Avec tout ça, on en a oublié les municipales, bien dérisoires quand la société est à ce point désorienté par un fléau inattendu dans nos pays où l’on a cru se faire l’égal de Dieu ; pour ceux qui y croient et pour les tous les autres aussi. En plus, il n’y a jamais eu d’intérêt pour ces élections. D’abord, la réforme des retraites a préoccupé pendant les mois où, traditionnellement, tout le monde s’écharpe pour briguer le fauteuil de maire. Ensuite, les médias qui, d’habitude, nous forcent à nous intéresser à des sujets, comme les soi-disant « primaires » avant la présidentielle, en nous imposant un dispositif de soirée électorale après chacune, alors qu’il ne s’agissait que d’une affaire interne aux partis concernés, ont semblé planer au-dessus de ce rendez-vous capital pour la démocratie.

Au cours de la semaine précédente, « Le téléphone sonne » sur Inter a traité de la crise du coronavirus, quel que soit le sujet. Encore plus surréaliste, cette édition spéciale coronavirus à 13 h 30 dimanche 15 mars 2020, en plein scrutin. Toujours surréaliste, la soirée électorale proprement dite avec une accumulation d’approximations de la part de l’animatrice principale. Curieusement, à 22 heures, tout était fini et le programme normal a repris, sans doute pour permettre aux chroniqueurs de se reposer avant de recommencer le lundi matin.

Tout à fait par hasard, j’ai découvert un site qui infirme ma consternation devant l’absence d’une centralisation de toutes les listes de toutes les communes. Il s’agit de celui de FranceTV Info,

https://www.francetvinfo.fr/elections/resultats/

plutôt bien fait d’ailleurs, puisque, outre les noms, les étiquettes médiatiques, le site propose les listes complètes avec les candidats dans l’ordre. Malheureusement, à l’heure des résultats, on constate beaucoup d’erreurs :

« non élus » ou

« Personne n'a candidaté à temps. Le scrutin est donc reporté. » ou

« après le premier tour des municipales, il récolte 55,07 % des votes. 24,87 % des voix reviennent à son adversaire. Ils accèdent au second tour face à Z qui a obtenu 20,04 % des voix.

Déjà qu’on n’y comprend pas grand-chose au soir du 1er tour…

Screenshot_2020-03-20 Coronavirus les municipales auront bien lieu, sous certaines précautions d’hygiène

Dès l’ouverture des premières urnes, des voix ont réclamé l’annulation du second tour ; voix de plus en plus forte après 20 h quand les ténors ont commenté les résultats. Peu avant, tout le monde ou presque s’offusquait que ces élections aient été maintenues malgré la crise sanitaire majeure que connaît le pays. Les Français sont coutumiers de ce comportement de sales gosses. Ils font spontanément des choses plus ou moins rebutantes mais, dès qu’on les contraint, c’est la levée de boucliers. Une grande partie s’est précipitée dans les magasins pour faire des stocks et, notamment, du papier hygiénique (quel rapport avec la covid 19?), sans souci de la promiscuité. En revanche, accomplir un devoir civique poserait des problèmes ? Bien sûr, on a déjà oublié que, peu avant son intervention de la semaine dernière, on soupçonnait le Président de la République de vouloir reporter des élections qui s’annonçaient défavorables. On criait déjà à la manipulation, au « coup d’État » ! Lors de l’incendie de Notre-Dame de Paris, il s’en est trouvé pour remarquer qu’il s’était déclaré peu avant une allocution présidentielle prévue de longue date.

Justement, son intervention de la semaine d’avant mérite qu’on s’y arrête un peu, en marge des municipales. On a remarqué qu’il avait répété plusieurs fois « quoi qu’il en coûte ». L’UE elle-même, d’habitude insensible aux circonstances, aux réalités, aux humains, a fait savoir qu’on pourrait laisser filer les déficits, que ce n’est pas si grave que ça. Ah bon ? Depuis la décennie 1990, on nous rebat les oreilles avec les déficits désormais intolérables. Où l’on découvre que, lorsqu’un État dépense de l’argent, ce n’est pas parce que son gouvernement est incompétent ou gaspilleur mais parce qu’il doit engager de l’argent pour améliorer le sort de ses concitoyens ; ce qui est, normalement, sa raison d’être. Les commentateurs n’ont pas manqué de souligner l’emploi de mots comme « solidarité », « plan de relance » et le renoncement à des règles budgétaires dogmatiques et absurdes, là où, juste avant, il n’était question que de « faire des économies » et de « concurrence libre et non faussée ».

 

À partir de là, deux séries de réflexion peuvent apparaître. D’une part, on peut penser qu’il n’était, auparavant, pas tellement convaincu puisque, face à une crise, il se rend compte que ses dogmes sont inapplicables et n’ont finalement jamais fonctionné. L’ultralibéralisme profite à un petit nombre quand le reste doit subir et se sacrifier toujours plus.

D’autre part, on peut raisonnablement envisager que, sitôt la crise terminée, il aura oublié ses « coûte que coûte », et qu’il proposera, au contraire, de restreindre encore plus le budget pour compenser les dépenses en cours. La population ne sera pas en reste car elle oubliera aussi facilement les bonnes mesures d’hygiène, un peu comme ces jeunes conducteurs qui pensent qu’une fois en possession du carton rose, ils n’ont plus besoin de respecter le fastidieux code de la route.

Au lendemain des municipales, le PR a renforcé son image présidentielle, à la fois rassurante et ferme ; comme un bon père de famille. C’est à croire qu’on aime bien ces atmosphères angoissantes et malsaines, ces restrictions, ces périodes où tout le monde soupçonne tout le monde. Lui a fait des stocks, l’autre est sorti malgré le confinement, l’autre encore serre encore des mains ou ne se les lave pas. Dans les circonstances actuelles, ce qui est à craindre n’est pas la rupture des approvisionnements courants mais plutôt le zèle de la maréchaussée. Généralement absente du bord des routes, surtout lors des grands départs, rechignant à se déplacer en cas de grabuge ou d’accident, on va la voir, toutes armes déployées pour choper le contrevenant parti chercher son pain quotidien. C’est sans risque, il ne roule pas vite, ne connaît pas les stratégies échappatoires, n’est pas violent.

On parle à peine des municipales. On apprend tout de même que, traditionnellement, quelques 80 % des communes ont un Conseil Municipal dès le premier tour. Modérons un peu la chose en rappelant que dans nombre d’entre elles, il n’y avait qu’une seule liste en raison du désintérêt nouveau pour les municipales évoqué dans un article précédent. Il semblerait que, pour la première fois, on aura peut-être des maires écologistes dans les grandes villes.

https://www.latribune.fr/economie/france/municipales-la-vague-ecolo-a-bien-eu-lieu-842209.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20200316

 

Grenoble avait ouvert la voie, il y a six ans, quand un candidat soutenu par les Verts et France Insoumise l’avait emporté. Il n’est pas inutile de rappeler que le programme écologiste du candidat Mélenchon à la présidentielle était plus important que ceux de tous les autres candidats réunis, écologiste compris. Cette fois, d’autres grandes villes sont sensibles à leurs thèmes habituels mais, ailleurs, dans les villes moyennes (les plus nombreuses) et les petites villes, il en est tout autrement. À Briançon ou Auxerre, les écologistes font tout pour entraver leurs anciens partenaires de gauche ou du centre et se maintiendront probablement, surtout si, comme d’habitude, ils croient que leur heure a sonné, enfin. Cette fois, ils se justifieront en citant Marseille ou Bordeaux qui n’ont, évidemment, rien à voir. Dans les grandes villes, il y a encore (malgré les loyers élevés) une population étudiante, jeune, préoccupée par l’avenir et l’environnement. Dans les villes moyennes, c’est la petite bourgeoisie provinciale qui est la plus nombreuse. Des maires de gauche ont pu y être élus ou réélus pour sanctionner un sortant de droite devenu impopulaire ou en raison d’une bonne gestion de centre-gauche qui ne bouscule pas trop d’habitudes. Cet électorat-là a son avenir derrière et voit d’un mauvais œil les mesures prises pour réduire la circulation et généraliser le stationnement payant, par exemple. Ils ne sont sûrement pas enclins à voter pour des écolos. Les médias – basés à Paris il faut le rappeler – veulent voir une poussée écologiste, surtout si elle ne fait pas de tort au système et ne bouscule pas leur grille de lecture. Dans le reste de la France, on sait bien que les thèmes de protection de l’environnement passent mal et relèvent de comportements individuels. À Paris, Mme Hidalgo bénéficie surtout de la grande médiocrité de ses principales adversaires. Il faut ajouter aussi un maillage discret, composés de ménages qui, sans connaître le luxe, vivent confortablement, sont engagés dans le milieu associatif où ils finissent par s’imposer. Ils ne sont pas impactés par les embouteillages permanents et la difficulté de circuler, prennent peu les autobus, habitent près d’espaces verts et se font livrer à domicile. Ils ne sont pas non plus impactés par les mesures qui seront prises dans la lignée du mandat qui s’achève ni par la construction de tours. Ils voient favorablement, au contraire, l’aménagement de potagers sur les toits sans souci des terres agricoles bétonnées en Seine-et-Marne, par exemple, pour éloigner la circulation de la capitale. En fait, l’écologie politique a du succès quand elle rejoint l’égoïsme.

On peut penser que les candidats gardent en tête le second tour et se demandent si le report leur sera favorable tandis que leurs électeurs s’en fichent. Ceux qui sont élus se demandent comment élire le maire en appliquant les mesures d’hygiène et de sécurité. Tout comme lors de la célébration des premiers mariages pour tous, les médias découvrent qu’on peut tenir un conseil municipal ailleurs que dans la mairie. C’est même le cas le plus fréquent mais, ça, ils l’ignorent tout comme ils ignorent que c’est rarement le maire lui-même qui marie ses administrés. On se demande ce que les journalistes apprennent sur les bancs de Science-po.

 

 

https://www.rtl.fr/actu/politique/le-gouvernement-va-t-il-reporter-les-elections-a-cause-du-coronavirus-7800184912

https://www.publicsenat.fr/article/politique/coronavirus-frederic-pechenard-ne-veut-surtout-pas-de-report-des-municipales

https://www.europe1.fr/politique/coronavirus-il-nest-pas-question-pour-nous-de-reporter-les-elections-municipales-3954012