Michel et Monique Pinçon-Charlot effectuent, actuellement, une tournée de conférences pour présenter leur dernier livre : « La violence des riches » aux éditions La Découverte. À mon sens, il complète l'article du Monde Diplomatique signé Lori M. Wallach qui fait l'objet d'un long commentaire.

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D'abord, Monique Charlot a pointé les dangers des détournements linguistiques. Sur ce point, elle rejoint les préoccupations qui sont à l'origine de ce blog.

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Elle a aussi cité « 1984 » d'Orwell, non pas sur « big brother » mais sur la manière dont les mots sont détournés de leur sens pour mieux assujettir les citoyens et contrôler leurs pensées.

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Michel Pinçon a évoqué le rôle néfaste de Milton Friedman après le coup d’État au Chili. Il a rappelé la rencontre entre Pinochet et Friedman puis le rôle des « Chicago boys ». On sait ce qu'il est advenu de cette expérience unique d'appliquer les théories fumeuses de l'ultralibéralisme. Dix ans plus tard, c'était la catastrophe et, les rats quittant le navire par atavisme, la dictature militaire a dû céder le pouvoir à des gouvernements qui doivent réparer les dégâts mais la législation qui les a permis est toujours en place.

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http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/05/07/17815935.html

 

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Monique Charlot a fait également allusion à l'actualité et aux accusations de fraude et de profits illégitimes dont bénéficieraient les immigrés. On s'en prend aux immigrés et pas aux banquiers. En effet, les sommes détournées sont incomparables. Remarquons que, déjà les Cahiers de doléance pré-révolutionnaires mettaient en évidence la colère du peuple contre les curés de paroisses à qui il fallait fournir des œufs et des légumes mais montraient une indifférence bienveillante envers les évêques qui menaient grand train et s'affichaient, étalant leurs bijoux sans vergogne, avec leurs maîtresses. On s'en prend toujours aux proches parce qu'on les connaît.

 

Surtout Pinçon et Charlot ont rappelé le caractère nuisible du capitalisme qui porte en lui cette violence qui est l'objet de leur dernier livre. Il impose un rapport de forces, une soumission au pouvoir qui crée des tensions. C'est donc le capitalisme qu'il faut combattre. Fort bien, mais il se trouvera toujours des personnes qui, parce qu'elles ont un petit avantage (ou parce qu'elles en espèrent un) de la situation actuelle, soutiendront ce système. Ce seront les premières à rejeter tout projet alternatif même bien argumenté et plausible ; surtout bien argumenté et plausible.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/05/15/17899979.html

 

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http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/11/05/22582525.html

 

la-violence-des-riches-chronique-d-une-immense-casse-sociale-michel-pincon-et-monique-pincon-charlot

Seulement, le système ne connaît, aujourd'hui, plus aucune retenue. Il fait penser à un cheval fou qui fonce droit devant. À plusieurs reprises, des questions ont rappelé les « garde-fous » mis en place par la démocratie, pensant, sans doute, qu'ils offraient une protection contre ces dérives. Ce à quoi, Monique Charlot répond que nous ne vivons plus dans un système démocratique mais censitaire dans la mesure où les élus viennent tous plus ou moins de la classe dont ils dénoncent les comportements néfastes depuis des années. Nous avons vus précédemment que les accords négociés en ce moment même visent, précisément, à s'affranchir de ces règles établies par les démocraties. C'est en cela que le propos de Pinçon et Charlot rejoignent ceux de Lori Wallach qui occupent notre précédent article.

 

Pour finir, je mentionnerai encore un presque regret du paternalisme d'autrefois quand le patron demeurait en son hôtel particulier dans la même rue que ses cadres et ses ouvriers. Dans le cas des grosses entreprises, on sait que ça allait jusqu'aux équipements de loisirs, aux crèches et même aux écoles et aux chapelles. La vision pessimiste soulignera que c'était pour mieux les contrôler ou, dans le meilleur des cas, parce que des travailleurs apaisés travaillent mieux. La vision optimiste soulignera une certaine homogénéité et un souci sincère de faire profiter les travailleurs du produit de leur travail.

 

Si nous nous y attardons, c'est simplement pour faire remarquer que, dans tous les cas, ce paternalisme revêtait une dimension humaine parce que tout était à échelle humaine. La maison du patron était proche de celles des prolétaires. Il était protégé mais accessible. Au moins, on le connaissait et l'on connaissait sa famille. Alors que les transports étaient peu développés, surtout pour les ouvriers et les paysans, les équipements et les services de proximité constituaient un réel avantage qui améliorait, au fil des ans, les conditions de vie.

 

Avec les entreprises multinationales et trans-nationales d'aujourd'hui, personne ne connaît le patron. La structure de la société « anonyme » porte bien son nom en français. Le patron est désigné par un conseil d'administration. Il ne fait que complaire aux principaux actionnaires. Déjà, on voit qu'il ne dirige pas autant qu'on pourrait le croire. Ces dirigeants ne connaissent pas plus leurs salariés que ceux-ci les connaissent. Par conséquent, ils n'ont aucune raison de leur accorder, même par intérêt, un quelconque avantage.

 

À un capitalisme à échelle humaine (à défaut d'une figure humaine), s'est substitué un capitalisme à échelle mondial où plus personne ne connaît plus personne. Nous avons vu que, dans ces conditions, même l'échelle d'un État ne convient plus. Pourtant, avec le poids démographique représenté par tous ceux qui subissent ce type de capitalisme dans le monde, il devrait y avoir moyen de faire quelque chose, non ?