Moment d’émotion, ce matin du 6 septembre 2019 sur Inter à la fin de la matinale. M. Nicolas Demorand a du mal à cacher son trouble après la chronique de François Morel.

https://www.franceinter.fr/emissions/le-7-9/le-7-9-06-septembre-2019

Il venait juste d’évoquer comment un père de quatre enfants s’était finalement suicidé faute de pouvoir

Nicolas-Demorand

continuer à travailler dans l’hôpital qui avait changé les conditions d’accueil des malades et de traitement du personnel. Peu avant, il avait aussi été déstabilisé par la diffusion d’une archive de l’ina où des hommes s’exprimaient sur le viol ; certains d’entre eux le justifiant. M. Demorand a présenté ses excuses pour son « passage à vide ». Les auditeurs n’en demandent pas tant mais apprécient, probablement davantage que l’humain pointe, quelques fois, sous le masque du professionnel plutôt habitué à présenter des excuses de pure forme pour un retard d’une minute.

 

Ce sont des moments comme ça qui font que la radio demeure un média convivial et de taille humaine lorsqu’on peut partager les émotions entre auditeurs et animateur.

 

Cela écrit, la question qui se pose est de savoir si c’est le rôle d’un humoriste, censé faire rire après la chape de plomb qu’est la session d’information, avec son lot de nouvelles tristes, dramatiques, bouleversantes parfois, de susciter la réflexion et de jouer sur l’émotion. François Morel n’est pas le premier et ce n’est pas non plus la première fois qu’il déborde de son cadre. Autrefois, « La minute de Saint-Granier » avait aussi évolué d’une prestation de chansonnier vers une chronique du temps qui passe, par un amuseur qui comprenait de moins en moins le monde qu’il décriait autrefois. Au moins, François Morel ne nous a pas imposé sa morale ainsi qu’il lui est arrivé de le faire dans le passé. Pourtant, ça devrait faire réfléchir car, lorsqu’il se le permet, il va provoquer un clivage alors qu’en exposant des faits, sans commentaire, sans interpeler l’auditeur, il touche au plus profond. C’est toute la différence avec le prêt-à-penser qui nous est imposé un peu partout.

Nous venons de rappeler que, de nos jours, on cite davantage les humoristes que les intellectuels.

La culture pour survivre

Le format est plus accessible. Une vanne dure quelques secondes, une chronique dépasse rarement les 4 minutes. On peut n’écouter que la chronique avec son application sur smartphone. Se taper un simple article de fond dans un journal, sur un écran, peut prendre de 8 minutes à un quart d’heure. Certains sites annoncent le temps de lecture. Un livre épais comme ça et sans image rebute à l’époque de l’immédiateté. En fait, il faudrait acquérir la connaissance sans effort et le succès des chroniqueurs marque cette paresse intellectuelle qu’on dissimule en reprenant un morceau de phrase ; même pas une phrase entière. Ne parlons même pas de l’extrait sorti de son contexte pour faire dire à son auteur le contraire de ce qu’il a voulu démontrer.

La presse écrite accorde de plus en plus de place à l’image. Il n’est pas rare d’en trouver une qui occupe plus de la moitié de l’espace consacré à l’article. C’est particulièrement vrai quand un sujet occupe une page entière : portrait ou sujet de fond. Le temps de lecture d’un journal s’est considérablement réduit.

 

Seulement, à la fin de la saison radiophonique, on s’interrogera sur le reconduction des chroniqueurs, sur l’audience qu’ils apportent mais jamais on ne mentionnera la présence d’un philosophe comme Edgar Morin, ce même jour, au micro de M. Demorand et de Mme Salamé, habituellement occupée le vendredi à préparer une émission de télévision. Quand on a la chance et le privilège de pouvoir côtoyer un tel intellectuel, on peut faire un effort. Ici même, nous aurons probablement oublié ces grands moments vécus ce vendredi matin pour nous focaliser sur les ratés de la saison.

Le fidèle ami Alain nous suggère de retrouver l’entretien avec Edgar Morin. Certes, ses propos ne changeront pas la face du monde mais nous élèveront le temps de l’écoute et c’est déjà pas si mal.

https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-06-septembre-2019?fbclid=IwAR0lblu-Ty9PfLFDSssF7qoO1cFOcdN834v37itSG6OHy17OKr-RY4tzD1Y

 

https://www.programme-television.org/news-tv/Nicolas-Demorand-rejoint-l-equipe-du-Grand-Journal-4013047