rendent le coût de la vie plus élevé qu’en métropole quand les salaires y sont plus bas. On ne va pas, en plus, payer correctement des nègres. Et qu’on ne dise pas que cela ne vient pas à l’idée des décideurs : il suffit de se rappeler qu’ici même, les femmes gagnent moins que les hommes pour le même boulot sans que cela pose de problème. Plus de trois semaines et le gouvernement se réveille à peine. Jusqu’à présent, il s’était contenté d’envoyer des renforts de forces de l’ordre là-bas. D’ailleurs, il semble que les navettes du ministre et, maintenant, de ses médiateurs, ont pour objectif principal de pourrir la grève et d’acculer les grévistes à la disette pour les forcer à reprendre le boulot. On n’est pas loin de penser que ces nègres font surtout la grève parce qu’ils sont paresseux sous leurs cocotiers. Une élue UMP a pu dire : « ce n’est pas aux Français de métropole de payer pour les Guadeloupéens ». Non, la droite n’a tiré aucune leçon des tragédies du passé. Va-t-on revoir les massacres de la Nouvelle-Calédonie ?
L’Angleterre a payé cher le prix pour comprendre que la colonie ne va plus dans le sens de l’Histoire. En Inde, combien de milliers de morts ont été sacrifiés pour voir le vice-roi céder le pouvoir ? Enfin, ils ont compris et on ne les y reprendra plus. La France, malgré l’Algérie, malgré le Maroc et, dans une moindre mesure, la Tunisie, n’a toujours rien compris. Pourtant, en Algérie, elle a payé le prix fort et les deux parties continuent de payer les traites avec de forts intérêts. Ça ne suffit pas.
Prenons l’exemple des Nouvelles-Hébrides qui ont inspiré une scène de boulevard. Il s’agissait d’un condominium franco-anglais, justement. Pendant longtemps, les Français ne voulaient pas entendre parler d’indépendance tandis que les Britanniques, instruits par l’expérience indienne s’y préparaient. Ils ont ouvert des centres culturels, des librairies, des représentations commerciales (la seule chose qui les intéressaient en fait), des universités. Quand, finalement, la population a obtenu le départ des deux puissances tutélaires, les Français sont effectivement partis tandis que les Anglais sont restés dans les faits. Aujourd’hui, la population de Vanuatu est presque exclusivement anglophone et traite exclusivement avec la Grande-Bretagne et l’Australie voisine. La France doit se contenter de lui faire une petite place dans la Francophonie ; un comble.

Déjà, le mouvement s’étend à tous les départements d’outre-mer et pas seulement ceux d’Amérique. La Réunion va emboiter. Les Guadeloupéens ont choisi de manifester sur le lieu d’une répression mortelle de 1952. Il faut y voir un avertissement et ne pas favoriser un nouveau massacre. Aujourd’hui, c’est l’ultra-libéralisme qui sert de prétexte à l’avarice méprisante du gouvernement de droite. Le résultat est le même : les populations ultramarines se sentent méprisées à juste titre. De grâce, mesdames et messieurs de l’UMP, rangez, au moins pour cette fois, votre idéologie calamiteuse. Des vies sont en danger.
11 janvier 2009
Marseille : sardine en neige
Il neige !
Il a neigé !
Ça alors, c’est étonnant. Saviez-vous qu’il neige en hiver sous nos latitudes ?
On n’avait pas appris ça à l’école. Tout comme on croyait que les poissons étaient rectangulaires, on croyait que la neige était fabriquée par des canons pendant la nuit et que, miracle de la technique, le matin, les pistes de ski étaient blanches. On a tout faux.
Chaque année, les flocons qui tombent dans les régions du centre et de l’est de la France sont salués par les mêmes étonnements : on n’avait jamais vu ça ici ! c’est la première fois qu’on voit ça ! il n’était pas tombé de neige depuis vingt ans. Tous les ans on nous dit la même chose. C’est toujours la première fois. C’est la vague de froid. Que fait le gouvernement ?
Le gouvernement, justement, ne peut plus faire grand-chose. Les routes sont devenues départementales et les autoroutes ont été privatisées. Donc, dans les départements, cela dépend de la prévoyance du Conseil Général. C’est très inégal. Quant aux sociétés d’autoroutes, elles sont trop préoccupées par l’automatisation des péages pour songer à entretenir leurs chaussées en cas d’urgence. Pourtant, la première mesure (après la pose de panneaux indiquant qu’on pénètre sur leur réseau privé) a consisté à majorer les tarifs des péages. Or le maire de Marseille, tant à Démocratie Libérale qu’à l’UMP n’a cessé de réclamer le désengagement de l’Etat au profit des groupes privés et des collectivités locales. Maintenant, il s’étonne d’avoir à faire le ménage.
La couronne de l’inconséquence semble revenir à Marseille et à son ineffable maire.
Lui aussi vit dans un monde merveilleux où les élus locaux
sont efficaces mais attaqués injustement par l’Etat central et par les
intempéries. Quand le Premier ministre évoque des « déficiences
inacceptables », il se fâche –comme il sait bien le faire – :
"Peut-être que les ministres seraient bien inspirés de regarder d'abord
les services de l'Etat". Devant son impuissance crasse, il demande aux
autres de balayer la neige devant sa porte.
Il y a quelques années, déjà, face à une grève des éboueurs, il avait annoncé qu’il ferait appel à la troupe pour assurer la situation sanitaire dans les rues. Il ne savait même pas qu’il n’y a plus de troupe en France et que ce ne sont sûrement pas des engagés bien payés qui vont faire ce que les trouffions faisaient pour presque rien. Encore avant, il s’était fâché et avait presque éclaté quand le gouvernement avait annoncé l’abandon du projet de canal Rhin-Rhône. Il avait demandé des compensations. Des compensations pour compenser quelque chose qui n’existait pas ? Le ridicule et la sottise ne tuent pas et permettent même d’être réélu à la mairie. Comme dit un personnage du « Schpountz » de Pagnol : « ce n’est pas que tu es bon à rien, c’est que tu es mauvais à tout ».
Cette fois, loin de reconnaître sa légèreté (d’action), il persiste : « Qu'est-ce qu'on aurait dit si, lors d'un conseil municipal, j'avais demandé l'achat de trois chasse-neige alors qu'il ne neige qu'une fois tous les 20 ans ? ». C’est marrant mais chaque fois qu’il neige à Marseille, on nous dit que c’est tous les vingt ans. Personnellement, j’ai vu de la neige dans la cité phocéenne, au moins, en 1997 et en 1999. De toute évidence, il ne doit pas savoir que l’on peut poser une lame devant un camion ou un tractopelle voire un simple 4x4 pour faire un chasse-neige dans des endroits où l’investissement se justifie moins.
Si quelqu’un le connaît, voici à son intention quelques
liens :
http://www.europe-service.com/ et http://www.chasse-neige.fr/
visiblement, il ne doit pas savoir non plus se servir d’un moteur de recherche
Ce que l’on voit de Marseille depuis qu’il est maire, c’est que les ruelles du centre ont été rendues aux voitures au détriment des commerces de proximité, que les classes moyennes ont dû quitter le centre-ville et que les prix de l’immobilier se sont envolés. Maintenant, il pourra dire que les Marseillais peuvent faire du patinage dans les rues en hiver et sans qu’il en coûte un centime à la mairie : pas besoin d’installer de patinoire…
03 décembre 2008
R de Rien
Le hasard fait que RMI et Restos du cœur commencent par la
même lettre. Avec l’hiver, la crise, Noël qui approche, on se souvient un peu
de ceux qui vivent, en France, en dessous du seuil de pauvreté. Cet R est bien
souvent l’R de rien ; des moins que rien.
On entend beaucoup de choses et souvent n’importe quoi. Le
RMI, c’est vraiment le dernier recours avant la déchéance totale, avant la rue,
avant l’asile de fous, avant la tombe. Ceux qui touchent le RMI ne sont pas
contents de leur sort. Quand on arrive à survivre avec, on sait qu’on avance
sur le fil du rasoir. Le moindre pépin et l’on est fichu. Que l’on soit à 380 €
ou à 420 €, la moindre réparation dans la maison (robinet qui fuit, chauffage
défectueux, inondation, cuisinière en panne), la moindre réparation sur la
voiture en vue du contrôle technique et c’est la catastrophe. En dehors de ces
pépins de la vie quotidienne mais qui prennent des proportions fatales pour le
Rmiste, avec ce minimum social, on ne peut tout simplement faire aucun projet. Même
en solde, on ne peut changer de vêtements quand ceux qu’on a sont usés. Bien
sûr, tout projet de vacances même pour deux jours est impossible. Pourtant, on
aurait bien besoin de se changer les idées, on aurait bien besoin de porter des
vêtements
corrects pour se présenter à un entretien d’embauche. S’accorder des
petits plaisirs est un moyen de conserver sa dignité.
Le RMI amène souvent d’autres accidents de la vue. Le conjoint s’en va pour sauver ce qui peut être sauvé. Les enfants sont mis ailleurs et c’est mieux pour eux mais terrible pour le parent. Le moindre bobo est mal soigné. La CMU n’est pas un laisser-passer. Nombre de médecins refusent de soigner les bénéficiaires et d’autres déclarent des prestations sans commune mesure avec les soins administrés. S’il existe des patients qui abusent et se font soigner plusieurs fois pour une égratignure, il existe aussi des médecins qui fraudent la Sécurité Sociale. Au bout du compte, ce sont les indigents qui sont montrés du doigt.
Il ne faut pas croire non plus que l’on ne paie pas les transports quand on touche le RMI. Seuls quelques départements ou autres collectivités locales permettent au plus pauvres de voyager sans payer, d’autres proposent un prix forfaitaire de 2 € pour n’importe quelle distance mais, forcément, dans la limite du ressort. En fait, la carte « économiquement faible » existe depuis des décennies mais, bien sûr, aujourd’hui, les Rmistes viennent renforcer cette cohorte qu’on n’ose pas appeler « pauvre » en pensant qu’en changeant le mot on améliore les choses, comme le remarquait le grand Jaurès.
Toutes ces impossibilités, toutes ces interdictions de fait, plongent le Rmiste un peu plus dans l’exclusion et la déchéance.
Jusqu’à présent, le RMI dissuadait, en effet, de reprendre une petite activité. C’est ce que le RSA impulsé par M. Martin Hirsh s’efforcera de corriger. Nul doute que des inconvénients apparaitront mais ce sera déjà mieux si l’on a l’impression de travailler pour quelque chose, de travailler pour soi. Cette anomalie, dont les bénéficiaires ne sont, évidemment pas, responsables, sert à quelques « braves »gens et quelques démagogues pour fustiger un peu plus les Rmistes. Concrètement, quelqu’un qui trouve quelques heures à faire, quelques jours, quelques mois, voit son RMI amputé des sommes touchées à la fin de son contrat. Or, cette période faste pendant laquelle on a gagné de l’argent a été utilisée pour effectuer des achats, des réparations reportées faute de moyens suffisants. A la fin de ces petits contrats –qui n’ouvrent donc pas de droit aux Assedic –on reste tout simplement sans plus de revenu pendant une période plus ou moins longue. En effet, la première fois, on ne pense pas à mettre le peu qu’on gagne de côté puisqu’on doit engager des dépenses différées. Et la deuxième fois ? eh bien, on n’accepte plus de travail pour une courte période en sachant qu’on va se retrouver sans le sou pour avoir voulu travailler. On ne l’y reprendra plus. En plus, on n’arrive pas à expliquer ça à ses proches, on se fait tancer par les référents RMI et autres travailleurs sociaux. On passe pour fainéant et profiteur alors qu’on n’a pas de sou, qu’on tire le diable par la queue, qu’on va aux Restos du cœur.
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2008/08/29/10392935.html
Justement, les Restos du cœur. D’abord, contrairement à ce
qu’indique son nom, il ne s’agit pas d’une cantine mais d’une banque
alimentaire qui distribue de quoi préparer des repas. Comme les quantités sont
mesurées on sait combien de repas on peut préparer d’où la déclaration en fin
de saison selon laquelle tant de repas ont été distribués. Cependant, ce n’est pas
évident d’aller faire la queue aux Restos du cœur. Il faut montrer patte
blanche : fournir de preuves de ces revenus ou plutôt de son absence de
revenus. On n’arrive pas dans le hangar pour demander un peu à manger pour la
journée. Pourtant, dans la mesure du possible, les bénévoles proposeront ce
qu’ils appellent un « dépannage » et indiqueront au nouveau venu une
marche à suivre. Souvent l’indigent ne sait pas à quelle porte frapper. Personne n’est préparé à devenir pauvre.
Personne ne sait comment faire pour survivre avec le RMI et les Restos du cœur.
Egalement, les Restos du cœur ne fonctionnent pas seulement en hiver. On n’a
pas faim qu’en hiver. Le reste de l’année, dans la mesure du possible, dans la
limite des stocks, en fonction de quelques dons, ils dépanneront les cas les
plus douloureux. Cependant, devant le nombre grandissant de démunis et, par
voie de conséquence (selon le principe physique des vases communicants) la
baisse du nombre de donateurs (devenus bénéficiaires à leur tour), beaucoup de
centres de distribution ferment définitivement à la fin de l’hiver. Voilà la
réalité de la crise et la réalité de ceux qui, non seulement tombent dans la
misère mais en plus sont montrés du doigt par les démagogues et les égoïstes.
Il faut avoir essayé de cuire un morceau de poisson
(hum ?) pané surgelé, l’avoir vu coller à la poêle, l’avoir extrait
finalement, l’avoir mis à la bouche malgré la répugnance du goût pour être
certain que personne n’est content d’aller aux Restos du cœur et que personne
ne profite de la charité et autre RMI.
Ce n’est pas parce qu’il existe des radins qui trouvent le moyen de dissimuler des revenus confortables, ce n’est pas parce qu’il existe des profiteurs, qu’il existe des maquereaux qui récupèrent l’allocation de leurs victimes qu’il faut généraliser et se donner bonne conscience pour ne pas accomplir un geste de solidarité minimum. Sur le nombre d’œuvres charitables il s’en trouve bien une qui correspond mieux à sa convenance. Alors, propose un vrai repas à quelqu’un. Même aujourd’hui, on ne va pas se ruiner si l’on offre un petit repas. Sinon, donne un peu d’argent ou de temps pour ceux que tu rejoindras peut-être un jour. Il ne faut pas le souhaiter.

Armée du Salut
La mie de pain
Secours catholique
Secours populaire
Samu social
MDM
Etc. (hélas)
PS. Pendant que j’écris ces lignes, un sans abri vient de mourir au Havre : sans doute un de ces privilégiés qui profitent du système social pendant que d’autres risquent leur argent à la bourse et que personne ne plaint. Il faudrait bien débloquer quelques milliards pour ces malheureux incompris. C’est déjà fait ? ça alors…
