Après les larmes de la fin pour M. Pauchon, c’est le tour de Soro Solo. D’abord, précisons que notre habitude, issue de nos lointaines lectures du Monde au temps où les lycéens étaient censés le lire parce que c’était le journal de référence, consistant à mettre « Monsieur » ou « Madame » devant le patronyme ne peut s’appliquer à Soro Solo dans la mesure où il s’agit d’un nom d’artiste. Idem pour feu Johnny Halliday.

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Donc, Soro Solo est prié de prendre la porte après 10 années de bons et loyaux services rendus sur la radio dite de service public. Déjà, l’an dernier, ça sentait le sapin pour lui puisqu’il était réduit au rôle de simple chroniqueur dans diverses émissions. On lui a accordé un sursis, peut-être parce qu’il n’y avait rien d’autre à mettre le soir, en semaine, peut-être en récompense modeste pour ces années où il nous enchantait avec l’Afrique.

L’Afrique enchantée, c’était une idée complètement folle, au départ, soutenue par l’immense et inoubliable Bernard Chéreze, à l’époque directeur de la musique sur Inter mais en charge, en cett été 2004 des la grille estivale. On connaît la suite, le succès a conduit à poursuivre l’aventure. L’Afrique enchantée, nous donnait à connaître ce continent qu’on s’obstine à voir à travers le prisme de la souffrance, de la famine et surtout de l’extrême pauvreté. Je ne peux m’empêcher de rappeler ce témoignage lu, il y a quelques années, d’un jeune antillais désireux de connaître ses origines africaines et persuadé en débarquant là-bas qu’il ne trouverait personne en bonne santé. Malheureusement, cette idée est très largement répandue. Il m’est arrivé de soutenir face à des personnes qui n’y sont jamais allé que les Africains mangent beaucoup et surtout de la viande. Non, c’était scandaleux d’affirmer ça alors que tout le monde sait bien qu’ils meurent de faim. Je cite cette anecdote car, comme le disait Albert Camus, pour vivre en société, il faut se résigner à s’entendre apprendre des choses qu’on sait déjà par des gens qui les ignorent. Il avait tout compris, celui-là.

Au début, « L’Afrique enchantée » nous donnait à connaître chaque jour (ou chaque semaine) un pays différent. On y évoquait son histoire, sans concession, sans précaution, sa culture, le tout ponctué par les musiques locales, riches et diverses. S’il y a bien une conscience africaine, de préférence aux consciences nationales issues de la colonisation, il existe surtout une diversité que notre façon de voir l’Afrique ignore. Pour dire les choses simplement, c’était passionnant. On ne pouvait pas décrocher. Comme ça se fait parfois, l’émission a été reconduite à la rentrée, puis aux suivantes et ainsi de suite jusqu’à la saison dernière. C’est avec joie que nous avons retrouvé une véritable émission cet été.

Alors, bien sûr, toutes les émissions s’arrêtent un jour, tous les animateurs, même les journalistes quand ils ne sont pas salariés, doivent rendre l’antenne un jour ou l’autre. Quand même, on peut s’étonner (ou faire semblant car on n’est pas dupe) qu’il y ait eu, voici quelques années, une telle mobilisation pour deux chroniqueurs quand, au même moment, on vidait RFI par charrettes entières de dizaines d’employés, quelques six autres producteurs, jamais rappelés, ont pris la porte et que, cette année encore, au moins deux des voix les plus talentueuses de la station nationale sont priées de raccrocher sans que personne ne proteste. On lit par ci, par là, quelques regrets mais rien de bien méchant. Quand même, une émission qui avait survécu au très parisianiste M. Val, qui n’avait pas hésité à supprimer cette fenêtre ouverte sur le monde qu’était « Et pourtant, elle tourne », pour se recentrer sur l’activité culturelle parisienne, aurait pu continuer. Il semble que, à l’heure où ce qui tient lieu de projet politique national tient dans la formule « il faut faire des économies », il y ait une volonté d’effacer ce qui caractérise la radio dite de service public. « Écouter la différence » n’est plus qu’un slogan du passé qui fera bientôt rire comme lorsqu’on évoque les meilleurs moments de l’ORTF ou d’Antenne 2. La culture et la connaissance sont devenues des objets de moqueries et le comble de la ringardise à l’heure où le pognon est roi. L’ouverture à l’autre qui passe par la connaissance et par la culture est, de fait, enterrée. Quand Inter ressemblera à Europe 1, elle subira le même sort malgré les bons résultats de ces dernières années. Justement, s’il n’y a plus de différence avec les autres généralistes, il n’y aura plus non plus de raison de maintenir une radio financées par le contribuable qui trouvera formidable de payer toujours moins d’impôts, de ne plus payer de redevance, sans réaliser qu’il faudra qu’il paie de sa poche (quand il en a une) ce qui est gratuit ou presque, aujourd’hui.

soro solo

Soro Solo, au contraire de ce qui se fait généralement sur Inter a décidé de faire la fête, dans la pure tradition africaine, plutôt que de partir, comme M. Hees autrefois, en se vantant de ne pas faire un feu de joie, ou comme M. Bédouet qui a à peine évoqué son départ après des décennies de « Téléphone sonne ». Soro Solo a invité ceux qu’il aime le plus et qui étaient disponibles, dont le grand Manu Dibango. Il a cité tous ceux qui ont travaillé avec lui dont « la nièce », Mme Hortense Volle qui répondait au courrier. Il me semble qu’il a oublié M. Guillaume Thibault qui l’a accompagné lors de la deuxième saison avant de repartir en Afrique. Il n’a pas non plus évoqué la soirée festive pour porter en terre l’immense animatrice qu’avait été Kriss. Peut-être cela aurait-il gâché la fête. Quoi qu’il en soit, il n’est pas dans les habitudes africaines de montrer ses sentiments et encore moins ses émotions. Qui nous l’apprendra à présent ?

Maintenant, le vieux père va nous demander la route. En Afrique, plus qu’ailleurs sans doute, c’est un grand moment. D’abord, on se réjouit pour l’autre de ce nouveau départ mais c’est pour mieux cacher la crainte qu’on éprouve devant l’incertain.

 

 

Veux tu que je dise
Gémir n'est pas de mise
En Afrique