On attribue à La Boétie l'aphorisme selon le quel « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. ». Il est vrai qu'on ne prête qu'aux riches. Il suffit qu'un auteur soit connu pour avoir traité un sujet ou balancé une belle phrase pour qu'on pense qu'il est l'auteur de toutes les réflexions du même genre. La Boétie a écrit l'indispensable Discours de la servitude volontaire.

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Ainsi, l'on attribue toujours à Montaigne « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme » car l'auteur des Essais s'est répandu sur de nombreux sujets dont on pense Rabelais incapable.

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Tout le monde attribue à Voltaire cette phrase qui ravit la boboïtude et la gauche ultra-moralisatrice : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. ». C'est ce qu'on appelle une « citation apocryphe ».

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Récemment, José Artur ironisait en affirmant que « quand on sait pas de qui c'est, on dit que c'est de Cocteau ». Et puis, pourquoi se gêner puisque personne ne va vérifier, même aujourd'hui avec l'Internet qui nous dit tout.

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Revenons à La Boétie inventé. Cette remarque, en tout cas, est une fine observation. Il y a un tel conditionnement que, oui, nous trouvons normal d'être tyrannisés. Nous avons appris à l'être. Pour prendre un exemple sans conséquence – encore que –, rappelons-nous l'époque où Bernard Hinault régnait sur les pelotons. Un coureur remarquait alors (je cite de mémoire) : Tout le monde s'est fait à l'idée qu'il va gagner le Tour. Alors, tous ceux qui pourraient lui disputer la victoire annoncent d'autres intentions. Untel vise la deuxième place. Un autre un podium, Machin le classement de la Montagne, l'autre le maillot Vert. Truc vise une victoire d'étape et Bidule aimerait bien finir dans les cinq premiers. En fait, Hinault gagnait parce qu'il n'avait plus d'opposition. Plus récemment, M. Sarkozy s'est imposé dès qu'il a annoncé, par une boutade, qu'il pensait à la Présidence. Dès lors, il n'avait plus d'opposition et tout était écrit. Ce n'était plus qu'une question de temps. Le quinquennat de M. Chirac a été empoisonné par cette chronique qui a amplifié l'atmosphère de fin de règne qui survient au bout de dix ans de Présidence, surtout quand ça fait des dizaines d'années que le locataire de l’Élysée tourne autour.

 

Collectivement, nous acceptons la crise depuis quarante ans et chacun de ses avatars. On nous bourre le crâne, depuis tout ce temps, avec la crise et plusieurs générations n'ont jamais connu autre chose. C'est devenu naturel et nous en avons pris notre parti. Cela n'est, évidemment, possible qu'avec une éducation particulièrement efficace à la résignation. Cette éducation ne vient pas vraiment de l'école ni de l'université ; encore que. Nous avons souligné à plusieurs reprises que tous les décideurs actuels, tous les économistes, ont été formés par le manuel de Barre qui reprend les théories fumeuses de l’École de Chicago de Milton Friedman.

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Donc, déjà, nous sommes soumis inconsciemment à cette pensée unique. Pour tous ceux qui n'ont pas étudié (même de loin) l'économie politique, les nombreux chroniqueurs qui ont envahi les antennes nous le rappellent régulièrement. Alors que, eux-mêmes, émargent dans plusieurs grandes entreprises privées et multinationales et accumulent de gros revenus, ils nous convainquent avec succès que les bas salaires sont trop élevés et qu'il faut faire sauter le verrou du Smic. Le plus fort, c'est que ça marche et ceux qui souffrent le plus de la crise comptent parmi les premiers à approuver l'austérité économique. Ils se sont résolus à ne plus revendiquer, de peur que leurs légitimes besoins ne fragilisent les grandes entreprises multinationales qui réalisent des profits démesurés qui sont reversés aux actionnaires. Ils sont convaincus, à force de conditionnement, que ce sont les salaires et les cotisations salaires afférentes, qui sont responsables du coût élevé de la production alors même qu'ils ont du mal à finir le mois au contraire des actionnaires qui exigent un rendement à deux chiffres que même Milton Friedman n'a jamais imaginé.

 

C'est devenu une banalité de le dire mais la télévision est, depuis longtemps, un prescripteur majeur et, sans doute, le seul élément vraiment fédérateur de l'identité nationale. Malgré la profusion des chaînes (qui continue à écarter les projets de télévisions associatives), rien ne rassemble davantage toutes les composantes de la société française que le petit écran et son message. Il offre à la fois la couleur qui égaie bien des foyers, la musique, les marques sans lesquelles on raterait sa vie ; pour reprendre une expression bien connue.

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En fait, c'est bien notre résignation, l'image que nous nous faisons du progrès collectif (alors même que l'individualisme, ou plutôt l'égoïsme, prime), qui renforcent les prétentions des puissants et qui les poussent à devenir de véritables tyrans et à imposer leur pensée (la pensée unique) et leur mode de vie dans la mesure où ce mode de vie va uniformiser la population alors même que 7 milliards d'êtres humains qui peuplent aujourd'hui la planète devraient l'empêcher. Ce n'est pas un hasard si, en France, les principaux médias prescripteurs sont entre les mains de grands groupes industriels et si, ailleurs, les sociétés de l'audiovisuel sont devenues des groupes multimédiatiques de dimension internationale. Ils diffusent tous un message appelant à se couvrir soi-même de chaînes (polysémie du mot) et à aimer les chaînes qu'on porte pourvu qu'elles aient une grande marque. Comme l'a bien marqué Orwell à la fin de son célèbre roman : « La lutte était terminée. Il avait remporté la victoire sur lui-même. Il aimait Big Brother. »

 

La crise ne perdure que parce que, collectivement, nous avons été fragilisé par les chocs pétroliers et leurs conséquences directes et indirectes et parce que nous avons accepté de perdre le peu de souveraineté qui restait au peuple et parce que nous avons accepté des sacrifices pourvu qu'ils soient provisoires. Ils durent depuis quarante ans parce que, précisément, à un moment, fragilisés, nous les avons acceptés. La crise ne perdure que parce que nous considérons les difficultés comme démesurées. Pendant la guerre froide, nous étions résignés à n'être que des faire-valoirs face aux deux super-puissances. C'est cet état d'esprit qui perdure et nous fait accepter de n'être que des sous-fifres face à une super-puissance unique, sa pensée unique (diffusée par Reagan et Thatcher), et les puissants intérêts qui l'accompagnent.

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bourgeois de calais

Nous avons accepté l'impuissance de nos gouvernements et nous l'avons amplifiée en acceptant que, désormais, les décisions seraient prises par des technocrates, tous acquis aux intérêts particuliers des multinationales. Nous avons accepté que le gouvernement soit exercé effectivement par des instances supranationales telles que la Commission Européenne, le FMI, la BCE et que, désormais, nous soyons régis par leurs représentant qui négocient, dans l'indifférence générale, afin de faire sauter toutes les législations nationales et, concrètement, toute la protection sociale. Or, ces législations et cette protection sociale sont le cœur de nos civilisations. Nous acceptons une tyrannie anonyme que nous avons contribué à mettre en place et, tel Eustache de Saint-Pierre, nous nous présentons à ces tyrans en tunique sacrificielle, la corde au cou, implorant leur mansuétude. Bien sûr, ils n'en demandent pas tant mais, c'est parce que nous sommes déjà à genoux, prêts au sacrifice suprême, que le tyran peut se dresser et imposer ses lois qui lui donnent raison en toute occasion et qui remisent des siècles d'histoire du droit et de civilisation.