Le Tournoi des 6 nations s’est achevé avec, comme on s’y attendait, la France qui finit pour la deuxième année consécutive et la deuxième année de l’ère Brunel à la 4e place quand son prédécesseur honni avait réussi à remonter à la 3e et qu’on pouvait espérer un maintien à cette place avant de prétendre rejouer dans la cour des grands que sont le Pays de Galles (auteur d’un Grand Chelem cette année), de l’Angleterre et de l’Irlande. Ça ne serait que la loi du sport s’il n’y avait pas eu ce fait unique et médiatisé qu’a été le limogeage du précédent sélectionneur, M. Novès.

 

La présidence de M. Laporte, c’est l’esbroufe : beaucoup de déclarations, un jeu d’influence et, finalement, pas de résultats tangibles. On se rassure avec des victoires sur des équipes comme les Tonga, l’Écosse et l’Italie mais l’on voit bien que le reste ne fonctionne pas. Le problème, c’est que la direction de la Fédération est sourde à toutes les critiques et mène sa barque envers et contre tout parce qu’elle a, visiblement, d’autres préoccupations et d’autres objectifs. On apprend, en marge, que la Fédération ne répond pas non plus aux membres du corps médical et aux familles qui tentent d’interpeler sur les accidents graves qui se sont multipliés ces derniers mois. Visiblement, elle a la tête ailleurs. Peut-être faudrait-il le leur appliquer également le protocole commotion…

https://www.franceinter.fr/emissions/interception/interception-17-mars-2019  (Commotions, le casse-tête du rugby français)

 

Pourquoi parlons-nous autant de rugby ici ? D’abord par plaisir. Ensuite, parce que le sport est un bon reflet de la société et de l’état du monde. On sait qu’il y a une diplomatie de la FIFA et du CIO comme il y a une diplomatie vaticane. Leurs succès ne sont pas risibles. Il n’est que de voir que dans les compétitions, les deux Corées forment une équipe commune. Rien de tel en rugby mais l’on peut voir l’influence des cultures dominantes. Le rugby est un sport essentiellement anglais né dans une université huppée ; d’où son nom de football-rugby en souvenir de l’université de Rugby. Il a essaimé dans tous les pays de l’ère anglophone. En fait non puisque, de tous les pays du Commonwealth, seules l’Australie et la Nouvelle-Zélande le pratiquent à un haut-niveau. L’Afrique du Sud ne fait pas partie du Commonwealth et la Namibie était une colonie allemande. En revanche, le Canada et, surtout, l’Inde et le Pakistan ne sont pas intéressés. Ils préfèrent, et de loin, le cricket. Malgré tout, ce jeu a pris dans des pays inattendus. D’abord, le Japon a eu une fédération bien avant la France et accueillera la prochaine Coupe du Monde. Peut-être à cause de ça, les îles du Pacifique le pratiquent. Ensuite, il a pris dans des pays latins et notamment en Argentine. On a coutume de dire que les Argentins sont des Italiens qui parlent espagnol et se prennent pour des Anglais. Ils ont adopté le polo et le rugby mais il faut bien reconnaître que la mentalité latine prévaut. Astérix nous propose une explication à la popularité du rugby en France quand Obélix voit une occasion de se bagarrer joyeusement (malgré la force donnée par la potion magique il n’y a jamais de mort dans Astérix) : « Il faut introduire ce joli jeu en Gaule ! ». Les Français aiment penser que le rugby vient de la soule et qu’il est juste qu’il soit populaire, notamment dans le sud-ouest. Pourtant, le jeu des nations latines n’est pas beau. Autrefois, à l’automne, il y avait un France-Roumanie où l’équipe valaque se faisait étriller tous les ans dans des affrontements qui ressemblaient plus à des pugilats. L’Argentine et l’Italie jouent toujours à la limite de la faute. Ce ne sont que tricheries pour compenser le moindre niveau ; ce que les commentateurs (et les joueurs) appellent pudiquement de l’indiscipline. Rappelons que la France a été exclue pendant des années du Tournoi pour les mêmes raisons et que, en 1995, à 3 mn de la fin, alors que le score était ric-rac, un joueur commet une faute sous ses poteaux, ce qui a donné à l’Afrique du sud, les 3 points qui lui assuraient la victoire.

 

L’entêtement de la direction actuelle de la FFR est d’autant plus grave qu’elle doit faire face à deux problèmes majeurs. D’une part, le championnat attire trop de joueurs étrangers, ce qui ne permet pas aux joueurs issus des centres de formations, des écoles de rugby, d’émerger et de former une équipe de France à la hauteur des grandes nations de l’ovalie. Ensuite, les accidents graves et parfois mortels ont provoqué une baisse de 10 % du nombre de licencié, essentiellement chez les tout jeunes. On comprend que les parents n’aient pas envie de voir leurs fils handicapés à vie ou dans un cercueil. Ni l’un ni l’autre ne semble préoccuper la présidence. Sans doute vont-ils lancer une campagne de communication pour convaincre que tout va bien et qu’il faut pratiquer le rugby porteur de valeurs. Tu parles ! Avec la professionnalisation depuis 1996, rien d’autre ne compte que le rendement. À partir du moment où une grosse trentaine de clubs tournent et assurent le spectacle, il n’y a pas de raison de s’en faire et peu importe que de clubs historiques tels que Lourdes, Narbonne, La Voulte, Bagnères, Tarbes, Auch etc. doivent se contenter de former des joueurs qui iront, dans le meilleur des cas, faire des passes aux vedettes étrangères des clubs professionnels. Les commentateurs ont beau rappeler que tel nouveau sélectionné a été formé à l’école de… ça ne fait pas leurs affaires.

 

Un autre rugby ?

Pourtant, d’un autre côté, le rugby à 7 est entré aux Jeux Olympiques alors qu’il n’a pas – et loin de là – le succès du XV et du XIII. Localement, les tournois de rugby à 7 ou à 9 ont de plus en plus de succès même si ça reste limité comme l’est le succès du rugby en général dans la plupart des régions françaises. Le XIII est un cas à part dans le sport collectif de compétition en France. Au départ, le XIII est un sport professionnel où des jeunes de la classe ouvrière trouvaient un moyen d’ascension sociale ; comme au football. Or, en France où il est peu répandu, beaucoup de clubs n’ont pas les moyens de payer des joueurs et le championnat voit cohabiter des amateurs et des professionnels. De plus, le club le plus professionnel évolue dans le championnat anglais…

Faut-il lorgner vers le XIII pour trouver des solutions à la crise que traverse le rugby à XV en France ? Dans les autres grandes nations de l’ovalie, le XIII est souvent plus populaire que le XV même si l’on n’en parle pas en France et qu’on l’ignore. Ça tend à s’équilibrer depuis que le XV est professionnel mais, à l’heure du professionnalisme, cette rivalité est stimulante. Elle n’existe pas en France où la FFR est sure d’elle et dominatrice et fait pression, parfois, sur les communes pour qu’elles ne favorisent pas un club ou une compétition de rugby à XIII.

En quoi consiste le XIII ? D’abord, comme il y a moins de monde sur le terrain, il y a davantage d’espaces et le jeu est plus fluide, avec beaucoup de passes et, surtout, un rythme impressionnant. Ça n’arrête pas. Aujourd’hui, au XV, la moindre attaque est contrée par un mur qui barre toute la largeur du terrain. Rien à faire si l’on ne dispose pas d’un ou plusieurs butteurs. En France, on n’en a plus. Les mêlées ne sont pas disputées. Le demi d’ouverture lance la balle au talonneur et récupère la balle pour relancer la partie. Donc pas de mauvais geste dans la mêlée, pas d’oreilles tirées, pas de « fourchette » (doigts dans l’œil de l’adversaire), pas d’écroulement, volontaire ou pas. Le « tenu » impose de « lâcher » le porteur du ballon plaqué sur ordre de l’arbitre au lieu de tenter de le lui arracher. Donc, pas de « regroupement », pas de mêlée ouverte c’est à dire pas de cet entassement de joueurs sur le ballon qui finit, inévitablement par la sanction d’un joueur coupable de ne pas avoir relâché le ballon ou d’un autre coupable de « plonger » sur le côté pour essayer de gratter la balle.

Est-ce pour autant que tout va bien ? Sûrement pas car, même si, sur le papier, les règles limitent les collisions et les contacts, chaque fois qu’il y en a, ils sont rudes et les sorties de terrain sont fréquentes, les blessures plus graves et depuis toujours. Force est de constater que le professionnalisme est responsable. À partir du moment où l’on ne fait que ça, on ne se ménage pas et l’on ne ménage pas l’adversaire non plus et c’est bien ce qui est arrivé progressivement dans le XV.

 

Un mot sur les commentaires. Quel crédit apporter quand on lit ou entend « défaite cuisante » ou « large victoire » quand les scores sont comparables ? La France bat l’Italie 25-14 et l’on est désespéré. Certes au rugby, ce n’est pas insurmontable mais comparons avec l’Irlande qui bat la France 26-14 ou l’Irlande qui bat l’Italie 26-16 ou le Pays de Galles qui bat la même Italie 26-15. Le même Pays de Galles n’a battu la France que de 24 à 19. À chaque fois, les scores ne sont pas impressionnants mais presque à chaque fois en défaveur du XV au coq et chaque victoire est peu importante. Reste le 44 à 8 contre l’Angleterre, à Twickenham où les Bleus n’ont même pas obtenu un résultat à 2 chiffres. Seule l’Irlande a fait plus mal 7 à 25 contre le vainqueur du Tournoi, le XV au poireau mais l’a davantage contenu. À noter le résultat d’Angleterre-Écosse, 38 partout, ça veut dire que 76 points ont été marqué au cours de la rencontre. Chapeau messieurs !

Malgré le mauvais résultat après deux saisons ratées, il s’en trouve encore pour dire que la France termine sur une victoire et qu’il y a un potentiel dans cette équipe, et qu’il y a une envie, et qu’il y a des jeunes et autres billevesées. La France finit 4e avec 10 points, soit la moitié de ceux du vainqueur. Quoi qu’il en soit, ça s’annonce mal pour la Coupe du Monde à l’automne prochain, chez les Japonais.

 

 

À méditer comme il faut méditer cette histoire incroyable que nous reproduisons intégralement :

Par Sylvain Labbe

Publié le 5 février 2019

http://www.sports.fr/rugby/xv-de-france/articles/xv-de-france-vahaamahina-capitaine-sans-le-savoir-2385788/

 

Illustration d’un XV de France qui navigue à vue, Sébastien Vahaamhina ignorait qu’il avait endossé la charge de capitaine des Bleus en fin de match face aux Gallois. Jusqu'à ce que l'arbitre Wayne Barnes le lui apprenne...

On fête les 20 ans du rugby pro en France, paraît-il. Un professionnalisme qui connaît visiblement des ratés dans le saint des saints, un XV de France censé être la vitrine du rugby hexagonal, mais qui renvoie aujourd’hui une image très éloignée de sa riche histoire… Jusque dans sa gestion et son encadrement avec cette révélation à peine croyable de nos confrères du Midi-Olympique.

Ou comment Sébastien Vahaamahina (27 ans, 37 sélections) s’est retrouvé vendredi soir non seulement le héros bien malheureux d’une nouvelle fin de match fatale aux Bleus de Brunel avec cette fameuse passe sautée dans les bras de… George North, l’ailier du XV du Poireau à l’affût pour un essai qui scellera la défaite française (19-24) dès l’entrée dans ce Tournoi des Nations 2019. Mais le deuxième ligne clermontois, s’il s’est pris pour le maître à jouer de son équipe, ignorait surtout à cet instant qu’il était devenu le capitaine tricolore, après la sortie du taulier Guilhem Guirado, remplacé par Julien Marchand, depuis… la 58e minute de jeu !

"Le staff ne m’a pas prévenu. Je ne savais même pas que j’étais passé capitaine. C’est l’arbitre, Wayne Barnes, qui est venu me voir sur une pénalité pour me demander mon choix. Je lui ai dit de s’adresser au capitaine. Il m’a répondu que c’était moi…" Aveu à peine incroyable de la part de celui qui n’aurait même pas été mis au courant dans la semaine qui a précédé la rencontre qu’il était susceptible d’endosser une telle charge. On savait cette équipe de France en panne de leaders sur le terrain, mais s’ils ignorent même leur statut au sein du groupe… On reste perplexe surtout devant l’absence de communication entre joueurs et staff que relève un tel épisode. Sans même parler de l’importance de tous ces petits détails qui font la différence au plus haut niveau.  

 

rugby 6 nations féminin - Italie 2019'

 

Pour finir, une troisième place à laquelle la France n’était plus habituée dans le Tournoi féminin après sa défaite contre les Italiennes.

 

https://www.rugbyrama.fr/rugby/6-nations-feminin/2019/6-nations-feminin-les-notes-des-bleues-jason-et-berthoumieu-surnagent-dans-le-naufrage-collectif_sto7192145/story.shtml